J’obéis au neutron

Je ne sais pas comment cette cigogne s’installe dans mon crâne et pour quelle raison, à la place du cœur, c’est la flèche qui cogne comme si l’horizon

tout à coup s’enroulait sous ma poitrine.
Je ne suis qu’un espace : on le loue, on le vend, on lui colle une affiche, et parfois l’aubépine le recouvre en bravant

l’intempérie.
Je ne suis que matière, et mes globules font, ligués contre l’esprit, un tintamarre affreux.
Les abeilles sont fières, qui m’arrachent ce cri,

lorsque je veux leur reprendre ma nuque.
Je ne suis que salive, et cette chair au choix, on

la marchande, on la soupèse, on la reluque ; à la fin elle échoit,

dans le meilleur des cas, à ce nuage, et, dans le pire, à quelque fleuve qui vomit le mauvais sang.
Je suis un être de passage et je cherche un ami.

Connaissez-vous quelqu’un qui, devant l’âme, n’éprouve pas d’horreur : un homme un peu déçu, dans la rosée du soir, lorsque les cloches blâment le village bossu,

la prairie borgne et la forêt qui tousse ?
Il viendrait près de moi, comme s’il protégeait mon

regard et ma peau, de sa présence douce, moi qui suis le rejet

de la nature où l’être est inutile dans son identité.
J’obéis au neutron, j’appartiens au bitume, et c’est une presqu’île qui me fait cet affront :

je ne suis que calcul — une chimie — bon pour l’ordinateur où tout est programmé : le poème, le dieu, l’amour de mon amie, qu’il m’interdit d’aimer.

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