Investiture

vol de cayes de mancenilliers de galets de ruisseau

baliste intimité du souffle

toute l’eau de
Kananga chavire de la
Grande
Ourse à mes

yeux mes yeux d’encre de chine de
Saint-Pierre assassiné mes yeux d’exécution sommaire et de dos au mur mes yeux qui s’insurgent contre l’édit de grâce mes yeux de
Saint-Pierre bravant les assassins sous la

cendre morte des purs mille défis des roses de
Jéricho
O mes yeux sans baptême et sans rescrit mes yeux

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Promesse de l’irréel

J’ai ma tristesse dans ma chair et ma joie dans les livres.
Celui-ci s’est ouvert

pour que j’y trouve un droit de vivre

plus acceptable que mon dû.

Je me nourris de fables

et de malentendus.
Je ne sais pas si mes semblables

comprennent que mon seul bonheur

est dans l’imaginaire.

Mon esprit, qui a peur, se sentira toujours prospère

dans la pénombre et l’inconnu,

où soudain s’organise

un monde revenu de la raison, de ses hantises,

de ses fracas.
J’ai

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Lanterne magique de picasso

Tous les yeux d’une femme joués sur le même tableau Les traits de l’être aimé traqué par le destin sous la

fleur immobile d’un sordide papier peint L’herbe blanche du meurtre dans une forêt de chaises Un mendiant de carton éventré sur une table de marbre Les cendres d’un cigare sur le quai d’une gare Le portrait d’un portrait Le mystère d’un enfant

La splendeur indéniable d’un buffet de cuisine La beauté immédiate d’un chiffon

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Rachat

Le bruit fort gravite pourri d’une cargaison désastre véreux et clair de soldanelle le bruit fort gravite méninge de diamants ton visage glisse nu en ma fureur laiteuse

Touffeurs d’amibes

touffeurs de laitances vrais fils de la vraie vierge immaculée aux aubes de la mer quand les méteils firent peau et maraudes de damnés

Touffeurs de tas d’assiettes ébréchées

de ruines de chiens pelés et de scaphandriers qui glissent

au crépuscule

Touffeur fruste rayonnement au nu

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Troisième personnage

Troisième personnage au milieu du poème,

je ne suis ni l’écrit ni l’écrivain ; observateur qui se débat dans ce dilemme :

faut-il intervenir de droit divin,

ou subir en silence un assaut de mensonges, semblables quelquefois aux vérités ?

Je suis le fabuliste aux fables qui s’allongent ; il s’en détache, il veut les habiter.

C’est à lui-même enfin qu’elles se font nocives, comme corbeaux pris aux rets du miroir.

Je m’y redéfinis, ô souffrance

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L’obstacle des mots

Entre la mort et moi, j’ai dressé quelques mots,

que j’ai voulus, la gueule en feu,

comme des chiens qui se disputent l’antilope.

Ils n’ont pas su me protéger.

La mort leur a tendu des sucreries,

et ils se sont couchés, obéissants.

Je vais devoir me battre seul.

La mort peut se montrer clémente.

Aucun langage, aucun vocabulaire

ne nous séparent.

Elle m’attend, au fond de mon jardin.

C’est en silence que j’irai vers elle,

puisque je ne dispose plus

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Au dubitatif

Dieu te demande un entretien ?
Qu’il sache attendre.
Explique-lui que tu conclus un compromis
Avec des scarabées qui espèrent te vendre
Quelques objets : leurs grands-parents ; c’est en amis

Qu’ils t’ont cédé parfois des lunes illégales

À bon compte.
Ce
Dieu te laisse indifférent;

Tu lui préfères ce poème, un beau scandale

Du verbe, un doux refrain.
Tu sais qu’il se méprend

Sur toi.
Tu n’oublies pas qu’il était ton collègue
En

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Petit destin

Je reste indifférent à mon destin.

Je suis assis comme une bûche auprès du feu.

Je respire avec peine

et songe à ne pas trop songer.

Vous m’amputez d’un bras ?

Ce n’est pas grave : il était inutile.

Vous me privez de l’esprit et de l’âme ?

Tant mieux : ils n’avaient plus d’emploi.

Je lis dans le journal

que l’univers est bien portant :

ces erreurs, ces mensonges

me réconfortent.

La clinique refuse de m’admettre :

très bien, je dormirai

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Le salut est partout

Il me dit soudain : La vie est la forme approximative de la vraie vie. Je levai les yeux vers lui. Il se pencha légèrement vers moi et ajouta : Mais oui : la vie n’est pas séparée de la vraie vie.

Celui qui, les bras croisés de l’autre côté de la porte, nous écoutait, fit comme s’il n’avait rien entendu.

Nous nous trouvions sur le seuil d’une grande maison abandonnée du Sud. Je les avais rejoints parce que, dans mon rêve, ils m’avaient invité —

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Je suis comme je suis

Je suis comme je suis

Je suis faite^comme ça »
Quand j’ai envie de rire

Oui je ris,aux éclats
J’aime celui qui m’aime

Est-ce ma faute à moi
Si ce n’est pas le même
Que j’aime chaque fois

Je suis comme je suis

Je suis faite comme ça

Que voulez-vous de plus

Que voulez-vous de moi

Je suis faite pour plaire

Et n’y puis rien changer

Mes talons sont trop hauts

Ma taille trop cambrée

Mes seins beaucoup trop durs

Et mes yeux trop cernés

Et puis après

Qu’est-ce que ça

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Race

c’est que nous sommes seuls vidés contrebattus au pied du Mur-murailles de lamentations véridiques nous encerclant dessus dessous Avec la marque du désastre Maintenant décriés Notre réputation vampiriste Face au monde de la Raison du Droit et des Lois tassés en paquets d’hommes-meurtrissures Dans des déserts obstrués Au bord de la dépression et du suicide

et qu’au diapason de la solitude Nos yeux s’agrandissent Vaste organe enregistrant les voix

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Toujours

Ah voilà le retomber d’ailes inclus déjà dans le lâcher
D’emblée la voûte dans toute son horreur
Le mot polie rouillée et poule mouillée
Qui ronge le dessin de l’orgue de
Barbarie
Il n’est pas trop tôt qu’on commence à se garer
A comprendre que le phénix
Est fait d’éphémères

Une des idées mendiantes qui m’inspirent le plu» de compassion

C’est qu’on croie pouvoir frapper de grief l’anachronisme

Comme si sous le rapport

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Ne pas se méprendre

que la sève ne s’égare pas aux fausses pistes

on s’étonne

moins (vomie de flammes)

que la chimère éteinte se traînaille en limace

Ravine
Ravine

être ravin du monde

ce n’est pas se complaire à n’être

que le clandestin
Cédron de toute la vermoulure

mauvais ange

cœur trop tard débarqué mauvais ange

cœur trop mal embarqué la force de mon soleil s’inquiète de la capacité d’une journée d’homme

sa part du soleil ?

ses caprices ne sont pas sans

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Toile de fond

Assis

Près du lit défait

L’enfant du défunt

Près de feu son père

Peint de faire du feu

Et debout

Près de l’enfant fou

Sous-alimenté et décalcifié

Près de l’enfant fou et du père glacé

Un prêtre parle de l’enfer

Et l’oiseau de la maison

L’oiseau de la masure

L’oiseau de la misère

L’oiseau qui meurt de faim

Dans sa cage de fer

Siffle qu’il s’en fout

Que c’est rien la faim

Que c’est rien le feu

Que c’est rien le fer

Et que cela

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Un vide

Imaginons : j’ai fait fortune

dans les genoux artificiels,

les éventails de nacre,

les fausses dents.

La cinquantaine atteinte,

j’ai divorcé pour mieux courir les gourgandines

et les danseuses

qui, vers trois heures du matin, crachent le sang.

J’ai payé cher

pour ne jamais revoir mes fils :

l’aîné, un gigolo ;

et l’autre, une poule mouillée.

Hôtel de passe,

hôtel de luxe :

divine alternative !

Au poker je ne joue qu’avec les malfaiteurs,

pour apprendre

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Un vers

Je ne serai ni bourreau ni victime : plutôt le spectateur.
Un seul vers anonyme change la pierre en fleur.

Je ne distingue l’amour, la tendresse que pour mieux les tromper.
Un vieil objet me blesse : c’est un vers usurpé.

J’accepte le dégoût et le malaise car ils n’ont pas de poids.
J’écris un vers qui pèse le monde entier, je crois.

Je n’en déduirai rien : l’univers triche et je vaux comme lui un vers à rime riche, qui se pavane et luit.

La vanité

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Blues de la pluie

Aguacero

beau musicien

au pied d’un arbre dévêtu

parmi les harmonies perdues

près de nos mémoires défaites

parmi nos mains de défaite

et des peuples de force étrange

nous laissions pendre nos yeux

et natale

dénouant la longe d’une douleur

nous pleurions.

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T’en souviens-tu, mon aimable maîtresse

T’en souviens-tu, mon aimable maîtresse,
De cette nuit où nos brûlants désirs
Et de nos goûts la libertine adresse
À chaque instant variaient nos plaisirs ?
De ces plaisirs le docile théâtre
Favorisait nos rapides élans ;
Mais tout-à-coup les suppôts chancelants
Furent brisés dans ce combat folâtre,
Et succombant à nos tendres ébats,
Sur le parquet tombèrent en éclats.
Des voluptés tu passas à la crainte ;

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Graffiti

J.
C. n’était pas un enfant prouvé.

Et la
Vierge
Marie vendit
Joseph à madame «
Puti-phar» pour un plat de lentilles.
Il fallait bien nourrir le
Petit.

Feux rouges et verts

tricolores et blancs

de la saint-Elme ou de la saint-Jean

Jésus marche entre ses clous

Jésus marche sur les os

des enfants

Miraculeusement.

De la présence réelle

d’un diable à ressort qu’un enfant, du doigt, fait surgir

d’une boîte de bazar, à celle d’un dieu sortant d’une petite

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Enfance

En ce temps-là

je portais toute ma force dans mon cœur

C’était l’orgueil

celui du premier prince magnanime

de la première victoire

du drapeau bleu flottant sur la terre du juste

C’était la colère

l’impétueuse

flammes inoubliables

frissons de sang en prismes de pardon

C’était le désir agile

prenant pied dans la découverte

créant les îles de cristal

réinventant la magie blanche

C’était le péché de perle

mon vrai péché

la coupable bonté

l’admirable

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