À Monsieur l’Abbé Scarron, sur son Virgile en Vers Burlesques

SCARRON, ton sort bizarre est-il à déplorer ?
Souffrant comme un damné, tu vis et peux écrire ;
On ne peut, te voyant, s’empêcher de pleurer,
Te lisant sans te voir, on s’étouffe de rire.

Peux-tu bien à ta Muse être si complaisant ?
Elle te rit au nez quand la douleur t’accable ;
Comment peux-tu loger un esprit si plaisant,
Si burlesque et si gai, dans un corps misérable ?

Quel temps prends-tu pour rire avecque les neufs sœurs,
Vu que toute ta vie est pleine d’amertume ?
Tu ne goûtes jamais ni plaisirs, ni douceurs,
Et tout cela pourtant pend au bout de ta plume.

Tu peux communiquer un bien que tu n’as pas,
Et nous voyons couler, par ne sais quelle voie,
De tes visibles maux de visibles appas,
D’un chagrin éternel une éternelle joie.

Si ton héros vivait, et qu’en ce carnaval
Il se vît déguisé sous cet habit fantasque,
Je gage qu’il ferait tout le cours à cheval,
Et qu’il prendrait ainsi plaisir d’aller en masque.

N’en déplaise aux pédants de l’université,
Bien aises que Virgile ait fait Didon sa garce,
Le texte de ce poète est souvent plus gâté
Dans leurs écrits bourrus, qu’il ne l’est dans ta farce.

Leurs remarques de bâle, et comments de rebut,
Nous brouillent la cervelle, au lieu de nous instruire ;
Mais ta main, sans manquer, a frappé droit au but,
Si tu n’as eu dessein que de nous faire rire.

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