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Lentement à pied

(extraits)

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Premier janvier. Le soleil, qui efface la vitre, a réveillé quelques lézards. Dans l’enclos, l’amandier chante une joie prématurée. Les violettes, qui ne risquent aucun avenir, parfument les coins d’ombre. Hier soir, la Combe de Mège rêvait aux harmoniques très lointaines de son nom. Le puits gracile, les bourgeons crispés, les chênes, les murets : tout attend. De chaque odeur part un sentier.

Entre deux pierres, ce mot juste : herbe. Plus loin, la même exactitude : tige verte, fleur jaune, sur un îlot de terre brune. Le jour déborde de toute part.

Clous tordus et rouilles, tessons de poteries et débris de navettes, cafetière aphone à jamais, fragments du poème naguère su par cœur. Là, éclatants de rosée, dans le matin.

Profondeur de ce qui appelle dans le paysage, patience, obstination, comme si une attente se tenait, antérieure à toute chimie. Se taire, regarder. Et en croire ses yeux.

Au bout de chaque jour, une terrasse de silence, et le verre d’une eau semblable à la musique ; cette source et ce crépuscule, soirée de pierres fraîches. Les mois pareils à du bon pain, circulant dans la voix des arbres.

Vent du nord. Voix blanche du Tanargue. Le gris remonte à la surface des calcaires. Sous la poigne de fer du gel, tout se crispe : bourgeons surpris, fleurs déconfites et murs serrés autour d’un restant de chaleur qui balbutie dans l’âtre. Deux corbeaux rament dans le froid épais. I,es nuages enflent d’une respiration porteuse de menaces bien plus lourdes que la simple pluie.

En compagnie de Fan K’ouan et de Kouo hi, le long des rives du Granzon. Degrés doucement étages vers le ciel. Fins roseaux peignant la surface des eaux. Et puis ce vert des mousses et ce brun des écorces. Et les amis silencieux, la matinée qui s’éternise, les premiers animaux du printemps. L’instant où s’accordent les instruments. Nous descendons très lentement dans les couches les plus chaudes de la beauté du monde.

Feuilles de l’amandier. Frisson d’acquiescement. Vert tendre, et puis, violet, de l’iris le cri un peu étouffé. Aventure de chaque instant; mort bruyante d’un taon sur la marche de l’escalier. Ce qui fut. Le monde à haute voix, et le jour qui se tait. Entre les amandiers, le soleil, entre les chênes. Milliard de feuilles du soleil. Débris de concrétions dans le parfum du thym. Propreté luisante des choses. Quelqu’un en moi s’est mis en marche.

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Par Gil Jouanard

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