Mot


de moi-même

à moi-même

hors toute constellation

en mes mains serré seulement

le rare hoquet d’un ultime spasme délirant

vibre mot

j’aurai chance hors du labyrinthe plus long plus large vibre en ondes de plus en plus serrées en lasso où me prendre en corde où me pendre et que me clouent toutes les flèches et leur curare le plus amer au beau poteau-mitan des très fraîches étoiles

vibre

vibre essence même de l’ombre

en aile en gosier c’est à force de périr

le mot nègre

sorti tout armé du hurlement

d’une fleur vénéneuse

le mot nègre

tout pouacre de parasites

le mot nègre

tout plein de brigands qui rôdent

des mères qui crient

d’enfants qui pleurent

le mot nègre

un grésillement de chairs qui brûlent

acre et de corne

le mot nègre

comme le soleil qui saigne de la griffe

sur le trottoir des nuages

le mot nègre

comme le dernier rire vêlé de l’innocence

entre les crocs du tigre

et comme le mot soleil est un claquement de balles

et comme le mot nuit un taffetas qu’on déchire

le mot nègre

dru savez-vous du tonnerre d’un été que s’arrogent

des libertés incrédules


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Aimé Césaire
Aimé Césaire, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe et mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France (Martinique), est un écrivain et homme politique français, à la fois poète, dramaturge, essayiste, et biographe.
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