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Vous mourrez quatre fois.
D’abord vos cartilages
Et vos chairs pourriront : n’importe quand, ce soir
Ou dimanche à midi.
Vos rimes — c’est dommage —
Alerteront le monde inconséquent : devoir,

Sanglots, fidélité ?
Partis les trouble-fête
Qui n’auront rien troublé…
Une seconde mort
Viendra bientôt, l’oubli de la race discrète À qui vous léguerez le pauvre désaccord

De deux néants : cet astre mou qui se barbouille
D’espoirs nauséabonds, ce moi pulvérisé.
Vous serez le silence et deviendrez la rouille
Que l’on gratte à la grille d’un parc.
Vous gisez

Dans vous-mêmes déjà.
Vous serez anonymes
Comme l’indifférence — oh ! pas même avortés
Par la rage ou la peur !
Votre mépris supprime.
Trente siècles trop tôt, votre postérité.

Le langage à son tour souffrira, c’est justice.
Jusqu’à perdre ses mots : des reptiles ingrats.
Sons nerveux, rythmes purs, images bienfaitrices,
Pas de médicaments !
Verbe à verbe il mourra

D’une mort — la troisième — où, chimères démentes
Les syllabes feront éclater votre azur.
Obsèques de votre alphabet !
Qui réinvente
L’amour de dire et de nommer ?
Sonnets futurs

Pour continents défunts.
Ils devront disparaître.
L’espace, la planète… À qui le passeport
Pour l’absurde ou le vide ou le rien ?
Pas de traîtres…
Dernière mort dans l’ignorance de la mort.

L’univers va bâiller.
Qui discute ou raisonne ?
Vous ne les verrez pas, les hommes transparents.
Vous vivez le fortuit ; vous êtes sa maldonne.
Vous ne cueillerez pas les lunes qui, par rangs

De cinq, de six, font les pastèques dans l’espace.
Vous ne connaîtrez pas ce poids sans pesanteur.
Où le navire plane; où l’orme se délasse.
Racines sur l’épaule; où le caillou moqueur

Aura les gestes du goujon.
Qui vous oppresse ?
Vous ne serez plus là pour vivre l’irréel :
Soupir de la montagne aux muqueuses d’ânesse, île qui joue de la guitare au moindre appel.

Vous allez vous dissoudre.
Une fillette assise
Parmi ses propres yeux — dix mille : une forêt ! —
Leur dira : «
Devenez des lézards : c’est de mise À votre âge. »
L’exil, le cosmos, quel attrait

De l’invisible !
Univers glauque…
On vous rejette
Comme pépins de poire. Égoïste aujourd’hui-Soleil sans indulgence : il vous rend vos squelettes,
Vos muscles, vos poumons.
Vous n’avez pas séduit

Vos suzerains.
Voyez, vous êtes ordinaires
Comme un dindon malade ou comme, le mardi,
Un jeu de cartes sans joueurs.
Pourquoi parfaire
Un miracle, un salut ?
Vous n’avez rien prédit.

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Écrit par Alain Bosquet

Anatole Bisk, dit Alain Bosquet, né à Odessa (Ukraine) le 28 mars 1919 et mort à Paris le 17 mars 1998, est un poète et écrivain français d’origine russe.

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