Je deviens le cheval dès que je dis « cheval ».
Je deviens l’océan dès que je dis « eau vive », « eau confuse », « eau salée ».
Mon destin est verbal et je n’occupe aucun espace entre les rives

de ma parole.
En moi le squelette est un mot un peu trop long parmi les syllabes fragiles.
Je suis ce que j’écris.
Je n’ai pas d’animaux en dehors de leur nom.
Je deviens la presqu’île,

dès que je dis la terre et la neige et la peur de les perdre soudain sous ma phrase infidèle.
Je deviens le soleil, ô vocable menteur qui fais de moi, dans le silence, une voyelle !

Je deviens une bible, est-ce à cause du chant qui hésite parfois entre la parabole et la raison trop raisonnable ?
En me fâchant contre mon existence — une phrase frivole —

puis-je redevenir un homme avec sa chair, ses globules, sa peau, ses poumons, sa logique ?
Je ne m’appartiens plus.
Mon livre s’est ouvert : il faut que j’obéisse aux lois de sa musique.

Je deviens horizon quand je dis « horizon ».

Je deviens l’aigle en feu dès que je dis « colombe ».

Vocabulaire, en toi je trouve ma raison.

Je suis le mot sacré : mon berceau et ma tombe.

A Propos de l'Auteur

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