Le 12 juillet 1960 (plus loin)

3 min


Si (même au cas où) dans (ou hors) la pensée

peu (et moins encore) mais non nada

loin de tout (derrière l’horizon)

mais en même temps se déroule

se défait et roule l’événement invoqué (quoique difficile à nommer)

AS
DE
PIQUE

— un recul pathétique jusqu’à l’avant (poème) jusqu’à l’incapacité

empêche et obstrue la parole —

Si (les barrières augmentant le nombre de leurs barreaux)
Si (je veux dire à condition que tout le reste le permette)


Ce qui est probable pour ne pas dire absurde

Si (l’implication de ce si pèse le poids de l’univers entier)

Si (rien ne m’autorise à continuer) je dis ça

Ou ci ou so

Si ça (l’aveugle en moi) décide de parler

— ouvrant la bouche ou frappant le clavier mais ne

disant rien de ce qui doit être dit
Si j’ajoute ça à si pour que l’obstacle
SOIT
SENSIBLE

C’est que

Au-delà du ça et du si

Demeure
Pinfracassable tonnerre

Où se plie en cent mille plis

Le lambeau de vérité à détecter

Et que déplier ce paquet intérieur au tonnerre

N’est pas du ressort du langage écrit

Bien que tapant ceci je prétende le contraire

Mais (répétons-le jusqu’à plus soif)

Le téléphone sert à communiquer

Et tout poème téléphoné

Traverse la plaque aimantée jusqu’au tympan

Matière transpercée comme un cerveau

Et les faits cités du même coup

Devenus vibrations

Portent et rebondissent là où le poème commençait

Loin de tout {derrière l’horizon)

Peut-être étions-nous trop soudés les uns aux autres

pour écrire
Peut-être le langage mime le paysage
Et je ne comprends rien, sinon que moi — ouverture d’un barrage de chair —
Moi
Antimoi

Sacré nom de dieu de surmoi et tuttiquanti en moi
Sommes décidés à passer outre à l’impérissable contexte

Le langage surmène et surmine

Mais langage n’est pas outil

Ce qui perfore est soi

Pourtant soi seul fait béton et impasse

et je ne vois pas comment sortir de là

(…)

S’il s’agit de dire ce qui s’est passé en moi depuis le 12 juillet dernier — jour de l’assassinat c’est que ce jour est porte-monde pour moi

avec les précautions d’usage

je ne dirai pas l’anecdote

mais j’enfoncerai délibérément en moi

pour savoir ce qui ne se sait pas

cette banalité qui tonne en moi

cette douleur sans douleur où l’assassinat a fondu sur moi

et je dirai

que rien au monde ne m’empêchera de fondre sur

l’assassinat
La peur m’emporte et me fait perdre le sens

— tout sens quoique je sois ici à fixer un sens à ce qui n’en a pas peur de ne pas être aussi muet que l’est aujourd’hui
Nina

aussi muet

aussi muet

aussi muet

aussi muet

aussi muet

axe de cette roue voilée en moi

aussi muet aussi muet

dans ce tonneau sans voix roulant de pierre en pierre jusqu’à la très haute mer

barba méroubaïa

bara bouraille

bare bouille barrépourbéré

bandi bérou bérérétoutparabérouta

beuribérédor bar bar bara

barrébor

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Alain Jouffroy
Fils de Charles Jouffroy et d'Inès Martin des Pallières, Alain Jouffroy naît près du parc Montsouris. Très jeune, son rapport au langage est marqué par le scandale Stavisky et la guerre civile espagnole de 1936 à laquelle il assiste par hasard. Du haut de ses huit ans, il décide de l'écrire sur des carnets pour pouvoir, après son rapatriement, le raconter à son entourage.
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