Les lampadophores

3 min


De vitrine à victoire, le mannequin

Glisse — son imperceptible venin agit !

Ménagée par l’ennui, mutilée mais sincère,

La femme désire qu’Ananké la dépasse.

Émerveillée, elle vagit.
Son cœur bat

Le rappel du chaos.
Le voyage la démange.

Le poète authentique innocente sa mort,

Canonise son sang boueux sur ses fleurs piétinées

Surprise, toutes griffes dehors, elle déteste

Qu’il l’habille, qu’il la maquille à son gré.

Fantoche de chair, soupirante fanée,

Il l’accule à avouer son cœur rare,

Son pubis tendu et martelé, l’anémone

De ses genoux, le
Carmel de son corps bafoué.

Augusta, féroce, glorifie son bifteck nacré.

Ses gants givrés m’aveuglent de leurs feux.

Je l’ai chagrinée.
Elle est morne, avachie.

Je l’ai combattue.
Elle s’est ruinée

À m’écorcher.
Les joyaux de ses plaies

La comblent.

Mariée à ma déchirure,

Hurlante et fière de ses hauts faits, elle est sacrée.

Pauline seconde la lèpre heureuse, s’ingénie À chasser les miasmes enchanteurs de sa chambre.
Charmante, elle m’étiole.
Elle s’agglutine À ses glandes.
Surpeuplée de douceurs, elle
Dote de diamants candides ma pauvreté.
Sale, égarée, toujours traquée par dix policiers,
Elle jette l’injure de ses baisers sur ma bouche.
La volupté, fureur oisive, s’abat sur mes épaules.
Engourdie par le gouffre qui l’étreint, elle geint,
Elle imagine sa pourriture, elle jaunit

— et défaille dans les bras de son groom.

Virile, mystique,
Armelle rivalise d’éclat
Avec l’éclat spasmodique de la colère.
Ordure emperlée de rosée, chinoise,
Délicatement insérée dans un réseau sanglant
De ciels vacants, toujours ouverte au lit,
Messagère du néant au sommet du frisson,
Elle nargue l’ineffable.

Antonia, sœur siamoise du malheur,

Rêveusement, sort du bordel, badine, butine

Le pollen mâle,

Écharpe la rage réticente des foules,

Gaspille ses battements de cils.
Puis,

Bouche bée devant le banal banquet du parangon pervers

Qui, d’elle, veut tirer l’inévitable
Dame d’Ennui dévoilant,

L’éclaircie clairsemée, le petit gris quotidien,

L’hermine innée du noir, l’Antonia
Nil du
Temps

— elle mange !

Julienne, l’ingénue, joue au douroucouli. —
Oublieuse rafale de caresses criantes,
Acide, sa ferveur aiguë agace les gencives.

Armande, vivace, prémédite l’alchimie stérile des tortures,
Mère récidiviste, revient sur les lieux exaltés
Par le frémissement de babines des hyènes hystériques.
Elle erre, elle pullule, elle machine les destins,
Lancinant éclair avorté.
Armande est armée.
Elle nuit aux poumons comme une lave.
Dans ses bras, accolade de la mort, elle étreint l’unanimité
De ses fils.
Elle nantit la norme d’une tradition
De vacarme endémique.
Elle détache son néant danois

Et les êtres, blessés par sa morgue, tiennent leur langue à carreau.

Nathalie, sœur paronyme de la naissance,

Masse la chair vulnérable des héros,

Les assujettit au socle crétinisant de leurs statues.

Mâle, vile, violente, antipathique pythie,

Pluriel féminin,

Elle muselle ses désirs effrénés et murmure :

«
Mes frères, à tort mes affres vous effraient :

«
Le jour sourd de mon sang, je vous envoie son messager. »

Print Friendly, PDF & Email

Avez-vous été touché par ce poème? Partagez votre histoire ici.

avatar
  S'abonner  
Me notifier des
Alain Jouffroy
Fils de Charles Jouffroy et d'Inès Martin des Pallières, Alain Jouffroy naît près du parc Montsouris. Très jeune, son rapport au langage est marqué par le scandale Stavisky et la guerre civile espagnole de 1936 à laquelle il assiste par hasard. Du haut de ses huit ans, il décide de l'écrire sur des carnets pour pouvoir, après son rapatriement, le raconter à son entourage.
Choisissez un format
Story
Formatted Text with Embeds and Visuals