(fragment)

Ils passèrent deux jours d’amour et d’harmonie

De chants et de baisers, de voix, de lèvre unie

De regards confondus, de soupirs bienheureux,

Qui furent deux moments et deux siècles pour eux.

La nuit, on entendait leurs chants ; dans la journée

Leur sommeil ; tant leur âme était abandonnée

Aux caprices divins du désir ! leurs repas

Étaient rares, distraits ; ils ne les voyaient pas.

Ils allaient, ils allaient au hasard et sans heures,

Passant des champs aux bois, et des bois aux demeures,

Se regardant toujours, laissant les airs chantés

Mourir, et tout à coup restaient comme enchantés.

L’extase avait fini par éblouir leur âme,

Comme seraient nos yeux éblouis par la flamme.

Troublés, ils chancelaient, et le troisième soir,

Ils étaient enivrés jusques à ne rien voir

Que les feux mutuels de leurs yeux.
La nature

Étalait vainement sa confuse peinture

Autour du front aimé, derrière les cheveux

Que leurs yeux noirs voyaient tracés dans leurs yeux bleus.

Ils tombèrent assis sous les arbres peut-être…

Ils ne le savaient pas.
Le soleil allait naître

Ou s’éteindre…
Ils voyaient seulement que le jour

Était pâle, et l’air doux, et le monde en amour…

Un bourdonnement faible emplissait leur oreille

D’une musique vague, au bruit des mers pareille,

Et formant des propos tendres, légers, confus

Que tous deux entendaient, et qu’on n’entendra plus.

Le vent léger disait de la voix la plus douce :

«
Quand l’amour m’a troublé, je gémis sous la mousse. »

Les mélèzes touffus s’agitaient en disant :

«
Secouons dans les airs le parfum séduisant

Du soir, car le parfum est le secret langage

Que l’amour enflammé fait sortir du feuillage. »

Le soleil incliné sur les monts dit encor :

«
Par mes flots de lumière et par mes gerbes d’or,

Je réponds en élans aux élans de votre âme ;

Pour exprimer l’amour mon langage est la flamme. »

Et les fleurs exhalaient de suaves odeurs,

Autant que les rayons de suaves ardeurs ;

Et l’on eût dit des voix timides et flûtées

Qui sortaient à la fois des feuilles veloutées,

Et, comme un seul accord d’accent harmonieux,

Tout semblait s’élever en chœur jusques aux cieux ;

Et ces voix s’éloignaient, en rasant les campagnes,

Dans les enfoncements magiques des montagnes ;

Et la terre sous eux palpitait mollement,

Comme le flot des mers ou le cœur d’un amant ;

Et tout ce qui vivait, par un hymne suprême,

Accompagnait leurs voix qui se disaient : « je t’aime ! »

A Propos de l'Auteur

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