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L’invention

La terre ouvrant son sein, ses ressorts, ses miracles,
Ses germes, ses coteaux, dépouille de
Thétis ;
Les nuages épais, sur elle appesantis,
De ses noires vapeurs nourrissant leur tonnerre,
Et l’hiver ennemi pour envahir la terre
Roi des antres du
Nord ; et de glaces armés,
Ses pas usurpateurs sur nos monts imprimés;
Et l’œil perçant du verre, en la vaste étendue.
Allant chercher ces feux qui fuyaient notre vue ;
Aux changements prédits, immuables, fixés,
Que d’une plume d’or
Bailly nous a tracés,
Aux lois de
Cassini les comètes fidèles ;
L’aimant, de nos vaisseaux seul dirigeant les ailes,
Une
Cybèle neuve et cent mondes divers.
Aux yeux de nos
Jasons sortis du sein des mers :
Quel amas de tableaux, de sublimes images,
Naît de ces grands objets réservés à nos âges !
Sous ces bois étrangers qui couronnent ces monts.
Aux vallons de
Cusco, dans ces antres profonds,
Si chers à la fortune et plus chers au génie,
Germent des mines d’or, de gloire et d’harmonie.
Pensez-vous, si
Virgile ou l’Aveugle divin
Renaissaient aujourd’hui, que leur savante main
Négligeât de saisir ces fécondes richesses,
De notre
Pinde auguste éclatantes largesses ?

Nous en verrions briller leurs sublimes écrits :

Et ces mêmes objets, que vos doctes mépris
Accueillent aujourd’hui d’un front dur et sévère.
Alors à vos regards auraient seuls droit de plaire ;
Alors, dans l’avenir, votre inflexible humeur
Aurait soin de défendre à tout jeune rimeur
D’oser sortir jamais de ce cercle d’images
Que vos yeux auraient vu tracé dans leurs ouvrages.

Mais qui jamais a su, dans des vers séduisants,
Sous des dehors plus vrais peindre l’esprit aux sens ?
Mais quelle voix jamais d’une plus pure flamme
Et chatouilla l’oreille et pénétra dans l’âme ?
Mais leurs mœurs et leurs lois, et mille autres hasards,
Rendaient leur siècle heureux plus propice aux beaux-ans.

Eh bien ! l’âme est partout ; la pensée a des ailes.
Volons, volons chez eux retrouver leurs modèles.
Voyageons dans leur âge, où, libre, sans détour.
Chaque homme ose être un homme et penser au grand jour
Au tribunal de
Mars, sur la pourpre romaine.
Là du grand
Cicéron la vertueuse haine
Ecrase
Céthégus,
Catilina,
Verres ;
Là tonne
Démosthène; ici, de
Périclès
La voix, l’ardente voix, de tous les cœurs maîtresse,
Frappe, foudroie, agice, épouvante la
Grèce.
Allons voir la grandeur et l’éclat de leurs jeux.
Ciel! la mer appelée en un bassin pompeux!
Deux flottes parcourant cène enceinte profonde.
Combattant sous les yeux des conquérants du monde.
O terre de
Pélops ! avec le monde entier
Allons voir d’Épidaure un agile coursier
Couronné dans les champs de
Némée et d’Élide ;
Allons voir au théâtre, aux accents d’Euripide,
D’une sainte folie un peuple furieux
Chanter :
Amour, tyran des hommes et des
Dieux.
Puis, ivres des transports qui nous viennent surprendre.

Parmi nous, dans nos vers, revenons les répandre;
Changeons en notre miel leurs plus antiques fleurs ;

Pour peindre notre idée, empruntons leurs couleurs ;
Allumons nos flambeaux à leurs feux poétiques ;
Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.

Direz-vous qu’un objet né sur leur
Hélicon
A seul de nous charmer pu recevoir le don ?
Que leurs fables, leurs
Dieux, ces mensonges futiles.
Des
Muses noble ouvrage, aux
Muses sont utiles ?
Que nos travaux savants, nos calculs studieux.
Qui subjuguent l’esprit et répugnent aux yeux.
Que l’on croit malgré soi, sont pénibles, austères.
Et moins grands, moins pompeux que leurs belles chimères ?
Voilà ce que traités, préfaces, longs discours.
Prose, rime, partout, nous disent tous les jours.
Mais enfin, dites-moi, si d’une œuvre immortelle
La nature est en nous la source et le modèle,
Pouvez-vous le penser que tout cet univers.
Et cet ordre éternel, ces mouvements divers,
L’immense vérité, la nature elle-même,
Soit moins grande en effet que ce brillant système
Qu’ils nommaient la nature, et dont d’heureux efforts
Disposaient avec art les fragiles ressorts ?

Mais quoi! ces vérités sont au loin reculées,
Dans un langage obscur saintement recelées :
Le peuple les ignore.

ô
Muses, ô
Phébus !
C’est là, c’est là sans doute un aiguillon de plus.
L’auguste poésie, éclatante interprète,
Se couvrira de gloire en forçant leur retraite.
Cette reine des cœurs, à la touchante voix,
A le droit, en tous lieux, de nous dicter son choix,
Sûre de voir partout, introduite par elle.
Applaudir à grands cris une beauté nouvelle,
Et les objets nouveaux que sa voix a tentés
Partout, de bouche en bouche, après elle chantés.
Elle porte, à travers leurs nuages plus sombres.

Des rayons lumineux qui dissipent leurs ombres.

Et rit quand, dans son vide, un auteur oppressé

Se plaint qu’on a tout dit et que tout est pensé.

Seule, et la lyre en main, et de fleurs couronnée,

De doux ravissements partout accompagnée,

Aux lieux les plus déserts, ses pas, ses jeunes pas.

Trouvent mille trésors qu’on ne soupçonnait pas.

Sur l’aride buisson que son regard se pose,

Le buisson à ses yeux rit et jette une rose.

Elle sait ne point voir, dans son juste dédain.

Les fleurs qui trop souvenr, courant de main en main,

Ont perdu tout l’éclat de leurs fraîcheurs vermeilles ;

Elle sait même encore, ô charmantes merveilles !

Sous ses doigts délicats réparer et cueillir

Celles qu’une autre main n’avait su que flétrir ;

Elle seule connaît ces extases choisies.

D’un esprit tout de feu mobiles fantaisies.

Ces rêves d’un moment, belles illusions.

D’un monde imaginaire aimables visions,

Qui ne frappent jamais, trop subtile lumière,

Des tetrestres esprits l’œil épais et vulgaire.

Seule, de mots heureux, faciles, transparents.

Elle sait revêtir ces fantômes errants :

Ainsi des hauts sapins de la
Finlande humide,

De l’ambre, enfant du ciel, distille l’or fluide,

Et sa chute souvent rencontte dans les airs

Quelque insecte volant qu’il porte au fond des mers ;

De la
Baltique enfin les vagues orageuses

Roulent et vont jeter ces larmes précieuses

Où la fière
Vistule, en de nobles coteaux.

Et le ftoid
Niémen expirent dans ses eaux.

Là les arts vont cueillir cette merveille utile,

Tombe odotante où vit l’insecte volatile;

Dans cet or diaphane il est lui-même encor.

On dirait qu’il respire et va prendre l’essor.

Qui que tu sois enfin, ô toi, jeune poète,
Travaille ; ose achever cette illustre conquête.

De preuves, de raisons, qu’est-il encor besoin ?
Travaille.
Un grand exemple est un puissant témoin.
Montre ce qu’on peut faire en le faisant toi-même.
Si pour toi la tettaite est un bonheut suprême,
Si chaque jout les vêts de ces maîtres fameux
Font bouillonner ton sang et dressent tes cheveux ;
Si tu sens chaque jour, animé de leur âme,
Ce besoin de créer, ces transports, cette flamme,
Travaille. À nos censeurs, c’est à toi de monttet
Tous ces trésors nouveaux qu’ils veulent ignorer.
II faudra bien les voir, il faudra bien se taire,
Quand ils verront enfin cette gloire éttangère
De rayons inconnus ceindre ton front brillant.
Aux anttes de
Paros le bloc étincelant
N’est aux vulgaires yeux qu’une pierre insensible.
Mais le docte ciseau, dans son sein invisible.
Voit, suit, trouve la vie, et l’âme, et tous ses traits.
Tout l’Olympe tespire en ses détouts sectets.
Là vivent de
Vénus les beautés souveraines ;
Là des muscles nerveux, là de sanglantes veines
Serpentent; là des flancs invaincus aux ttavaux,
Pour soulager
Atlas des célestes fardeaux.
Aux volontés du fer leur enveloppe énorme
Cède, s’amollit, tombe ; et de ce bloc informe
Jaillissent, éclatants, des
Dieux pour nos autels :
C’est
Apollon lui-même, honneur des immortels ;
C’est
Alcide vainqueur des monstres de
Némée ;
C’est du vieillard rroyen la mon envenimée ;
C’est des
Hébreux errants le chef, le défenseur :
Dieu tout entier habite en ce marbre penseur.
Ciel ! n’entendez-vous pas de sa bouche profonde
Eclater cette voix créatrice du monde ?

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André Chénier

André Marie de Chénier, dit André Chénier, fils de Louis de Chénier, est un poète né le 30 octobre 1762 à Constantinople et mort guillotiné à Paris le 7 Thermidor de l'an II (25 juillet 1794) à 31 ans.

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