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Un vautour déraciné

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Dans le ciel moins qu’un signe

sur terre mieux qu’un démon

de tous les volatiles le vautour

a la sale réputation

d’un patient charognard au fumet de vidange

qui ne mange que la mort

et les festins pourris.

Le milan est royal en cela même qu’il tue

le vautour infernal en cela

qu’il nettoie jusqu’à l’os, ô symboles!

Ce point là-haut si lourd

sur quoi régnerait-il?

Il n’a pas idée de son règne.

Il a faim et son œil

traque parmi les pierres

une pierre d’agonie

une plaie, une pierre

qui frémit et qui crève

et met au bec

le goût gluant du sang qui tiédit.

Le vautour vaut toujours

son pesant de remords et d’ordure…

Il vole si peu

ou d’hécatombe en cimetière

de typhus en typhon

de potence en réverbère

en morgue à toit ouvert

en oasis empoisonnée,

il vole si peu pour repaître

son profil déplumé

qu’il est là

comme à l’heure

aux marges des bûchers des tranchées

sur les tertres ou les dunes

sur les câbles des mines

les pontons naufragés,

toujours là sentinelle

épouvantail avide

dans le rôle étendard

du dépeceur ailé.

Au carnage du vivant

mauvaise fortune et bon cœur

chacun peut choisir mésange contre épervier

s’en aller lever le poing

à l’aplomb du rapace,

mais la terreur du lièvre

qui sent l’ombre de l’aigle

avant le poids des serres

qui voudrait y prêter

plus qu’un haussement d’épaules?

Vautour livré à l’imagerie

à la dévotion des peurs,

tu n’es qu’une sorte de sédentaire

qui survit sur des restes

un phénix casanier du grand livre des morts

sans égard ni souci

pour le cycle bâtard de ce qui va renaître,

tu racles les vertèbres et bouscules les dents

tu disjoins tu récures tu mets sous le soleil

d’impeccables squelettes.

Contre l’instinct les clichés les repères d’où viendrait cette impensable liberté à secouer la gangue héréditaire ?
Vautour changerait d’aire vautour s’élancerait vers l’azur en criant vautour dormirait sur son aile en planant vautour forcerait le destin de ses frères…
Gardez vos charognes ci-devant vivants gardez vos trésors vos lois vos traîtrises, vautour se rêve en vous comme un déraciné.

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Écrit par André Velter

André Velter, né le 1er février 1945 à Signy-l’Abbaye dans les Ardennes, est un poète, essayiste, chroniqueur et homme de radio français, même s’il ne se reconnaît qu’une seule qualité : celle de « voyageur ». Ses poèmes sont traduits dans une trentaine de langues.

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