Enfance

En ce temps-là

je portais toute ma force dans mon cœur

C’était l’orgueil

celui du premier prince magnanime

de la première victoire

du drapeau bleu flottant sur la terre du juste

C’était la colère

l’impétueuse

flammes inoubliables

frissons de sang en prismes de pardon

C’était le désir agile

prenant pied dans la découverte

créant les îles de cristal

réinventant la magie blanche

C’était le péché de perle

mon vrai péché

la coupable bonté

l’admirable

CONTINUER LA LECTURE

La fleur au fusil

L’oreille à la puce

petit personnage

tout perdre

nous irons nos quatre volontés

radeau des naufrages

aux quatre angles de longitude

La grande nuit que l’on conquiert

à coups de bocks

de jurons

de peines

videz la coupe

videz-la nom de dieu

videz les lieux

videz le temps

videz la peur de vivre

J’en reviens

je porte mon identité à tout hasard

dans mon ombre dévorée

dans mon ombre dérobée

je n’ai plus ma vertu ancienne

je n’ai pas un mot à dire

je n’ai

CONTINUER LA LECTURE

De neige rouge pour noël arnaud

Doigté de fer

dans le tunnel de vieux velours

qui passe à travers soi

pour joindre l’ancien double d’ombre

doigté de fer

dans la dentelle de la nuit

qui dégage l’anonymat

la valise pleine de neige neuve

stupéfiante de clarté

doigté de fer

dans le corsage des nuages

dans le grand nid circulaire du monde

dans l’avenir

Des salves de métaphores

aux seins rouges

éclatent comme des fûts de minium

Des mots de vieux mots dangereux

aux voyelles ivres de vivre

aux haillons

CONTINUER LA LECTURE

Je me de de

Je me vermine

je me métaphysique

je me termite

je m’albumine

je me métamorphose

je me métempsychose

me dilapide

je n’en aurai jamais fini

Je me reprends

je me dévore

je me sournoise

je me cloaque et m’analyse

je me de de

je m’altruise

je deviens mon altcr ego

je me cache sous les couvertures

je transpire l’angoisse

je vais crever madame la marquise

CONTINUER LA LECTURE

Terre plastique

Terre de nage rouge au sang de vent

prime au crime de pair avec hélas

tournante de soleil et les bergers

boivent les neiges éternelles

fondues aux hanches des montagnes

Trois fois rien pour la plaine exsangue

aux ventouses de candélabres

et les rochers camoufleurs

jettent des pierres de silence

Et moi qui n’ai jamais dit adieu à personne

apprenez que je suis aussi en vous

Celle que je ne reverrai plus jamais est en moi

je ne lui ai pas dit adieu

pour notre dernier regard embué

CONTINUER LA LECTURE

Empreintes

à
Freddy
Plongin

Toujours on marche dans ses pas

que ce soit dans les sables blonds

dans les glorieuses boues dans les cendres

de son destin toujours on marche dans ses pas

Sur ce trajet tracé dans l’invisible point de

chat gris à gauche point d’hirondelle à droite

point de hibou de la minuit point de souris

de la seigneurie pour cet enfant parfait

qui peut-être dans deux mille ans va vous tendre la main

Et toi tu marches dans tes pas

CONTINUER LA LECTURE

Le sablier d’absence

à
André
Lorenl

En cette nuit je crus crronément que
Dieu se promenait dans une rue que je pourrais l’y rencontrer

Je sortis de ce café célèbre en vain car je ne vis personne sur les chemins que j’inventai

Il s’en fallut de peu que je m’écroule

au pied de ma propre statue

qui sans un geste se déplace dans mes liens.

16 octobre 1956

à
M.Wilmart

Je rêvais de cette orpheline qui ne cherche pas de parents mais le baiser de l’invisible

à la fille pure qui sait

CONTINUER LA LECTURE

Raison

à
Hélène
Locoge

J’étais venu pour planter ma présence

comme un stylet

dans la poitrine du malheur

j’étais venu

pour parfumer la dentelle des fées

pour capter le regard angoissé d’un ami

pour laver les dents de la métaphysique

pour peigner le silence

sur les épaules de la nuit

pour isoler le grain de sable

et me confondre en lui

et vous restituer aux grandes origines

pour penser longuement à l’âme du futur

à la structure du désir

à l’immanence du secret

CONTINUER LA LECTURE

Pour cause déterminée

Fils d’un prêtre et de quelle église
Enfant de quelle mère aux ferments apaisés
Pour jouets j’ai pris les vases sacrés
Multipliant les sacrilèges

Il est mort sans déséquilibre
Tel un enfant fraîchement baptisé
Plus près de sa divinité
Que de nous et que de lui-même

Je sais le chemin du cimetière
Je sais parmi d’autres tombeaux
Son blanc tombeau de blanches pierres
Je m’y recueille sans pleurer

Mais quand l’autre sera prise
Toi ma vieille maman moi-même

CONTINUER LA LECTURE

Le débutant

Le
Christ pour sa maman comme

dans un nuage était allé chercher

du bon pain blanc chez le boulanger

du village

Il faisait faim à la maison

Joseph pressurait un citron

En s’égarant au jeu dans les ruelles le

Christ perdit du temps de temps il

perdit même son petit argent

Alors il fut acculé comme un mage

à faire son premier miracle

et put rentrer à la maison la tête haute

avec une merveilleuse tarte aux prunes

qu’il avait dérobée

dans le corsage de la lune

CONTINUER LA LECTURE

Pour mieux aimer à irène hamoir

Dans la beauté menacée

menaçante

il y a place encore pour un duel désespéré

et pour la fuite éperdue d’une gazelle

dans les savanes du rêve

Dans la beauté menacée

menaçante

il y a place toujours pour une femme

prisonnière dans la cloche de cristal

qui sonne son temps d’être perdue

et d’être aimée

chaque fois que ses seins se mettent à luire

comme des cibles de phosphore

Dans la beauté menacée

menaçante

il y a place pour un lit de corail

toujours sanglant sous

CONTINUER LA LECTURE

C’est ainsi

à
Jean
Bastin

Il est certain que quelque chose existe

est

tendant à nous nier

nous dépassant

et qui en nous se réalise

et qui se justifie

dans la naissance d’un poète

et dans sa mort

dans un petit village

au fond de la brousse spirituelle

II est certain que je vous aime

comme un enfant

ayant perdu sa mère à l’âge du secret

que vous auriez recueilli

après une tornade

dans un îlot de la dévastation

que vous auriez recueilli

ainsi qu’une émeraude

tombée du diadème

CONTINUER LA LECTURE

Vœu

L’estuaire du ciel est un apéritif

Giboulées d’éléphants rouges tombez

que la terre perde son teint de suicidée

tombez en robes de moissons

sur les campagnes d’abandon

en caresses germinatoires

dans cette crypte de lumière

où luit orageusement dure

sous trois cents nœuds gordiens d’éclairs

en son écrin de javeline

blonde d’intolérance blonde

une graine de vérité

CONTINUER LA LECTURE

La brigade internationale

à
Jean
Bastien

Mon cœur

veine ou déveine

aura des ailes

dans les montagnes et dans la plaine

des hommes meurent pour la liberté

L’oiseau parle une langue inconnue

il n’a jamais pensé à la chance

mais la chance est pour lui

dans les chansons mêmes de la peur

la vie n’est qu’un signe

pour ceux qui meurent dans la nuit

trahis par la clarté lunaire

par les regards obstinés du soleil

Il y a parfois un homme qui vient d’Albanie

il parle de la liberté comme d’un

CONTINUER LA LECTURE

L’agenda d’émeraude

à
Edmond
Kinds

Rongé par des insectes singuliers

qui s’en étaient venus

comme de l’au-delà

j’allais sans un effort légèrement

mourir dans le calice d’une rose

à
Michel
Focke

L’anachorète qui mangeait

les rayons de la lune était

maigre comme le clou où nous

avions pendu notre veston de contingences

à
Marcel
Parfondry

Du côté de
Tibériade

si je l’avais connu

j’aurais fait le treizième apôtre

dérobant une orange au jardin de
Judée

CONTINUER LA LECTURE

Depuis toujours

Quand je commence à sentir

un peu le vieux parfum de

Chypre je sais qu’un très

grave danger qu’une catastrophe

de très haute sentence menace

mes origines de sainteté

Et je respire mon parfum

je sens que je vais violer

toutes les vierges interdites

je sens qu’en imagination

j’avance à pas de chat sauvage

vers le sexe secret de la

Vierge
Marie

J’en éprouve profondément le

sentiment définitif que je signe ma damnation

Avant jamais je n’eusse osé

CONTINUER LA LECTURE

Entre puce et tigre

La toge de miséricorde drape ma fièvre de conscience

Mais tout éprouve et rien ne prouve

Sous le catafalque du rire gît un cadavre de beauté

à
Noël
Arnaud

Mes lions s’incrustaient dans le sable

j’avais très mal trop mal

la femme nue

que j’aurais pu aimer

étant couverte d’insectes millénaires

Un pauvre type

ainsi que moi perdu

m’avait justement racolé

sous le rouge fanal du désespoir

Un oiseau-mouche est venu boire en notre verre

et ce fut fait

en trois

CONTINUER LA LECTURE

Eva – d’ombre et de sang (1946)

Femme ténébreuse

errante de la mauvaise vertu

errante du bien pour le mal

adroite et décidément maladroite

parmi les rideaux de rêve et de soie

parmi les pains de chaleur de chair et de sang

parmi l’homme dépaysé d’être lui-même

femme dangereuse

légèrement inclinée

dans le vent des miracles

légèrement vêtue dans le vent du péché

légèrement perdue dans l’ouragan de vie

femme qui joues

femme qui ris

femme qui pleures

femme qui veux gagner toujours

une chance

CONTINUER LA LECTURE

Décrets

LA
QUESTION
DE
CONFIANCE

(1940)

Légende

imprenable légende des anges ivres

jaillis des cataclysmes en gestation

je marche

je tiens entre mes yeux

à la hauteur du monde

une perle d’amour

une perle d’angoisse roucoule dans ma poitrine

[en flammes je pense que je suis un oiseau des grands carnages des pertes irréparables de sang je me souviens des chants que j’ai pleures lumière impalpable frémissement des lèvres invisibles dans l’urne d’or des vieux déserts

CONTINUER LA LECTURE