Le salut est partout

Il me dit soudain : La vie est la forme approximative de la vraie vie. Je levai les yeux vers lui. Il se pencha légèrement vers moi et ajouta : Mais oui : la vie n’est pas séparée de la vraie vie.

Celui qui, les bras croisés de l’autre côté de la porte, nous écoutait, fit comme s’il n’avait rien entendu.

Nous nous trouvions sur le seuil d’une grande maison abandonnée du Sud. Je les avais rejoints parce que, dans mon rêve, ils m’avaient invité —

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Déroute de la déroute

Fouaille dans l’épouvantail, fécal fanal, pie ! Égosille-toi dans les charbons ardents !

Lucider remonte, hirsute, la pente du cogito
Pointe sa langue hors de la gueule de la conscience
Népal de la survie, poussier de savoirs — gâche tout

Ostrogodi du gouvernail horrifie la maligne
Comtesse d’O
Fustige le sens du sens —
Aie !

Charbonnier de la mort fait fi du poids du cœur
Et obsède
Assurbanipal, toute ma troupe, du destin de
Kleist et d’Otto
Weininger

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Lumières sur l’eau éteinte

L’homme est entré en moi il y a vingt et un ans

A la porte ! ordonne ma nostalgie

Trouble-fête

Ton évidence était maléfique

Et chacune de tes hypostases un déni de justice

La trace de tes pas ne vaut pas le vent qui l’efface

Grandeur douce à la mort

Qu’un homme trahisse son espèce transfigure votre avenir

Et toi

Femme

Séparée du monde représenté par ta volonté de dépassement

Tu sépares l’homme de lui-même en projetant sur lui ta

lumière incréée
Douce

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Vœu

Qu’il s’enfonce

le pieu

dans la banquise où ton sourire se crispe

qu’il s’enfonce

le trépan rêveur sous le poids duquel tu trembles

qu’il s’enfonce jusqu’à tes dents

le piolet pour monter à l’assaut de ta force

qu’il s’enfonce en toi jusqu’à
I’ankylosement des sources

qu’il s’enfonce et te sépare de ta moelle

femme-entonnoir

qu’il n’épargne pas le noyau de ta cervelle

je cherche en toi l’aiguille

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La schlague

à la lisière, sur le bord du
Z

là où il y a des canards minces comme des ardoises

là où l’heure ment aux libellules

le remords du crépuscule se vautre dans la boue

un chien, un chien, un chien

à chaque barrière aboie à la vie

crache la colère du jour sur les talons du voleur de feu

mais la schlague à la main, c’est l’espoir odieusement nié !

je veux m’ouvrir les mains nues à ce village

me laisser couler à pic dans le puits

heureux

soulever ce couvercle de

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Trajectoire d’un fautif

Dans l’ouragan fœtal, se lève l’aliéné — nié

Par le chercheur d’or natal de mes reins — l’âne

Qui néantise mes matins, expertise mon noyau de rien

Bloque la targette dans mon arrière-train !

Exilé, victime de mon intérieur soleil,

J’eusse mieux fait de transformer mon temps et mes entours

Que de chercher des poux criards dans leur crinière !

Excédante, l’indépliable nature est là, qui m’assourdit.

Nuisons-nous, ma prédécesseuse !

Ma

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Secret sans but

jeune fille à voilette de la mort

vous vieillissez un peu sous le soleil

votre dard aphone

bouche d’axolotl ou fantôme

les scorpions de vos paupières

tout déjeune une deuxième fois de mon corps

jeune fille à voilette

vous pointez le pire de votre regard dans la direction du
Rien

mais je m’enferme dans un sac de sourd-muet et j’enivre mon chien

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L’énonciation

Je fanatise le vivant cercueil du verbe

Et, royal, en loques, je clame l’abdication idéale.

Je surgis, intact, de l’histoire de mes souillures.

Le scorpion s’est bloqué dans ma gorge.

Cramoisi, puis verdâtre, je me plains à la nuit,

Je roule cent mille tonneaux vers la mer.

O troupeau, tohu-bohu, chaos en marche du langage,

Que formez-vous ?
L’horreur me parle à voix basse.

Le ciel tournoie, culbute, m’arrache les yeux, repu.

Cruelle chance, strige à mes sueurs

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Le choc de l’indifférence

Toupet du père, de sa houppe et de ses pets !

Amères, frénétiques mères, qui disent «
Dieu »,

Qui disent «
On » —

Leur cœur abnègue bégaie.

À leur coucher,

Ma tête disparaît dans la brume du notoire.

Exclame-toi, vieux trouble originel !
Stridents, philtres du cri, les phares blasphèment !
Qu’ils aillent noyauter l’ordure dans leurs ciboires,
S’abreuver d’égocentrique venin, les pharaons !
Les défenses d’éléphant, éclipses,

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Message du sentiment

Nuit sans but
Vision à revers

Nuit qui lévite les sources

Je suis ton fils
Je suis ton désespoir

Je suis ta chute
Je suis ton grand lavoir

Ton sort est dans mes mains

Je prends ton gant de fer

Je frappe ton rocher

J’emploie ta clé liquide

Tu es ma grande aïeule
Tu es ma vanité

Glisse sur moi
Lâche-moi

Va-t’en heurter d’autres carreaux

Laisse-moi chasser tes bêtes

Je veux sourire à ma santé

Je veux saluer ma vérité

Je veux crier ma vie à fleur de terre

La vie est

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Les conditions de l’etre

Je m’ancre dans l’ocre de la terre

Et défends le sol sensible de nos soifs.

Mes centres se rodent,

Tremblent dans l’être de mon sang.

Dans le ventre de mes sentiments,

S’échangent les songes des éléments.

Plongé, noyau étanche, dans mon corps,

Je me hisse, silencieux, à la surface

De ma tête.
Trente couronnes d’uranium

Tournent dans mon cirque.
De doute

Et de cris, les tempes, paratonnerres

De vérités, vibrent — se fêlent

Et, vrillé dans le cœur,

Le

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Palinodique adolescence

Enfant de la forge,

Partant en flèche dans les failles de l’informulé,

J’effraie les fils de la mollesse.

Ils dénient — tous —

Ma manie de renverser le signe de mon envolée.

Si je me voulais vivant vainqueur

De mes bouderies, de mes dénégations,

Je sacrifierais mon pacte,

Mais sacrifié, acculé à moi

Comme au dernier des box,

Ma main tapoterait quelques secondes le bord du monde

Et, tavelée, s’effriterait, ruine romaine.

Échappant à ma forge, je fais

Volte-face

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Calamité

Calquée sur l’être du nuage elle vire de bord
Elle détonne dans l’époque — elle écope
Elle pointe ses cils — pins
Retroussée sa jupe attise le rouage des gouapes
Sa main trie le vent du volet dans la violence

Quand elle rit — rare et dételée cannibale —

À la troisième
Turquie elle renonce à toi

Corps mobile du délit

Elle a plus d’un loup dans son trac

Cachée ou rêvée — sa poitrine reine ravit

Très aimée — très calmée — très traînée au bout

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La gazelle prophétique

Soulevé par un
Atlas à qui il serait — plus qu’un fardeau —

un boomerang
Mon monde


Cheval irréductible à sa propre sauvagerie qu’Attila eût

fait brûler sur un bûcher de selles —
Déferle sur le monde résigné comme la malle sur la rive de l’île du marronne

Ambassadeur de mon double dans la capitale de l’antisolipsisme

— la
Modernité —

Je désire que jamais mes cendres ne se reposent de la déception du plus grand choc que j’ai pu éprouver

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La « ouatée »

Il crachote.

Ton regard — tard —

Fait éclater la victoire de mes torts

Au faîte défenestré de ton être !

Tu toises le mystère de mes crochets cachés, braqués.

Ta raison — piétinée par le taureau de l’inanité,

Ton bras — dans le cloaque jusqu’au cou,

Ta force — émietteuse et récalcitrante,

Trille,
Castille et bastringue pantelants, faiblissent,

Bégayent les mots de l’apoplexie dans mes hormones.

Tout est blindé, bondé dans le train de tes reins cabrés.

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Midi

De l’oeil marin sorti du mâchefer des marches

Du métro, le plissement instantané de paupières

Fait battre le sang lourd d’un conducteur

D’autobus.
Bloquée dans le bataillon de chalutiers

De l’Opéra, une femme glisse entre ciel et terre,

Voilette épinglée à l’œil comme un filet à papillons.

La ruée vers les tables, vers les chaises, renverse

Les barricades aveuglantes des trottoirs.
Surchauffée,

Une tourmente au ralenti empâte les jupes,

Suspend un instant

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Oui

Trop de beauté à vagabonder

il y a

trop de pays où dévale

interminable

la toute-puissante clarté

trop d’attentive attente

trop de passions étalées

trop d’ententes

entre les bruits entre les herbes

trop de puits où écouter des voix

quel accueil soudain sous les lauriers asymétriques

quelle douceur tournante

malgré
Hernan
Cortés

quelle nonchalance soudaine dans les coudes

quelle
Armada intacte

en la corbeille d’un seul pueblo

demain nul poids de
Il sur l’épaule

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Batterie

Sans poignée de main de démon

— pas d’air

— pas de passage en ton cœur de chien

Sans trace de cri au bord de tes paupières
Rien que jeunesse sur l’image des fusées

Ne te limite pas aux palissades glaciales
Brosse tes rails !
Aile ton jet de tourbe !

Sois

Mâle

Astral

Égal — oui, les trois

L’absolue règle à calcul

C’est l’arme blanche de ton
Carmel

Os hydraulique de la mort
Ne sois pas salvateur

SABLE
TES
LARMES
N’obéis à rien

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à moi-meme

Tu ne sais quelle mer tu traverses toi qui ne regardes jamais tes voiles tu ne sais quelle maison tu détruis toi qui hésites à fermer tes fenêtres tu ne sais quelle guerre tu déclenches toi qui parles comme un feu dans la nuit tu ne sais à quelle femme tu te donnes toi qui descends un fleuve jusqu’à la mer

tu te regardes comme si tu étais le seul tu te dégrades comme si tu étais maréchal tu t’abandonnes comme si tu étais un empire

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L’enfer de l’immobilité

Hommes de la rivière, épargnés par les vieux musiciens,
Je convoite vos rames, vos agrès, vos usines !
Votre immensité chaleureuse consume mes cauchemars.
Noyés dans l’euphorique communauté des sangs,
Libres, vos asiles, vos seuils, vos bagnes intacts
Brillent comme des clés sous la lune assassine.
Je suis l’Évanouie.
Les lieux cramoisis
Qui me cèlent à l’intolérance des sectes,
Tragiquement, me crucifient sur

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