Un soir

Laissez-moi retrouver, là-haut, sur la colline,
Dans les sentiers qu’hier nous avons parcourus,
L’enivrant souvenir de cette heure divine
Qui ne reviendra plus ;

Heure délicieuse, où, sur l’herbe foulée
Nous nous sommes assis, pour écouter tous deux
Les légers bruits du soir, montant de la vallée
Pour mourir dans les cieux.

Car chaque heure des jours de l’été qui commence
A son charme qui plane au-dessus des moissons,
Le matin ses parfums, midi son long silence,
Et le soir ses chansons ; CONTINUER LA LECTURE

Le jour des morts

Voici le jour des morts, l’âme croit les entendre ;
Mais au lieu d’un jour sombre et d’un ciel attriste,
Une heure de printemps se lève sur leur cendre,
Comme un signe de paix et d’immortalité.

Vers les champs du repos, autour de la cité,
La foule des vivants commence à se répandre,
Et plus d’un a choisi le sentier écarté
Que peut-être demain il lui faudra reprendre.

Ah ! vous n’êtes pas là, vous que j’ai tant pleures,
Le hasard fit, hélas ! à vos mânes sacrés,
Pour la nuit de la tombe, un chevet solitaire. CONTINUER LA LECTURE

Le jeu

Oh ! ne jouez jamais, laissez l’homme courir
De l’or et du hasard cette chance vulgaire ;
Les anges dans le ciel, les femmes sur la terre
N’ont reçu du Seigneur des mains que pour bénir.

Le jeu sauve d’aimer, ou, s’il nous faut subir
Sans espérance hélas ! quelque amour solitaire,
Il endort par degrés notre sombre chimère,
Et, s’il ne rajeunit, console de vieillir.

Mais vous, cœur noble et pur, jeunesse sans orages,
Mêler à vos pensers de profanes images,
Semer le grain de Dieu dans ces sillons ingrats !… CONTINUER LA LECTURE

L’amitié

Oh ! le charmant tableau, la suave peinture
Que celle où vers saint Jean, Jésus, le Dieu martyr,
Tend ses deux petits bras ! à cette image pure
Les mères dans leurs yeux sentent des pleurs venir.

C’est là de l’amitié la divine figure :
Deux enfants dont les mains se cherchent pour s’unir,
Et si prompts à s’aimer que leur double nature
Semble se reconnaître et se ressouvenir.

Quand l’amour pour régner n’a que l’heure qui passe,
L’amitié seule dure, et pare de sa grâce
Sur un front dépouillé les rides du vieillard ; CONTINUER LA LECTURE

Combats

D’où nous viennent parfois ces heures de détresse
Où l’homme s’abandonne et retourne à son mal,
Où la main qui brisa l’idole enchanteresse
En cherche les débris autour du piédestal ?

N’est-ce rien, ô mon Dieu ! que toute une jeunesse
Liée au même joug par un instinct fatal,
Et si je veux jeter le fardeau qui m’oppresse,
Pourquoi donc en mon cœur ce combat inégal ?

Hélas ! ainsi que nous, sous le même feuillage,
La colombe refait son nid après l’orage ;
Où l’éclair l’a frappée, elle attend le bonheur. CONTINUER LA LECTURE

Les regrets de la jeune femme

Les poètes ont vu dans le monde infernal
Des âmes qui des dieux attendaient le signal
Pour vivre de la vie humaine,
Acteurs muets encore, mais qui devaient un jour,
En des drames nouveaux apparaître à leur tour
Héros ou peuple sur la scène.

Vierges, c’est votre image, alors que vos désirs
N’ont pour tout horizon, dans leurs chastes soupirs,
Que l’enceinte du Gynécée,
Temple qui n’est ouvert que du côté du ciel,
Sanctuaire où toujours sur vos lèvres de miel
Repose une sainte pensée. CONTINUER LA LECTURE

L’idéal du poète

Pour créer sa Vénus, le statuaire antique
Aux vierges de son temps prenait ses traits divers,
A l’une le sourire ou la grâce pudique,
A l’autre le regard plein de tendres éclairs.

Ainsi va le poète, au sein de l’univers,
Cherchant de belle en belle, et sous un nom mystique
Dans sa forme inspirée, ardente, symbolique,
Animant l’Idéal qui doit vivre en ses vers ;

Et comme aussi parfois Myron ou Praxitèle
Oubliait (on est homme) aux genoux du modèle
L’idole qu’attendait l’auguste piédestal, CONTINUER LA LECTURE

La neige

J’aime la neige éblouissante
Qui couronne les vieilles tours,
Et sur les arbres qu’elle argente :
Courbe la feuille jaunissante,
Dernier souvenir des beaux jours.

Ses blancs flocons avec mystère
Reposent au toit des maisons,
Et d’une tunique légère
Voilent la face de la terre,
Ainsi que de molles toisons.

Écoutez ! tout semble immobile,
La neige endort tous les échos ;
Sans bruit passe la foule agile,
Et sur l’enceinte de la ville
Pèse un mystérieux repos. CONTINUER LA LECTURE

L’écran

Le soir, quand votre front s’incline sur la plage
Où s’écrit, jour à jour, plus d’un rêve charmant,
Devant votre foyer élevez prudemment
Cet écran dont mon cœur vous adresse l’hommage.

Quel que soit l’inventeur, je le bénis, et gage,
Sans connaître son nom, que ce fut un amant :
Il craignait que le feu (c’est assez d’un moment)
N’altérât dans sa fleur un jeune et beau visage.

Mais si la passion qu’il faut craindre toujours
Tout-à-coup éveillait de vos tristes amours
L’étincelle qui dort sous la cendre paisible, CONTINUER LA LECTURE

La fleur des poètes

Chacun, comme un trésor, garde au fond de son ame
Le parfum préféré de quelque chère fleur,
Et dans tous nos pensers, sur le plus sombre drame
Ce souvenir lointain épanche sa fraîcheur.

Au lilas, confident de sa longue douleur,
Valmore de son chant suspend l’aile de flamme,
Et sur la véronique, image de son cœur,
Tastu laisse tomber le soupir de la femme.

Le chaste amant d’Elvire au pied de l’amandier
S’arrête pour cueillir une branche, et Nodier
D’une grâce rêveuse a doué l’anémone ; CONTINUER LA LECTURE