Le retour

Il est une saison où le temps n’a point d’ailes,
Où, tandis que la terre est veuve de ses fleurs,
De nos bois dépouillés habitants infidèles,
Loin d’eux les rossignols vont chanter leurs douleurs.

Vous avez fui comme eux, ô vous dont la présence
Pouvait seule embellir des jours si ténébreux ;
Ajoutant à leur deuil celui de votre absence,
Emma, vous avez fui sous un ciel plus heureux.

Là peut-être avez-vous retrouvé le feuillage ;
Là sans doute l’hiver était moins triste aussi :
On dit qu’il a glissé pour vous, mais son passage,
Ah ! Vous ne savez pas comme il fut lent ici ! CONTINUER LA LECTURE

Toujours

L’hiver peut flétrir le feuillage,
La fleur peut renaître au printemps
Le soleil de ton ermitage
Sera mon soleil en tout temps.
L’heureux lien qui nous enchaîne
A ranimé mon cœur vieilli :
Oui, le monde a changé de scène,
C’est par toi qu’il s’est embelli.

J’égarais mon adolescence
Dans de vains rêves de bonheur ;
Tu m’apparus, et ta présence
Réalisa leur douce erreur.
Dans mon cœur où tout les ramène,
Leur charme n’est point affaibli :
Oui, le monde a changé de scène,
C’est par toi qu’il s’est embelli. CONTINUER LA LECTURE

Souvenir

Te le rappelles-tu ce jardin solitaire,
Où tu reçus l’aveu de mon timide amour ?
Tout nous favorisait, et l’heure et le mystère,
Et de l’astre des nuits le tremblant demi-jour.
Un incarnat léger colorait ton visage ;
Je lus mon avenir, mon bonheur, dans tes yeux ;
Et nos cœurs, s’unissant par ce muet langage,
Jurèrent de s’aimer à la face des cieux.

Mais lorsque, dans l’ardeur de ma brûlante ivresse,
Pour peindre mes transports cherchant le plus doux nom,
Je te nommais ma vie ; alors avec tendresse
M’interrompant : Ta vie ! Ô mon amour, non, non,
T’écrias-tu soudain. Appelle-moi ton âme ;
J’ai besoin du garant de son éternité :
Ta vie, hélas, la mort en éteindra la flamme !
Mais ton âme est promise à l’immortalité. CONTINUER LA LECTURE

Je t’aime mieux

Oh ! Non, ne crois pas que ma flamme
Se soit éteinte avec le temps ;
Sur mes sens tu régnas longtemps,
Tu vis aujourd’hui dans mon âme !
L’attrait qui séduisit mes yeux,
Ma raison aussi le partage ;
Je semblais t’aimer davantage,
Mais à présent je t’aime mieux.

Peut-être autrefois ma tendresse
N’avait d’ardeur que le désir ;
Elle a pu survivre au plaisir
Sans rien perdre de son ivresse :
C’est un culte saint et pieux
Qui succède aux feux du jeune âge ;
Je semblais t’aimer davantage,
Mais à présent je t’aime mieux. CONTINUER LA LECTURE

Souvenirs d’un printemps

Nos beaux lauriers sont défleuris,
Des dernières fleurs dont l’automne
Orne encore sa pâle couronne,
Les derniers boutons sont flétris ;
Mais tandis qu’au sein de Paris
Déjà le sombre hiver t’enchaîne,
Moi, dans nos campagnes en deuil,
Et sur ces rives où la Seine
En baignant Saint-Denis s’enfuit vers Argenteuil,
Pour la dernière fois novembre me ramène.

De ce soleil voilé que j’aime la pâleur !
On dirait qu’en ces lieux tout comprend ma douleur.
Mais ces coteaux, ces bois, n’ont-ils pas leur tristesse ?
Ainsi que nos jours de bonheur,
Ainsi que nos moments d’ivresse,
Leurs beaux jours sont aussi passés ;
Le souffle des autans glacés
A déjà de leur chevelure
Dépouillé nos arbres chéris.
Cependant ces rameaux sans parfums, sans verdi
Dont mes pieds foulent les débris,
Qu’une saison s’écoule, et bientôt la nature
Va leur rendre une autre parure ;
Mais assisterons-nous encore à son réveil
Et serons-nous témoins de ses métamorphoses ?
Est-ce pour nous que le soleil
Jaunira le pampre vermeil
Et qu’il entrouvrira les roses ? CONTINUER LA LECTURE

Tu m’aimes, je ne puis mourir

Las de défendre ma jeunesse
Contre un mal qui la dévorait,
J’allais sans regret, sans tristesse,
Quitter un monde sans attrait.
Je succombais, mais à la vie,
Un lien qui la fait chérir,
Rattache mon âme ravie :
Tu m’aimes, je ne puis mourir.

Du nouveau jour qui m’environne
Que les rayons sont éclatants !
Mon front ranimé se couronne
De l’espoir d’un autre printemps.
Quels parfums promet le feuillage
De ces lilas qui vont fleurir !
J’aurai ma part de leur ombrage :
Tu m’aimes, je ne puis mourir. CONTINUER LA LECTURE

Mes rêves

Ne vous offensez pas que votre indifférence
Dans mes songes pour moi se transforme en amour ;
Si la nuit à mes yeux fait briller l’espérance,
Ils sont mouillés de pleurs quand je les rouvre au jour.

Répandant sur mes sens votre douce influence,
Vous offrez-vous à moi dans un rêve enflammé ;
Il me faut redescendre encore à l’existence,
De ce divin séjour où vous m’aviez aimé.

Ah ! S’il est de la mort un emblème fidèle,
Ce sommeil bienfaiteur qui vient fermer nos yeux,
Puisse le mien bientôt être éternel comme elle !
Il m’a fait pressentir les voluptés des cieux ! CONTINUER LA LECTURE

Adieu

Ne crois pas rallumer ma flamme,
Adieu, séduisante beauté !
De l’amour la candeur est l’âme,
Il meurt dès qu’il en est quitté.
Ta voix, quel que soit son empire,
Mon cœur pouvait s’en défier ;
Mais ces yeux où l’amour respire,
Il fallait bien m’y confier.
Ne crois pas rallumer ma flamme,
Adieu, séduisante beauté !
De l’amour la candeur est l’âme,
Il meurt dès qu’il en est quitté.

Tes yeux, ces astres sans nuage,
Ont gardé leur brillant regard ;
Ton gracieux et doux visage
Ne rougit pas avec moins d’art :
Mais au travers de tous tes charmes
L’amour n’a pas su pénétrer ;
Sous tes sourires et tes larmes
A ton cœur il vient expirer.
Ne crois pas rallumer ma flamme,
Adieu, séduisante beauté !
De l’amour la candeur est l’âme,
Il meurt dès qu’il en est quitté. CONTINUER LA LECTURE

Le portrait

Cet émail où de son visage
Le pinceau n’a tracé qu’une imparfaite image,
Sans me la rappeler charme encore mon regard ;
Devais-je espérer davantage
De l’œuvre d’un mortel et des efforts de l’art ?
Ce monde connaît-il une autre ressemblance ?
Oh ! Combien cependant ce visage est glacé
Près de celui que le temps et l’absence
De mon cœur n’ont point effacé,
Près de celui que m’ont laissé
Les souvenirs de sa présence !

Voilà son front, ses yeux, voilà bien tous ses traits,
Peut-être elle n’est pas plus belle ;
Et cependant ce n’est pas elle !
Ah ! Si je n’avais vu que ses mortels attraits
Sous leur esquisse encore je la reconnaîtrais ;
Pourquoi dans ses regards de flamme
M’a-t-elle révélé son âme ?
Cette âme, qu’elle me montrait,
Sur l’émail ne l’a point suivie :
Image infidèle et sans vie,
Oh ! Non, tu n’es pas son portrait ! CONTINUER LA LECTURE

L’aveu

Dis-moi qu’elle est aussi ton premier souvenir,
Celle où tous tes pensers viennent se réunir,
Cette heure où commence ma vie,
Et qui, de mes printemps renouvelant le cours,
Ne me laisse compter au nombre de mes jours
Que les jours seuls qui l’ont suivie ;
Ramenant quelque espoir sur ton front obscurci,
Ne t’apprit-elle pas aussi,
Qu’embrasés de la même flamme
Nos cœurs, qui l’un à l’autre enfin s’étaient donnés,
L’un à l’autre étaient destinés,
Et que ton âme était mon âme ? CONTINUER LA LECTURE