Ceux qui n’aiment plus

Chanson.

Qui l’a donc sitôt fauchée,
La fleur des moissons ?
Qui l’a donc effarouchée,
La Muse aux chansons ?

Je n’aime plus ! qu’on m’enterre,
Le ciel s’est fermé.
Je retomhe sur la terre,
Le cœur abîmé.

Te souviens-tu, ma maîtresse,
Mon cœur s’en souvient !
Des aubes de notre ivresse ?
Déjà la nuit vient.

Faut-il que je te rappelle
Les doux Alhambras
Que nous bâtissions, ma belle,
En ouvrant nos bras ?

Ta bouche fraîche, ô ma mie !
Ne m’enivre plus,
Déjà la vague endormie
Est à son reflux. CONTINUER LA LECTURE

Aline

J’ai vu sur la colline,
Pieds nus, cheveux au vent,
Aline
Qui s’en allait rêvant.

Les roses éphémères
Couronnaient son beau front.
Chimères
Qui s’évanouiront.

J’ai vu sur la colline,
Le sein tout palpitant,
Aline
Qui s’en allait chantant.

Riant de la rebelle,
Un soldat avait pris
La belle :
L’innocence a son prix.

J’ai vu sur la colline,
Son chagrin était grand !
Aline
Qui s’en allait pleurant.

Le soldat infidèle
Buvait, en vert galant,
Loin d’elle,
L’amour et le vin blanc. CONTINUER LA LECTURE

L’échelle de soie

Chanson.

On entend au loin la chanson des merles ;
Ô ménétrier ! prends ton violon.
Les gais rossignols égrènent des perles ;
Quel beau soir ! Dansez, filles d’Avallon !

Vers ce vieux château dont la tour hautaine
Profile son ombre au fond du ravin,
Voyez-vous courir ce beau capitaine ?
Celle qui l’attend attend-elle en vain ?

L’étoile scintille à travers la nue ;
L’amant vient d’entrer, tirons les verrous :
Chut ! car le mari, seul dans l’avenue,
Tient bien son épée et parle aux hiboux. CONTINUER LA LECTURE

Le premier givre

L’hiver est sorti de sa tombe,
Son linceul blanchit le vallon ;
Le dernier feuillage qui tombe
Est balayé par l’aquilon.

Nichés dans le tronc d’un vieux saule,
Les hiboux aiguisent leur bec ;
Le bûcheron sur son épaule
Emporte un fagot de bois sec.

La linotte a fui l’aubépine,
Le merle n’a plus un rameau ;
Le moineau va crier famine
Devant les vitres du hameau.

Le givre que sème la bise
Argente les bords du chemin ;
À l’horizon la nue est grise :
C’est de la neige pour demain. CONTINUER LA LECTURE

Ceux qui aiment toujours

Chanson.

Aimons-nous follement !
C’est la chanson, ma mie,
Que dit le cœur de ton amant
À chaque battement.
La plus belle folie
Sous le ciel d’Italie,
C’est d’aimer follement !

Aimons-nous follement !
La science de vivre
Est de mourir tout doucement
Près de ton sein charmant
Où l’Amour, étant ivre,
Écrivit ce beau livre :
Aimons-nous follement !

Aimons-nous follement
Jusqu’à la frénésie !
Que dit l’étoile au firmament,
La rose à son amant,
La lèvre à l’ambroisie,
L’Art à la Poésie ?
Aimons-nous follement ! CONTINUER LA LECTURE

Saules pleureurs

Chanson.

Elle passe comme le vent,
Ma jeunesse douce et sauvage !
Ma joie est d’y penser souvent :
Elle passe comme le vent,
Mon cœur la poursuit en rêvant,
Quand je suis seul sur le rivage.
Elle passe comme le vent
Avec l’amour qui la ravage.

Elle fuit, la belle saison,
Avec la coupe de l’ivresse.
Adieu, printemps ! adieu, chanson !
Elle fuit, la belle saison.
Je n’irai plus vers l’horizon
Chercher la muse ou la maîtresse !
Elle fuit, la belle saison :
Adieu donc, adieu, charmeresse. CONTINUER LA LECTURE

De la terre au ciel

Chanson.

Un rayon de soleil se brise
Sur la branche et sur les buissons.
Je m’assieds à l’ombre, où la brise
M’apporte parfums et chansons :

Parfum de la fraise rougie
Qui tremble sur le vert sentier ;
Chanson — palpitante élégie —
De l’oiseau sur le chêne altier ;

Parfum de la rose sauvage,
Doux trésor du pâtre amoureux ;
Chanson égayant le rivage,
Qui parle à tous les cœurs heureux :

Parfum de la source qui coule
Dans un lit de fleurs ombragé ;
Chanson du ramier qui roucoule,
Et me chante l’amour que j’ai ; CONTINUER LA LECTURE

Aux poètes

Dédié à Jean de La Fontaine.

Quand la faux va crier dans les foins et les seigles,
Fuyez, poètes ennuyés ;
Libres de tout souci, prenez le vol des aigles ;
Fuyez l’autre Babel, fuyez !
Allez vous retremper dans quelque solitude,
Au bord du bois silencieux,
Où vous retrouverez la Muse de l’Etude
Cherchant l’infini dans les Cieux.

Théocrite et Virgile ont soulevé la gerbe ;
S’ils chantaient la belle saison,
C’était cheveux au vent, les pieds cachés dans l’herbe,
L’âme perdue à l’horizon.
La Fontaine suivait la Fable, sa compagne,
Les pieds dans les pleurs du matin,
Dans quelque coin touffu de l’agreste Champagne,
Par les bois où fleurit le thym. CONTINUER LA LECTURE

Adieu aux bois

Bois où je voudrais vivre, il faut vous dire adieu !

Depuis l’aube égayant les moissons ondoyantes,
Jusqu’au soleil pâli des vendanges bruyantes,
J’ai voulu contempler la grande œuvre de Dieu.

Au bois j’ai vu passer, avec ma rêverie,
L’altière chasseresse et la chaste Egérie ;
J’ai vu faucher le trèfle à l’ombre du moulin ;

J’ai vu dans les froments la moissonneuse agile,
Telle que la chantaient Théocrite et Virgile,
Presser la gerbe d’or sur son corset de lin ; CONTINUER LA LECTURE

Dieu

Nature féconde en merveilles,
Nature, mère des humains,
Qui nous allaites, qui nous veilles,
Et qui nous berces de tes mains,
À mes pieds effeuille une rose,
— Égrène un épi mûr, — arrose
Sous la grappe ma lèvre en feu ;
Pour sanctifier mon délire,
D’un rayon couronne ma lyre,
Ô Soleil ! je vais chanter Dieu.

Chanter Dieu, profane poète !
Penche ton front sur le chemin ;
Que longtemps ta lyre muette
Fatigue ton cœur et ta main…
Je chanterai ! ma poésie
Est une fleur que j’ai choisie
Dans un Eden du ciel aimé ;
Elle a pu fleurir pour la terre,
Mais elle lève, solitaire,
Vers Dieu son calice embaumé. CONTINUER LA LECTURE