Ou puis parfont de ma merencolie

Ou puis parfont de ma merencolie
L’eaue d’Espoir que ne cesse tirer,
Soif de Confort la me fait desirer,
Quoy que souvent je la trouve tarie.

Necte la voy ung temps et esclercie,
Et puis après troubler et empirer,
Ou puis parfont de ma merencolie
L’eaue d’Espoir que ne cesse tirer.

D’elle trempe mon ancre d’estudie,
Quant j’en escrips, mais pour mon cueur irer ;
Fortune vient mon pappier dessirer,
Et tout gecte par sa grant felonnie
Ou puis parfont de ma merencolie. CONTINUER LA LECTURE

J’ay fait l’obseque de ma dame

J’ay fait l’obseque de ma dame
Dedens le moustier amoureux,
Et le service pour son ame
A chanté Penser doloreux.
Mains cierges de soupirs piteux
Ont esté en son luminaire ;
Aussi j’ay fait la tombe faire
De regrez, tous de larmes pains,
Et tout entour moult richement
Est escript : Cy gist vrayement
Le tresor de tous biens mondains.

Dessus elle gist une lame
Faicte d’or et de saffirs bleux,
Car saffir est nommé la jame (1)
De loyauté et l’or eureux.
Bien lui appartiennent ces deux,
Car eur et loyauté pourtraire
Voulu en la tresdebonnaire
Dieu qui la fist de ses deux mains
Et fourma merveilleusement.
C’estoit, a parler plainnement,
Le tresor de tous biens mondains. CONTINUER LA LECTURE

Jeunes amoureux nouveaux

Jeunes amoureux nouveaux,
En la nouvelle saison,
Par les rues, sans raison
Chevauchent faisant les sauts.

Et font saillir des carreaux
Le feu, comme de charbon :
Jeunes amoureux nouveaux
En la nouvelle saison.

Je ne sais si leurs travaux
Ils emploient bien ou non ;
Mais piqués de l’éperon
Sont autant que leurs chevaux,
Jeunes amoureux nouveaux.

En songe, souhait et pensée

En songe, souhait et pensée,
Vous vois chaque jour de semaine ;
Combien qu’êtes de moi lointaine,
Belle, très loyalement aimée.

Pour ce qu’êtes le mieux parée
De toute plaisance mondaine,
En songe, souhait et pensée,
Vous vois chaque jour de semaine.

De tout vous ai l’amour donné ;
Vous en pouvez être certaine,
Ma seule dame souveraine,
De mon las cœur moult désirée,
En songe, souhait et pensée.

Ma seule amour

Ma seule amour, ma joye et ma maistresse,
Puisqu’il me fault loing de vous demorer,
Je n’ay plus riens, à me reconforter,
Qu’un souvenir pour retenir lyesse.

En allegant, par Espoir, ma destresse,
Me couvendra le temps ainsi passer,
Ma seule amour, ma joye et ma maistresse,
Puisqu’il me fault loing de vous demorer.

Car mon las cueur, bien garny de tristesse,
S’en est voulu avecques vous aler,
Ne je ne puis jamais le recouvrer,
Jusques verray vostre belle jeunesse,
Ma seule amour, ma joye et ma maistresse. CONTINUER LA LECTURE

N’est-elle de tous biens garnie

N’est elle de tous biens garnie ?
Celle que j’aime loyalement ;
Il m’est advis, par mon serment,
Que sa pareille n’a en vie.

Qu’en dites-vous ? je vous en prie,
Que vous en semble vraiment ?
N’est elle de tous biens garnie ?
Celle que j’aime loyalement ;

Soit qu’elle danse, chante ou rit.
Ou face quelque ébattement :
Fait en loyal jugement,
Sans faveur ou sans flatterie ;
N’est elle de tous biens garnie ?

Qui a toutes ses hontes

Qui a toutes ses hontes beues,
Il ne lui chault que l’en lui die,
Il laisse passer mocquerie
Devant ses yeulx, comme les nues.

S’on le hue par my les rues,
La teste hoche a chiere lie.
Qui a toutes ses hontes beues,
Il ne lui chault que l’en lui die.

Truffes sont vers lui bien venues ;
Quant gens rient, il fault qu’il rie ;
Rougir on ne le feroit mie ;
Contenances n’a point perdues,
Qui a toutes ses hontes beues.

Pourquoi m’as tu vendu, Jeunesse

Pourquoy m’as tu vendu, Jeunesse,
A grant marchié, comme pour rien,
Es mains de ma dame Viellesse
Qui ne me fait gueres de bien ?
A elle peu tenu me tien,
Mais il convient que je l’endure,
Puis que c’est le cours de nature.

Son hostel de noir de tristesse
Est tandu. Quant dedans je vien,
J’y voy l’istoire de Destresse
Qui me fait changer mon maintien,
Quant la ly et maint mal soustien :
Espargnee n’est créature,
Puis que c’est le cours de nature.

Prenant en gré ceste rudesse,
Le mal d’aultruy compare au myen.
Lors me tance dame Sagesse ;
Adoncques en moy je revien
Et croy de tout le conseil sien
Qui est en ce plain de droiture,
Puis que c’est le cours de nature. CONTINUER LA LECTURE

Mon cœur m’a fait commandement

Mon cueur m’a fait commandement
De venir vers vostre jeunesse,
Belle que j’ayme loyaument (1),
Comme doy faire ma princesse.
Se vous demandés Pourquoi esse ?
C’est pour savoir quant vous plaira
Alegier sa dure destresse
Ma Dame, le sauray je ja (2) ?

Dictez le par vostre serment !
Je vous fais leale (3) promesse
Nul ne le saura, seulement
Fors que lui pour avoir leesse.
Or lui moustrés qu’estes maistresse
Et lui mandez qu’il guerira,
Ou s’il doit morir de destresse !
Ma Dame, le sauray je ja ? CONTINUER LA LECTURE

En la forêt de Longue Attente

En la forêt de Longue Attente
Chevauchant par divers sentiers
M’en vais, cette année présente,
Au voyage de Desiriers.
Devant sont allés mes fourriers
Pour appareiller mon logis
En la cité de Destinée ;
Et pour mon coeur et moi ont pris
L’hôtellerie de Pensée.

Je mène des chevaux quarante
Et autant pour mes officiers,
Voire, par Dieu, plus de soixante,
Sans les bagages et sommiers.
Loger nous faudra par quartiers,
Si les hôtels sont trop petits ;
Toutefois, pour une vêprée,
En gré prendrai, soit mieux ou pis,
L’hôtellerie de Pensée. CONTINUER LA LECTURE