Un soir, au temps du sombre équinoxe d’automne

Un soir, au temps du sombre équinoxe d’automne
Où la mer forcenée et redoublant d’assauts
Se cambre et bat d’un lourd bélier le roc qui tonne,
Nous étions dans un lieu qui domine les eaux.

Heure trouble, entre l’ombre et le jour indécise !
La faux du vent sifflait dans les joncs épineux.
A mes pieds, sur la terre humide et nue assise
Tu frissonnais devant l’horreur du ciel haineux.

Inattentive aux cris des stridentes mouettes,
Tu regardais la nuit de pente en pente errer ;
Des pleurs brûlaient tes yeux et tes lèvres muettes,
Et l’embrun te glaçait sans te désaltérer. CONTINUER LA LECTURE

Le jour blanc se levait à peine sur la mer

Le jour blanc se levait à peine sur la mer.
Des gouttes d’eau tintaient à mon balcon de fer.
Je m’accoudai, tremblant de fièvre et triste, en face
De l’océan obscur et rauque et de l’espace.
Sépulcre cimenté de plomb blême et de poix,
Le ciel bas sur mon cœur pesait de tout son poids.
Chaque fois que, mêlant sa rumeur à mon rêve,
Le tonnerre des flots s’écroulait sur la grève,
Ma vitre bourdonnait faiblement. J’étais seul.
Dans ma chambre les draps traînaient comme un linceul ;
La veilleuse en mourant jetait de grandes ombres
Sur les meubles confus et dans les miroirs sombres. CONTINUER LA LECTURE

Il a plu un soir de juin

Il a plu. Soir de juin. Ecoute,
Par la fenêtre large ouverte,
Tomber le reste de l’averse
De feuille en feuille, goutte à goutte.

C’est l’heure choisie entre toutes
Où flotte à travers la campagne
L’odeur de vanille qu’exhale
La poussière humide des routes.

L’hirondelle joyeuse jase.
Le soleil déclinant se croise
Avec la nuit sur les collines ;

Et son mourant sourire essuie
Sur la chair pâle des glycines
Les cheveux d’argent de la pluie.

J’étais couché dans l’ombre

J’étais couché dans l’ombre au seuil de la forêt.
Un talus du chemin désert me séparait.
J’écoutais s’écouler près de moi, bruit débile,
Une source qui sort d’une voûte d’argile.
Par ce beau jour de juin brûlant et vaporeux
L’horizon retenait des nuages heureux.
Des faucheurs répandus à travers la prairie
Abattaient ses remparts d’herbe haute et nourrie.
D’un coteau descendaient des voitures de foin.
Ailleurs encore c’était une eau bleue, et, plus loin,
La ville aux toits d’azur liquides de lumière. CONTINUER LA LECTURE

Dans ton décor naïf tu m’apparais

Dans ton décor naïf tu m’apparais, Jenny,
Doux fantôme où revit la romance, ouvrière
Qui brodais en levant parfois sur l’infini
Des cils rêveurs et deux yeux purs pleins de prière.

Ta mansarde fleurie ouvre sur l’Orient ;
Prompte à quitter ton lit de vierge, tu vois naître
L’aube qui te regarde à son tour en riant
Arroser, ô Jenny, les lys de ta fenêtre.

A ton poignet glissant déjà ta boîte au lait,
Devant le bruit que font tes colombes entre elles
Tu hausses ton bras nu pour suspendre au volet
La cage de ces tourterelles. CONTINUER LA LECTURE

Epitaphe pour lui-même

Il fut le très subtil musicien des vents
Qui se plaignent en de nocturnes symphonies ;
Il nota le murmure des herbes jaunies
Entre les pavés gris des cours d’anciens couvents.

Il trouva sur la viole des dévots servants
Pour ses maîtresses des tendresses infinies ;
Il égrena les ineffables litanies
Ou s’alanguissent tous les amoureux fervents.

Un soir, la chair brisée aux voluptés divines,
Il détourna du ciel son front fleuri d’épines,
Et se coucha, les pieds meurtris et le cœur las. CONTINUER LA LECTURE

Le navrant sourire où monte un flot de larmes

Ah ! le navrant sourire où monte un flot de larmes,
Et nos cœurs douloureux et lourds qui battent l’heure !
Détourne ton visage et laisse-moi. Qu’il pleure,
Le pauvre enfant blotti sur ton sein, pauvre femme !

Dérobe-moi tes yeux : les suprêmes regards
Brisent la faible force amoureuse en sanglots.
La lampe jaunit ; vois, poindre entre les rideaux,
Amer et gris, le jour éternel du départ.

Épargne-moi les mots charitables qui mentent
Si mal, qui font si mal en vain, ô mon amante !
Adieu, sache me dire adieu, tout simplement. CONTINUER LA LECTURE

Sur nos pas le profond enfer s’est refermé

Sur nos pas le profond enfer s’est refermé.
Ô compagnon pensif qui m’enseigne la route,
Moins réprouvés que nous, les morts au fond du gouffre
Blasphèment : « Dieu nous hait, mais nous avons aimé. »

Sur l’extrême plateau qu’une aube obscure teinte,
Nous desserrons nos mains qui vont se désunir,
Et nos funèbres cœurs roulent des souvenirs
Plaintifs comme le vol des âmes dans les limbes.

Vois s’étoiler le ciel terrestre au carrefour
Où Virgile attristé se sépare de Dante.
Un grand rêve t’arrête au seuil du monde humain ; CONTINUER LA LECTURE

Vous, le charme et l’honneur de mon jardin natal

Vous, le charme et l’honneur de mon jardin natal,
Enfant qui secouez dans les herbes aiguës,
Pour en faire tomber des bêtes de métal,
Le parasol blanc des ciguës ;

Vous qui vivez, naïf et frais, toujours fêté,
Cette heure de la vie où l’on pleure sans cause,
Aujourd’hui, jeune dieu rose et blond de l’été,
Mon frère, je vous vis déchirer une rose.

La brise, en dissipant les feuilles, les mêla
Aux libres papillons du ciel, et vous, volage,
Ayant fui vers des jeux nouveaux, je restai là,
Songeant que vous aussi vous atteindriez l’âge CONTINUER LA LECTURE

La chanson de la bien-aimée

La chanson de la Bien-Aimée,
Comme un trille d’oiseau siffleur,
Monte dans la nuit parfumée.

L’entendez-vous sous la ramée,
A travers les pommiers en fleur,
La chanson de la Bien-Aimée ?

Comme une vivante fumée,
Son rythme subtil et trembleur
Monte dans la nuit parfumée.

Et quand vient l’heure accoutumée,
Où s’exhale par la chaleur
La chanson de la Bien-Aimée,

Le cri de l’oiselle pâmée
Sous le baiser de l’oiseleur
Monte dans la nuit parfumée. CONTINUER LA LECTURE