T’en souviens-tu, mon aimable maîtresse

T’en souviens-tu, mon aimable maîtresse,
De cette nuit où nos brûlants désirs
Et de nos goûts la libertine adresse
À chaque instant variaient nos plaisirs ?
De ces plaisirs le docile théâtre
Favorisait nos rapides élans ;
Mais tout-à-coup les suppôts chancelants
Furent brisés dans ce combat folâtre,
Et succombant à nos tendres ébats,
Sur le parquet tombèrent en éclats.
Des voluptés tu passas à la crainte ;

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À Éléonore (III)

Ah ! si jamais on aima sur la terre,
Si d’un mortel on vit les dieux jaloux,
C’est dans le temps où, crédule et sincère,
J’étais heureux, et l’étais avec vous.
Ce doux lien n’avait point de modèle :
Moins tendrement le frère aime sa sœur,
Le jeune époux son épouse nouvelle,
L’ami sensible un ami de son cœur.
Ô toi, qui fus ma maîtresse fidèle,
Tu ne l’es plus ! Voilà donc ces amours

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Aimer est un destin charmant

Élégie VIII.

Aimer est un destin charmant ;
C’est un bonheur qui nous enivre,
Et qui produit l’enchantement.
Avoir aimé, c’est ne plus vivre,
Hélas ! c’est avoir acheté
Cette accablante vérité,
Que les serments sont un mensonge,
Que l’amour trompe tôt ou tard,
Que l’innocence n’est qu’un art,
Et que le bonheur n’est qu’un songe.

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À Éléonore (II)

Dès que la nuit sur nos demeures
Planera plus obscurément ;
Dès que sur l’airain gémissant
Le marteau frappera douze heures ;
Sur les pas du fidèle Amour,
Alors les plaisirs par centaine
Voleront chez ma souveraine,
Et les voluptés tour-à-tour
Défileront devant leur Reine ;
Ils y resteront jusqu’au jour ;
Et si la matineuse aurore
Oubliait d’ouvrir au soleil
Ses larges portes de vermeil,
Le soir ils y seraient encore.

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La nuit

Toujours le malheureux t’appelle,
Ô Nuit, favorable aux chagrins !
Viens donc, et porte sur ton aile
L’oubli des perfides humains.

Voile ma douleur solitaire ;
Et lorsque la main du Sommeil
Fermera ma triste paupière,
Ô dieux ! reculez mon réveil ;

Qu’à pas lents l’Aurore s’avance
Pour ouvrir les portes du jour ;
Importuns, gardez le silence,
Et laissez dormir mon amour.

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Les paradis

Croyez-moi, l’autre monde est un monde inconnu,
Où s’égare notre pensée.
D’y voyager sans fruit la mienne s’est lassée :
Pour toujours j’en suis revenu.
J’ai vu dans le pays des fables
Les divers paradis qu’imagina l’erreur,
Il en est bien peu d’agréables ;
Aucun n’a

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Les rideaux

Tableau VI.

Dans cette alcôve solitaire
Sans doute habite le repos :
Voyons. Mais ces doubles rideaux
Semblent fermés par le mystère ;
Et ces vêtements étrangers
Mêlés aux vêtements légers
Qui couvraient Justine et ses charmes,
Et ce chapeau sur un sofa,
Ce manteau plus loin, et ces armes,
Disent assez qu’Amour est là.
C’est lui-même : je crois entendre
Le premier cri de la douleur,
Suivi d’un murmure plus tendre,
Et des soupirs de la langueur.

Valsin, jamais ton inconstance

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À mes amis

Rions, chantons, ô mes amis,
Occupons-nous à ne rien faire,
Laissons murmurer le vulgaire,
Le plaisir est toujours permis.
Que notre existence légère
S’évanouisse dans les jeux.
Vivons pour nous, soyons heureux,
N’importe de quelle manière.
Un jour il faudra nous courber
Sous la main du temps qui nous presse ;
Mais jouissons dans la jeunesse,
Et dérobons à la vieillesse
Tout ce qu’on peut lui dérober.

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Le remède dangereux

Ô toi, qui fus mon écolière
En musique, et même en amour,
Viens dans mon paisible séjour
Exercer ton talent de plaire.
Viens voir ce qu’il m’en coûte à moi,
Pour avoir été trop bon maître.
Je serais mieux portant peut-être,
Si moins assidu près de toi,
Si moins empressé, moins fidèle,
Et moins tendre dans mes chansons,
J’avais ménagé des leçons
Où mon cœur mettait trop de zèle.
Ah ! viens

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Le cabinet de toilette

Voici le cabinet charmant
Où les Grâces font leur toilette.
Dans cette amoureuse retraite
J’éprouve un doux saisissement.
Tout m’y rappelle ma maîtresse,
Tout m’y parle de ses attraits ;
Je crois l’entendre ; et mon ivresse
Ce bouquet, dont l’éclat s’efface,
Toucha l’albâtre de son sein ;
Il se dérangea sous ma main,
Et mes lèvres prirent sa place.
Ce chapeau, ces rubans, ces fleurs,

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L’impatience

Ô ciel ! après huit jours d’absence,
Après huit siècles de désirs,
J’arrive, et ta froide prudence
Recule l’instant des plaisirs
Promis à mon impatience !
« D’une mère je crains les yeux ;
« Les nuits ne sont pas assez sombres ;
« Attendons plutôt qu’à leurs ombres
« Phébé ne mêle plus ses feux.
« Ah ! si l’on allait nous surprendre !
« Remets à demain ton bonheur ;
« Crois-en

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Le bouquet de l’amour

Dans ce moment les politesses,
Les souhaits vingt fois répétés,
Et les ennuyeuses caresses,
Pleuvent sans doute à tes côtés.
Après ces compliments sans nombre,
L’amour fidèle aura son tour :
Car dès qu’il verra la nuit sombre
Remplacer la clarté du jour,
Il s’en ira, sans autre escorte
Que le plaisir tendre et discret,
Frappant doucement à ta porte,
T’offrir ses vœux et son bouquet.
Quand

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La main

Tableau II.

Quand on aime bien, l’on oublie
Ces frivoles ménagements
Que la raison ou la folie
Oppose au bonheur des amants.
On ne dit point : « La résistance
Enflamme et fixe les désirs ;
Reculons l’instant des plaisirs
Que suit trop souvent l’inconstance. »
Ainsi parle un amour trompeur,
Et la coquette ainsi raisonne.
La tendre amante s’abandonne
À l’objet qui toucha son cœur ;
Et, dans

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Ma mort

De mes pensers confidente chérie,
Toi, dont les chants faciles et flatteurs
Viennent parfois suspendre les douleurs
Dont les Amours ont parsemé ma vie,
Lyre fidèle, où mes doigts paresseux
Trouvent sans art des sons mélodieux,
Prends aujourd’hui ta voix la plus touchante,
Et parle-moi de ma maîtresse absente.

Objet chéri, pourvu que dans tes bras
De mes accords j’amuse ton oreille,
Et qu’animé par le jus de la treille,
En les chantant, je baise tes appas

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Palinodie

Jadis, trahi par ma maîtresse,
J’osais calomnier l’Amour ;
J’ai dit qu’à ses plaisirs d’un jour
Succède un siècle de tristesse.
Alors, dans un accès d’humeur,
Je voulus prêcher l’inconstance.
J’étais démenti par mon cœur ;
L’esprit seul a commis l’offense.

Une amante m’avait quitté ;
Ma douleur s’en prit aux amantes.
Pour consoler ma vanité,
Je les crus toutes inconstantes.
Le dépit m’avait

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Demain

À Euphrosine.

Vous m’amusez par des caresses,
Vous promettez incessamment,
Et le Zéphir, en se jouant,
Emporte vos vaines promesses.
Demain, dites-vous tous les jours ;
Je suis chez vous avant l’aurore ;
Mais volant à votre secours
La pudeur chasse les amours ;
Demain, répétez-vous encore.

Rendez grâce au Dieux bienfaisant
Qui vous donna jusqu’à présent
L’art d’être tous les jours nouvelle ;
Mais le temps, du bout de son aile,
Touchera

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Le songe

Tableau III.

Le sommeil a touché ses yeux ;
Sous des pavots délicieux
Ils se ferment, et son cœur veille,
À l’erreur ses sens sont livrés.
Sur son visage, par degrés,
La rose devient plus vermeille ;
Sa main semble éloigner quelqu’un ;
Sur le duvet elle s’agite ;
Son sein impatient palpite,
Et repousse un voile importun.
Enfin, plus calme et plus paisible,
Elle retombe mollement ;
Et de sa bouche lentement

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À Éléonore

Aimer à treize ans, dites-vous,
C’est trop tôt : eh, qu’importe l’âge ?
Avez-vous besoin d’être sage
Pour goûter le plaisir des fous ?
Ne prenez pas pour une affaire
Ce qui n’est qu’un amusement ;
Lorsque vient la saison de plaire,
Le cœur n’est pas longtemps enfant.

Au bord d’une onde fugitive,
Reine des buissons d’alentour,
Une rose à demi-captive
S’ouvrait aux rayons d’un beau jour.
Égaré par un

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C’en est donc fait ! par des tyrans cruels

Élégie II.

C’en est donc fait ! par des tyrans cruels,
Malgré ses pleurs à l’autel entraînée,
Elle a subi le joug de l’hyménée.
Elle a détruit par des nœuds solennels
Les nœuds secrets qui l’avaient enchaînée !

Et moi, longtemps exilé de ces lieux,
Pour adoucir cette absence cruelle,
Je me disais : Elle sera fidèle ;
J’en crois son cœur et ses derniers adieux.
Dans cet espoir, j’arrivais sans alarmes.
Je tressaillis,

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