Les moments heureux

Le bonheur, j’imagine,
C’est d’être à carnaval
Pressant la taille fine
D’une danseuse au bal,
Danseuse jamais lasse
Qui toujours avec grâce
Tourne, bondit et passe
Les yeux étincelants,
Le sein tremblant de joie
Dans un corset de soie,
Qui s’ouvre et se reploie
Complice des galants.

Le bonheur, c’est encore,
Aux vallons onduleux,
De voir lever l’aurore
Au fond des grands yeux bleus
D’une blonde bergère,
Si souple et si légère,
Que la douce fougère
La prend pour un oiseau,
Et si blanche à l’épaule
Que le vent qui la frôle
S’en souvient jusqu’au pôle
Et le dit au roseau CONTINUER LA LECTURE

Les regrets d’une coquette

Adieu beauté, parure du jeune âge,
Bientôt l’hiver va neiger sur mon front ;
La main du temps qui ride mon visage,
Chaque matin me réserve un affront :
De noirs cheveux j’ai beau parer ma tête,
Orner mon cou de riches diamants,
J’ai vu ce soir ma dernière conquête
Fuir mon boudoir et fausser ses serments.

Soupir d’amour, ô brûlante insomnie
Qui me fais trop expier mes dédains !
Ton vol m’enlève à l’extase infinie,
Mais la raison a ses retours soudains.
J’ai cru longtemps, bravant toute blessure,
Pouvoir narguer le petit dieu malin,
Mais son carquois porte une flèche sûre
Qui vient m’atteindre aux jours de mon déclin. CONTINUER LA LECTURE

Espérons que cela finira

Ce que l’on voit dans le temps où nous sommes
Ne peut manquer d’attrister le regard.
Tels nains grandis pensent être des hommes,
Et tout est faux en ce siècle bâtard.
La courtisane, après la quarantaine,
Dit que jamais sa vertu ne sombra ;
Les faux-dévots se comptent par centaine ;
Mais espérons que cela finira.

Les cléricaux, voulant frauder l’histoire,
De Loriquet enseignent les leçons,
Chargeant ainsi notre jeune mémoire
De faits menteurs et de contrefaçons.
L’index est mis sur la philosophie,
Tout le savoir est dans l’Alléluia.
La sainte ligue est là qui nous défie,
Mais espérons que cela finira. CONTINUER LA LECTURE

Rêve et réalité

Les champs, les lacs et les vallées
Isolées
Furent longtemps les seuls amours
De mes jours.
Il semblait que des voix mystiques,
Sympathiques,
Tout bas répondaient à ma voix
Dans les bois.

J’allais sous une grotte sombre
Chercher l’ombre,
Laissant flotter âme et regard
Au hasard,
Comme errent ces fils blancs qu’à l’aube
Sur le globe
La vierge épand de son fuseau
Par réseau.

Les gazons, vertes draperies
Des prairies
Qu’émaillent de riches couleurs
Mille fleurs,
Formant à l’agreste nature
Sa parure,
Étaient à mes yeux le tableau
Le plus beau. CONTINUER LA LECTURE

Le mépris des grandeurs

Par l’esprit ou par la fortune
J’aime à voir tout homme grandir ;
Nulle gloire ne m’importune,
Je ne suis pas las d’applaudir ;
Je trouve même légitime
Que l’on rêve luxe et splendeurs ;
Mais si vous n’avez mon estime,
Je mépriserai vos grandeurs.

Ma tolérance est infinie ;
Prélats trônant au divin lieu,
Allongez votre litanie,
Si cela peut plaire au bon Dieu.
Des âmes qui vous sont si chères
Stimulez les saintes ardeurs,
Mais si vous mentiez dans vos chaires,
Je mépriserais vos grandeurs. CONTINUER LA LECTURE

Les poètes

Ce qu’il nous faut, à nous, pauvres poètes,
Tribu rebelle à tout joug détesté,
C’est une lyre avec des chansonnettes,
C’est le soleil avec la liberté.

Alors qu’on voit tant de larmes amères
Tremper le sol de cette humanité,
Nous voyageons au pays des chimères :
Pour nous le rêve est la réalité.

La, nos esprits vivent toujours en fête,
Dans cet air pur on se sent rajeuni ;
Même des cieux, nous faisons la conquête,
Car notre empire est l’espace infini. CONTINUER LA LECTURE

Concorde et liberté

Aux temps futurs si tu veux vivre libre,
Connais tes droits, jeûne postérité ;
Que ton cœur batte et que ton âme vibre
Aux fiers accents, aux cris de liberté.
L’heure n’est plus d’une œuvre puérile,
Aux grands travaux il faut porter la main ;
Peuples vêtus de la robe virile,
Affranchissez partout le genre humain.

Ils ne sont rien, ces faibles grains de sable.
Mais lorsqu’entr’eux le ciment les unit,
Il sait en faire un socle impérissable,
Bravant les ans autant qu’un dur granit.
Unissez-vous, et, sur le sol humide,
Du sang versé gardant le souvenir,
Consolidez la haute pyramide
Qui doit porter les âges à venir. CONTINUER LA LECTURE

Mélancolie

Déesse au front pensif, amante des charmilles,
Des sentiers ignorés et des grands bois épais,
Qui te plais à troubler l’âme des jeunes filles
Dans leur plus doux pensers d’innocence et de paix ;

Qui près des noirs cyprès et des blancs mausolées,
Viens visiter les morts pour qu’ils ne soient pas seuls,
Répondant par des pleurs à leurs voix désolées,
Qui gémissent en vain à travers leurs linceuls,

Voix que toi seule entend et que le monde oublie ;
Sur l’aile d’un amour que d’autres envieront,
Hélas ! Pourquoi viens-tu, pâle Mélancolie,
En chassant ma gaité te penser sur mon front. CONTINUER LA LECTURE

Toujours

Qui fait naître en mon cœur ces douces harmonies ?
Qui charme ainsi mes sens ? Quels propices génies
M’enlèvent de la terre aux plaines infinies
Où je découvre un nouveau ciel ?
Les airs ont plus d’azur, l’aurore est plus vermeille,
La brise a des soupirs plus doux à mon oreille
Et mes yeux plus rêveurs suivent la blonde abeille
Cueillant des parfums pour son miel.

Tout s’embellit pour moi, tout change sur la terre
Depuis que mon cœur cache un amoureux mystère
Et que dans mon asile où j’étais solitaire
Un être est venu me charmer.
Toujours, toujours, son nom dans mon âme résonne ;
Sous son regard brûlant, je pâlis et frissonne…
Ah ! Ma mère, ma mère, à ta fille pardonne
Mais je ne puis ne pas l’aimer. CONTINUER LA LECTURE

Aime-moi d’amour

Ce que j’aime à voir, ce que j’aime au monde,
Ce que j’aime à voir,
Veux-tu le savoir ?
Ce sont tes beaux yeux, c’est ta taille ronde,
Ce sont tes beaux yeux,
Tes yeux langoureux.

Ce que j’aime encore je vais te l’apprendre,
Ce que j’aime encore
Plus qu’aucun trésor,
Ce sont tes doux chants, c’est ta voix si tendre,
Ce sont tes doux chants,
Plaintifs et touchants.

Ce qui cause en moi la plus douce ivresse,
Ce qui cause en moi
Le plus tendre émoi,
C’est de voir ton cœur vibrer de tendresse,
C’est de voir ton cœur
Trembler de bonheur. CONTINUER LA LECTURE