L’indiscret

Dans la paix triste et profonde
Où me plongeait ce séjour,
J’ignorais qu’au bruit du monde
On peut oublier l’amour :
Quelle est donc cette voix importune et cruelle
Qui déjà me détrompe avec un ris moqueur ?
Comme une flèche aiguë elle siffle autour d’elle,
Et le trait qu’elle porte a déchiré mon cœur.

Au bord de ma tombe ignorée,
Ciel ! par cette langue acérée,
Faut-il qu’un nom trop cher puisse m’atteindre encor,
Pour m’apprendre ( nouvelle affreuse ! )
Que j’étais seule malheureuse,
Et qu’on m’oublie avant ma mort ! CONTINUER LA LECTURE

L’inconstance

Inconstance, affreux sentiment,
Je t’implorais, je te déteste.
Si d’un nouvel amour tu me fais un tourment,
N’est-ce pas ajouter au tourment qui me reste ?
Pour me venger d’un cruel abandon,
Offre un autre secours à ma fierté confuse ;
Tu flattes mon orgueil, tu séduis ma raison ;
Mais mon cœur est plus tendre, il échappe à ta ruse.
Oui, prête à m’engager en de nouveaux liens,
Je tremble d’être heureuse, et je verse des larmes ;
Oui, je sens que mes pleurs avaient pour moi des charmes,
Et que mes maux étaient mes biens. CONTINUER LA LECTURE

L’impossible

Qui me rendra ces jours où la vie a des ailes,
Et vole, vole ainsi que l’alouette aux cieux,
Lorsque tant de clarté passe devant ses yeux,
Qu’elle tombe éblouie au fond des fleurs, de celles
Qui parfument son nid, son âme, son sommeil,
Et lustrent son plumage au lever du soleil !

Ciel ! un de ces fils d’or pour ourdir ma journée,
Un débris de ce prisme aux brillantes couleurs !
Au fond de ces beaux jours et de ces belles fleurs,
Un rêve où je sois libre, enfant, à peine née, CONTINUER LA LECTURE

L’exilé

« Oui, je le sais, voilà des fleurs,
Des vallons, des ruisseaux, des prés et des feuillages ;
Mais une onde plus pure et de plus verts ombrages
Enchantent ma pensée, et me coûtent des pleurs !

Oui, je le vois, ces frais zéphyrs
Caresssent en jouant les naïves bergères ;
Mais d’un zéphyr plus doux les haleines légères
Attirent loin de moi mon âme et mes soupirs !

Ah ! je le sens ! c’est que mon cœur
Las d’envier ces bois, ces fleurs, cette prairie,
Demande, en gémissant, des fleurs à ma patrie !
Ici rien n’est à moi, si ce n’est ma douleur. » CONTINUER LA LECTURE

L’exil

Ils vont sans trêve ; ils vont sous le ciel bas et sombre,
Les Fugitifs, chassés des anciens paradis ;
Et toute la tribu, depuis des jours sans nombre,
Dans leur sillon fatal traîne ses pieds roidis.

Ils vont, les derniers-nés des races primitives,
Les derniers dont les yeux, sur les divins sommets,
Dans les herbes en fleur ont vu fuir les Eaux vives
Et grandir un Soleil, oublié désormais.

Tout est mort et flétri sur les plateaux sublimes
Où l’aurore du monde a lui pour leurs aïeux ;
Et voici que les fils, à l’étroit sur les cimes,
Vers l’Occident nocturne ont cherché d’autres cieux. CONTINUER LA LECTURE

L’étrangère

Ah ! que le monde est difficile !
Hélas ! il n’est pas fait pour moi.
Ma sœur, en ton obscur asile,
J’étais plus heureuse avec toi.
On m’appelle ici l’étrangère ;
C’est le nom de qui n’a point d’or.
Si je ris, je suis trop légère ;
Si je rêve… on en parle encor.

Si je mêle à ma chevelure
La fleur que j’aimais dans nos bois,
Je suis, dit-on, dans ma parure,
Timide et coquette à la fois ;
Puis-je ne pas la trouver belle ?
Le printemps en a fait mon bien :
Pour me parer je n’avais qu’elle ;
On l’effeuille, et je n’ai plus rien. CONTINUER LA LECTURE

Les trois heures du jour

Comme un bouton, près d’éclore,
D’un seul regard de l’Aurore
Attend le bienfait du jour ;
Dans l’âge de l’innocence,
Séduite par l’espérance,
J’attendais tout de l’Amour.

Comme la fleur imprudente
Se plaît à suivre la pente
Qui l’expose aux feux du jour,
Je m’abandonnai, sans guide,
Au penchant non moins rapide
Qui m’entraînait vers l’Amour.

Comme la fleur desséchée,
Pâle et tristement penchée,
S’effeuille au déclin du jour,
Mon soir touche à ma naissance,
Et je pleure l’Espérance
Qui s’envole avec l’Amour. CONTINUER LA LECTURE

Les songes et les fleurs

Viens, si tu veux rêver d’amour,
Viens tresser ta couronne au fond de la campagne :
Voici l’heure, hâtons-nous, ô ma jeune compagne !
Les songes dans les fleurs se cachent tout le jour.

De leurs frêles prisons vont sortir les mensonges ;
Le rêve d’une vierge est dans le frais jasmin :
Hâtons-nous de cueillir et les fleurs et les songes,
Les songes et les fleurs ne seront plus demain.

Viens chercher le fragile espoir,
L’amandier le balance en sa fleur argentée :
Viens ! nous le saisirons sur la tige agitée ;
Dans un rêve d’amour il est doux de le voir. CONTINUER LA LECTURE

Les serments

Hélas ! que les vieillards savent de tristes choses !
Hier, après la fête, ils riaient des amants ;
Ils riaient ! Leurs serments, disaient-ils, sont des roses.
En voilà sous nos pieds d’aujourd’hui même écloses :
Pourquoi, mon Olivier, m’as-tu fait des serments ?

J’ai couru vers mes fleurs avec un trouble extrême ;
Je n’en veux plus cueillir, même pour me parer :
Mai si de tes amours leur durée est l’emblème,
Tu ne m’aimeras pas longtemps comme je t’aime :
La dernière s’entr’ouvre… elle m’a fait pleurer. CONTINUER LA LECTURE