Roses d’automne

Aux branches que l’air rouille et que le gel mordore,
Comme par un prodige inouï du soleil,
Avec plus de langueur et plus de charme encore,
Les roses du parterre ouvrent leur coeur vermeil.

Dans sa corbeille d’or, août cueillit les dernières :
Les pétales de pourpre ont jonché le gazon.
Mais voici que, soudain, les touffes printanières
Embaument les matins de l’arrière-saison.

Les bosquets sont ravis, le ciel même s’étonne
De voir, sur le rosier qui ne veut pas mourir,
Malgré le vent, la pluie et le givre d’automne,
Les boutons, tout gonflés d’un sang rouge, fleurir. CONTINUER LA LECTURE

Québec

Comme un factionnaire immobile au port d’arme,
Dans ces murs où l’on croit ouïr se prolonger
Le grave écho lointain d’un qui vive d’alarme,
À ses gloires Québec semble encore songer.

L’humble paix pastorale a replié son aile
Sur l’âpre terre où gît le sombre camp des morts :
Du bugle ensanglanté, la plaine solennelle
N’entend plus retentir les tragiques accords.

Au flanc de la redoute, aux poternes ouvertes,
Aux créneaux de la tour, aux brèches des remparts,
La mousse dont l’avril a teint les franges vertes,
Suspend ses verts pavois et ses verts étendards. CONTINUER LA LECTURE

Primeroses

Ces délicieuses fleurs roses,
Grandes ouvertes ou mi-closes,
Me soufflent de tant douces choses
Et fleurent si frais et si doux,
Que, bien sûr, et corolle et tige,
Recèlent par quelque prodige,
Quelque chose qui vient de vous.

Troublant et capiteux arôme !
Mon cœur, comme l’air s’en embaume,
Et, grise, je pars au royaume
Du rêve, où mes espoirs défunts,
Où mes illusions dernières,
Comme ces roses printanières,
Ont vécu leurs premiers parfums.

Patrie intime

Je veux vivre seul avec toi
Les jours de la vie âpre et douce,
Dans l’assurance de la Foi,
Jusqu’à la suprême secousse.

Je me suis fait une raison
De me plier à la mesure
Du petit cercle d’horizon
Qu’un coin de ciel natal azure.

Mon rêve n’ai jamais quitté
Le cloître obscur de la demeure
Où, dans le devoir, j’ai goûté
Toute la paix intérieure.

Et mon amour le plus pieux,
Et ma fête la plus fleurie,
Est d’avoir toujours sous les yeux
Le visage de ma patrie. CONTINUER LA LECTURE

Notre terre

Terre, dont les âpres rivages
Et les promontoires géants
Refoulent les vagues sauvages
Que soulèvent deux océans ;

Terre qui, chaque avril, émerges,
Toute radieuse, à travers
La cendre de tes forêts vierges
Et la neige de tes hivers ;

Terre richement variée
De verdure et de floraisons,
Que le Seigneur a mariée
Au Soleil des quatre saisons ;

Reine des terres boréales,
Qui, sans mesure, donnes l’or,
L’or et l’argent des céréales,
Sans épuiser son grand trésor ;

Terre qui, d’un prime amour veuve,
N’a cessé de donner le sein
Au peuple, qui de toute épreuve,
Échappa toujours, sauf et sain ; CONTINUER LA LECTURE

Missive

À M. et Mme Louis Fréchette.

Le poète,
À la grâce comme au talent,
Souhaite
Un long cycle de jours de l’an.

Le ciel veuille
Que nul âpre souffle inhumain
N’effeuille
Les fleurs qui sèment leur chemin.

Que la lyre
Toujours unisse au clair accord
Du rire
Le rythme des sept cordes d’or.

Mirages

Dans le repli d’une anse fraîche
Où tremble le moelleux reflet
D’un clair ciel rose et violet,
Sommeille le bateau de pêche.

Sur l’eau qui s’est agatisée,
Dès le jour, encore endormi,
Un vent léger souffle à demi
Par brève et rythmique risée.

Mais la vague au large moutonne.
Et dans les échos réveillés
Poulent déjà les sons mouillés
D’un lourd clapotis monotone.

Enlaçant la coque de chêne,
Les flots aux douceurs de velours
Montent, montent, montent toujours.
Le bateau tire sur sa chaîne. CONTINUER LA LECTURE

Ma lointaine aïeule

Par un temps de demoiselle,
Sur la frêle caravelle,
Mon aïeule maternelle,
Pour l’autre côté de l’Eau,
Prit la mer à Saint-Malo.

Son chapelet dans sa poche,
Quelques sous dans la sacoche,
Elle arrivait, par le coche,
Sans parure et sans bijou,
D’un petit bourg de l’Anjou.

Devant l’autel de la Vierge,
Ayant fait brûler le cierge
Que la Chandeleur asperge,
Sans que le coeur lui manquât,
La terrienne s’embarqua.

Femme de par Dieu voulue,
Par le Roy première élue,
Au couchant, elle salue
Ce lointain mystérieux,
Qui n’est plus terre ni cieux. CONTINUER LA LECTURE

Ma France

Français je suis, je m’en vante,
Et très haut, très clair, très fort,
Je le redis et le chante.
Oui, je suis Français d’abord.
Mais, n’ayez soupçon ni doute,
Pour le loyal que je suis,
La France, où mon âme est toute,
Ma France, c’est mon pays.

Ma France, l’intime France,
C’est mon foyer, mon berceau,
C’est le lieu de ma naissance,
Dans ce qu’il a de plus beau ;
C’est la terre où s’enracine
L’érable national,
C’est le ciel où se dessine
La croix du clocher natal. CONTINUER LA LECTURE

Lumière

Perdu dans les brouillards du sophisme et du doute,
Le monde, dans un noir tournoîment emporté,
S’effarait, quand soudain retentit sur la route
La voix de l’immanente infaillibilité.

Et l’on vit, aveuglant les fils de Zoroastre,
Perçant l’ombre où la haine occulte écume encor,
Brillante des clartés que verse un lever d’astre,
Resplendir la tiare aux trois couronnes d’or.

Triple soleil d’espoir éclatant dans la brume
Du sombre gouffre humain. Triple feu du flambeau
Que Rome aux chandeliers à sept branches allume.
Triple splendeur de Paul s’élançant du tombeau. CONTINUER LA LECTURE