Un jour d’absence

Quand l’horloge a sonné le moment du départ,
Aucune larme, ami, n’a voilé ton regard !
Tu m’as pressé la main… j’ai cru voir un sourire
Se mêler à l’adieu que tu venais me dire ;
Car pour ton cœur, tranquille en pensant au retour,
Ce n’était point partir que s’éloigner un jour.
Et que m’importe à moi que la nuit te ramène !…
Il fait jour et tu pars ! Du coursier qui t’entraîne
Tu déchires les flancs, en disant : « Au revoir ! »
Mais aujourd’hui me reste avant d’être à ce soir ! CONTINUER LA LECTURE

Une voix du ciel

Je suis l’astre des nuits. Je brille, pâle et blanche,
Sur la feuille qui tremble au sommet d’une branche,
Sur le ruisseau qui dort, sur les lacs, bien plus beaux
Quand mes voiles d’argent s’étendent sur leurs eaux.
Mes rayons vont chercher les fleurs que je préfère,
Et font monter au ciel les parfums de la terre ;
Je donne la rosée au rameau desséché,
Que l’ardeur du soleil a, sur le sol, penché.
Sitôt que je parais, tout se tait et repose,
L’homme quitte les champs, et l’abeille la rose :
Plus de bruit dans les airs, plus de chant dans les bois ;
Devant mon doux regard nul n’élève sa voix,
De la terre ou du ciel aucun son ne s’élance,
J’arrive avec la nuit, et je règne en silence !
Je cache mes rayons quand le cri des hiboux
Vient troubler mon repos et mon calme si doux. CONTINUER LA LECTURE

Une croix sur le bord d’un chemin

Sur le bord du chemin, que j’aime à voir l’oiseau,
Fuyant le nid léger que balance l’ormeau,
Prendre le grain qu’il porte à sa couvée éclose,
Les premiers jours de mai, quand s’entr’ouvre la rose.

Sur le bord du chemin, que j’aime l’églantier,
De pétales dorés parsemant le sentier,
Disant que l’hiver fuit avec neige et froidure,
Qu’un sourire d’avril ramène la verdure.

Sur le bord du chemin, que j’aime à voir les fleurs
Dont les hommes n’ont pas combiné les couleurs ;
Les fleurs des malheureux, qu’aux malheureux Dieu donne,
Du Dieu qui songe à tous, aimable et sainte aumône. CONTINUER LA LECTURE

Une course au Champs de Mars

Volez, nobles coursiers, franchissez la distance !
Pour le prix disputé, luttez avec constance !
Sous un soleil de feu, le sol est éclatant ;
Pour vous voir aujourd’hui, tout est bruit et lumière ;
Ainsi qu’un flot d’encens, la légère poussière,
Devant vos pas, s’envole au but qui vous attend.
Que l’air rapide et vif, soulevant vos poitrines,
S’échappe palpitant de vos larges narines !
Laissez sous l’éperon votre flanc s’entr’ouvrir…
Volez, nobles coursiers, dussiez-vous en mourir ! CONTINUER LA LECTURE

Tristesse

Bonheur si doux de mon enfance,
Bonheur plus doux de mon printemps,
Je n’ai plus que la souvenance
De vos courts et joyeux instants.

Triste, sur la rive étrangère,
Je rêve à mon lointain pays,
Et des pleurs mouillent ma paupière
Au souvenir de mes amis.

L’exil a flétri ma jeunesse,
Éteinte en regrets superflus ;
Je gémis et ma main délaisse
La lyre qui ne vibre plus !

Loin du ciel qui la vit éclore,
La fleur sur sa tige languit ;
Et pour chanter quand vient l’aurore,
L’oiseau reste près de son nid. CONTINUER LA LECTURE

Sur les paroles d’un croyant

1835.

Seigneur ! vous êtes bien le Dieu de la puissance.
Que deviennent sans vous ces hommes qu’on encense ?
Si d’un souffle divin vous animez leur front,
Ils montent jusqu’aux deux, en saisissant leur lyre !
Votre souffle s’écarte… ils tombent en délire
Dans des gouffres sans fond.

Pourquoi, Dieu créateur, détruisant votre ouvrage,
Du chêne encor debout dessécher le feuillage ?
Magnifique, il planait entre le ciel et nous ;
Sa grandeur expliquait la grandeur infinie,
Il servait de degrés à mon faible génie
Pour monter jusqu’à vous. CONTINUER LA LECTURE

Séparation

I.

Le ciel est calme et pur, la terre lui ressemble ;
Elle offre avec orgueil au soleil radieux
L’essaim tourbillonnant de ses enfants heureux.
Dans les parvis sacrés, la foule se rassemble.
Ô vous…. qui vous aimez et qui restez ensemble !
Vous qui pouvez encor prier en souriant,
Un mot à Dieu pour ceux qui pleurent en priant,
Vous qui restez ensemble !

Soleil ! du voyageur, toi, le divin secours,
En tous lieux brilles-tu comme au ciel de la France ?
N’as-tu pas en secret, parfois, de préférence,
Comme un cœur a souvent de secrètes amours ?
Ou, pour tous les pays, as-tu donc de beaux jours ?
Oh ! d’un rayon ami, protège le voyage !
Sur le triste exilé qui fuit loin du rivage,
Soleil, brille toujours ! CONTINUER LA LECTURE

Pétition d’une fleur

À une dame châtelaine.
(Pour la construction d’une serre.)

Pauvre fleur, qu’un rayon du soleil fit éclore,
Pauvre fleur, dont les jours n’ont qu’une courte aurore,
Il me faut, au printemps, le soleil du bon Dieu,
Et quand l’hiver arrive, un asile et du feu.
On m’a dit — j’en frémis ! — qu’au foyer de la serre
Je n’aurai plus ma place, et mourrai sur la terre
Au jour où l’hirondelle, en fuyant les frimas,
Vole vers les pays où l’hiver ne vient pas.
Et moi, qui de l’oiseau n’ai pas l’aile légère,
Sur toi, contre le froid, j’avais compté, ma mère !
Pourquoi m’abandonner ? Pauvre petite fleur,
Ne t’ai-je pas offert l’éclat de ma couleur,
Mon suave parfum, jusqu’aux jours de l’automne ?
Ne t’ai-je pas donné ce que le ciel me donne ? CONTINUER LA LECTURE

Ne m’aimez pas

Ne m’aimez pas !… Je veux pouvoir prier pour vous,
Comme pour les amis dont le soir, à genoux,
Je me souviens — afin qu’éloignant la tempête,
Dieu leur donne un ciel pur pour abriter leur tête.

Je veux, de vos bonheurs, prendre tout haut ma part,
Le front calme et serein, sans craindre aucun regard ;
Je veux, quand vous entrez, vous donner un sourire,
Trouver doux de vous voir, en osant vous le dire.

Je veux, si vous souffrez, partageant vos destins,
Vous dire : « Qu’avez-vous ? » et vous tendre les mains.
Je veux, si par hasard votre raison chancelle,
Vous réserver l’appui de l’amitié fidèle,
Et qu’entraîné par moi dans le sentier du bien,
Votre pas soit guidé par la trace du mien. CONTINUER LA LECTURE

L’hirondelle

Ô petite hirondelle
Qui bats de l’aile,
Et viens contre mon mur,
Comme abri sûr,
Bâtir d’un bec agile
Un nid fragile,
Dis-moi, pour vivre ainsi
Sans nul souci,
Comment fait l’hirondelle
Qui bat de l’aile ?

Moi, sous le même toit, je trouve tour à tour
Trop prompt, trop long, le temps que peut durer un jour.
J’ai l’heure des regrets et l’heure du sourire,
J’ai des rêves divers que je ne puis redire ;
Et, roseau qui se courbe aux caprices du vent,
L’esprit calme ou troublé, je marche en hésitant.
Mais, du chemin je prends moins la fleur que l’épine,
Mon front se lève moins, hélas ! qu’il ne s’incline ;
Mon cœur, pesant la vie à des poids différents,
Souffre plus des hivers qu’il ne rit des printemps. CONTINUER LA LECTURE