Le geôlier sous la peau

L’insistante aiguille bien ancrée
Dans la chair de poule
De sa mémoire junky,
S’infiltre dans son tendre bras de baby-doll
Sous l’oeil d’un scorpion perdu dans les herbes folles,
Qui s’avance, encravaté de fièvre sourde

Poupée sans escale, esclave du venin
Qui trône dans son sang de mescaline,
Elle voit défiler des couturiers en habits nus
Sous la toile de latex de sa came isole échancrée

Quand elle sent monter la faim
Elle dévore sa soupe
De viande rouge
Encore

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Effrois de trottoir

S’il faut aller plus loin, affronter des bourrasques
Et croiser la peine dans des rues bousculées
Couvertes de corbeaux et de pieds sous des masques,
Allons trouver chimères et fous de la cité

Dans le cœur de Paris, des visages fêlés
S’oublient et s’abîment en pensées taciturnes,
Cohabitent, zélés, avec un verre amoché
A moitié plein de tout et de nectar nocturne

Tout près du grand bassin, accoudés au métro
Résistent des clochards assoiffés d’imprévus
Qui contre

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Duo maritime

Ton regard froid a emporté mes foulées incertaines
Jusqu’à tes pieds où je me noie,
Le phare de la cote, repu d’oxygène
Envoie des s.o.s à tes chiens qui aboient

Je chancelle sous le choc de ton au revoir,
Cognées par ton indifférence, coups du sort
Mes pensées se défont sur la jetée du port
Et le temps se répand sur les miroirs
Brisés, tranchant comme des rasoirs
De cette fin de jour aux doux baisers d’alligators

Tes silences, impénétrables fumées de verglas
Étouffent

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Sale temps

Am, stram, gram,
Pic et pics et colères,
Drames.

Des enfants se noient dans la marelle
Des poubelles
De l’histoire naufragée de leur pays en flammes,
Sous l’œil saoul des riches gens des côtes.

Le monde va de travers, bourré,
bour et ratatam.

Doit-on arrêter la comptine ou la continuer ?
Comment faut-il la chanter,
Après ça ?

William Braumann

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Robocratie

Nous sommes les machines
Et nous voilà debout
Sur les quatre pattes motrices
De chimpanzés de fer,
Dressés à rouler

Nos toutes dernières voitures singes
Quadrupèdes modernes et horodatés
Filent sur le sol caoutchouc de nos voies rapides,
Avec en dedans cette soif de carburant plasma
Qui dévore les circuits numériques
De leur mécanique pétrochimiesque

En passant, nos véhicules mammifères
Saluent les arbres mous de nos villes
Automates,
Aux tomates
Ultraviolettes

Nous avons dompté l’animal,

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Roulottes russes

A cinq O’clock déjà debout,
Dans la lumière qui délivre
Un clown marin a ouvert,
La caravane des livres

Le jour pince le pli des nuages,
La boîte à musique abandonne l’aurore
Et le tigre dans sa cage tranquillement s’endort,
Une fraise des bois console ses joues

L’alligator promène un rêve, qui fuit,
La jongleuse de mot crache une allumette flambée
Dans l’été,
Les constellations, le ciel électrique,
Les routes de demain qui dessinent les vivants,

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Chez Gaston, le notre

Ce que j’ai envie de dire
Tient en quelques mots enrobés de chocolat menthe,
Dans la vitrine sucre glace de la boulangerie d’en face
Où très souvent je me délasse,
Dans un jacuzzi d’îles flottantes
Et de millefeuilles au café

Dans son grand four
Gaston, le pâtissier
En prépare des petits,
Que l’on mange en une seule bouchée
Et ses mignardises bourgeonnantes et costumées,
Fondent sur le palais des rois et des reines
Comme sur ceux des énergumènes

Notre homme, aussi doué que Le

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Absence

J’ai rêvé de m’éteindre auprès de vous
Avec encore des braises plein la tête
De m’étendre, comme une bougie muette
Dans l’entrelacs de vos cheveux roux

Nos corps épuisés auraient puisé
Toutes les laves carminées du volcan
La nuit se serait écoulée, fleuve bouillant
Et nous aurait semé sa passion en passant

J’aurais voulu que ces heures me transpercent
Comme ces boucles de nacre à vos oreilles,
Qu’elles laissent des marques à mon réveil

Mais ce matin j’ai regardé sur

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Après la bombe

Sur le tapis roulant de l’aérogare désaffecté
Des valises oubliées tournent sans fin
Dans les rayons clandestins
D’une lumière hébétée

Des squelettes livrés à eux-mêmes
Se sourient comme ils peuvent
Pour tenter de faire peau neuve
Sur le carrelage froid de leurs mâchoires brisées

Plus un chien policier sur la piste
D’un quelconque atterrissage

Derrière les fenêtres poussiéreuses
De la salle d’attente de l’ancien terminal
Subsiste Jack l’animal,
Le grand

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