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Tu fus une grande amoureuse

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Tu fus une grande amoureuse
À ta façon, la seule bonne
Puisqu’elle est tienne et que personne
Plus que toi ne fut malheureuse,
Après la crise de bonheur
Que tu portas avec honneur.

Oui, tu fus comme une héroïne,
Et maintenant tu vis, statue
Toujours belle sur la ruine
D’un espoir qui se perpétue
En dépit du Sort évident,
Mais tu persistes cependant !

Pour cela, je t’aime et t’admire
Encore mieux que je ne t’aime
Peut-être, et ce m’est un suprême
Orgueil d’être meilleur ou pire
Que celui qui fit tout le mal,
D’être à tes pieds tremblant, féal !

Use de moi, je suis ta chose ;
Mon amour va, ton humble esclave,
Prêt à tout ce que lui propose
Ta volonté dure et suave,
Prompt à jouir, prompt à souffrir,
Prompt vers tout, hormis pour mourir !

Mourir dans mon corps et mon âme,
Je le veux si c’est ton caprice.
Quand il faudra que je périsse
Tout entier, fais un signe, femme,
Mais que mon amour dût cesser ?
Il ne peut que s’éterniser.

Jette un regard de complaisance,
Ô femme forte, ô sainte, ô reine,
Sur ma fatale insuffisance
Sans doute à te faire sereine :
Toujours triste du temps fané,
Du moins, souris au vieux damné.

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Écrit par Paul Verlaine

Poète français né à Metz le 30 mars 1844, Paul Verlaine est décédé à Paris le 8 janvier 1896.

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