Poésie, poètes, ressources et plus

  • BofBof C'était OKC'était OK J'ai aiméJ'ai aimé IncroyableIncroyable

    Destination : arbre

    Parcourir l’Arbre
    Se lier aux jardins
    Se mêler aux forêts
    Plonger au fond des terres
    Pour renaître de l’argile

    Peu à peu

    S’affranchir des sols et des racines

    Gravir lentement le fût

    Envahir la charpente

    Se greffer aux branchages

    Puis dans un éclat de feuilles
    Embrasser l’espace
    Résister aux orages
    Déchiffrer les soleils
    Affronter jour et nuit

    Evoquer ensuite
    Au cœur d’une métropole
    Un arbre un seul
    Enclos dans l’asphalte Éloigné des jardins
    Orphelin des forêts

    Un arbre

    Au tronc rêche

    Aux branches taries

    Aux feuilles longuement éteintes

    S’unir à cette soif
    Rejoindre cette retraite
    Ecouter ces appels

    Sentir sous l’écorce
    Captives mais invincibles
    La montée des sèves
    La pression des bourgeons
    Semblables aux rêves tenaces
    Qui fortifient nos vies

    Cheminer d’arbre en arbre
    Explorant l’éphémère
    Aller d’arbre en arbre
    Dépistant la durée.…

  • BofBof C'était OKC'était OK J'ai aiméJ'ai aimé IncroyableIncroyable

    Soyez polis

    I

    Soyez polis
    Couronné d’étincelles
    Un marchand de pierre à briquet
    Elève la voix le soir
    Dans les couloirs de la station Javel
    Et ses grands écarts de langage
    Déplaisent à la plupart des gens
    Mais la brûlure de son regard
    Les rappelle à de bons sentiments
    Soyez polis
    Crie l’homme
    Soyez polis avec les aliments
    Soyez polis
    Avec les éléments avec les éléphants
    Soyez polis avec les femmes
    Et avec les enfants
    Soyez polis
    Avec les gars du bâtiment
    Soyez polis
    Avec le monde vivant.…

  • C'était OKC'était OK J'ai aiméJ'ai aimé IncroyableIncroyable

    En sortant de l’ecole

    En sortant de l’école

    nous avons rencontré

    un grand chemin de fer

    qui nous a emmenés

    tout autour de la terre

    dans un wagon doré

    Tout autour de la terre

    nous avons rencontré

    la mer qui se promenait

    avec tous ses coquillages

    ses îles parfumées

    et puis ses beaux naufrages

    et ses saumons fumés

    Au-dessus de la mer

    nous avons rencontré

    la lune et les étoiles

    sur un bateau à voiles

    partant pour le
    Japon

    et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main

    tournant la manivelle d’un petit sous-marin

    plongeant au fond des mers

    pour chercher des oursins

    Revenant sur la terre

    nous avons rencontré

    sur la voie de chemin de fer

    une maison qui fuyait

    fuyait tout autour de la terre

    fuyait tout autour de la mer

    fuyait devant l’hiver

    qui voulait l’attraper

    Mais nous sur notre chemin de fer

    on s’est mis à rouler

    rouler derrière l’hiver

    et on l’a écrasé

    et la maison s’est arrêtée

    et le printemps nous a salués

    C’était lui le garde-barrière

    et il nous a bien remerciés

    et toutes les fleurs de toute la terre

    soudain se sont mises à pousser

    pousser à tort et à travers

    sur la voie du chemin de fer

    qui ne voulait plus avancer

    de peur de les abîmer

    Alors on est revenu à pied

    à pied tout autour de la terre

    à pied tout autour de la mer

    tout autour du soleil

    de la lune et des étoiles

    A pied à cheval en voiture et en bateau à voiles

  • C'était OKC'était OK J'ai aiméJ'ai aimé IncroyableIncroyable

    Fete foraine

    Recueil : « Paroles »

    Heureux comme la truite remontant le torrent
    Heureux le cœur du monde
    Sur son jet d’eau de sang
    Heureux le limonaire
    Hurlant dans la poussière
    De sa voix de citron
    Un refrain populaire
    Sans rime ni raison
    Heureux les amoureux
    Sur les montagnes russes
    Heureuse la fille rousse
    Sur son cheval blanc
    Heureux le garçon brun
    Qui l’attend en souriant
    Heureux cet homme en deuil
    Debout dans sa nacelle
    Heureuse la grosse dame
    Avec son cerf-volant
    Heureux le vieil idiot
    Qui fracasse la vaisselle
    Heureux dans son carrosse
    Un tout petit enfant
    Malheureux les conscrits
    Devant le stand de tir
    Visant le cœur du monde
    Visant leur propre cœur
    Visant le cœur du monde
    En éclatant de rire.…

  • J'ai aiméJ'ai aimé IncroyableIncroyable

    La grasse matinée

    Il est terrible

    le petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d’étain

    il est terrible ce bruit

    quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim

    elle est terrible aussi la tête de l’homme

    la tête de l’homme qui a faim

    quand il se regarde à six heures du matin

    dans la glace du grand magasin

    une tête couleur de poussière

    ce n’est pas sa tête pourtant qu’il regarde

    dans la vitrine de chez
    Potin

    il s’en fout de sa tête l’homme

    il n’y pense pas

    il songe

    il imagine une autre tête

    une tête de veau par exemple

    avec une sauce de vinaigre

    ou une tête de n’importe quoi qui se mange

    et il remue doucement la mâchoire

    doucement

    et il grince des dents doucement

    car le monde se paye sa tête

    et il ne peut rien contre ce monde

    et il compte sur ses doigts un deux trois

    un deux trois

    cela fait trois jours qu’il n’a pas mangé

    et il a beau se répéter depuis trois jours

    Ça ne peut pas durer

    ça dure

    trois jours

    trois nuits

    sans manger

    et derrière ces vitres

    ces pâtés ces bouteilles ces conserves

    poissons morts protégés par les boîtes

    boites protégées par les vitres

    vitres protégées par les flics

    flics protégés par la crainte

    que de barricades pour six malheureuses sardines…

    Un peu plus loin le bistro

    café-crème et croissants chauds

    l’homme titube

    et dans l’intérieur de sa tête

    un brouillard de mots

    un brouillard de mots

    sardines à manger

    œuf dur café-crème

    café arrosé rhum

    café-crème

    café-crème

    café-crime arrosé sang!…

    Un homme très estimé dans son quartier

    a été égorgé en plein jour

    l’assassin le vagabond lui a volé

    deux francs

    soit un café arrosé

    zéro franc soixante-dix

    deux tartines beurrées

    et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.…