À la dame si reine

À la dame si reine

est le cabaret où je suis attablé ce soir

parmi des tables vides et nues comme des tombeaux.

Les garçons ont fait grande toilette

Ils s’affairent autour des chaises sans occupants :

Dans leur costume de corbeaux

Ils ont l’air de célébrer le mariage de la solitude et de la nuit

et moi j’attends.

Parfois le téléphone résonne et nul ne va répondre

et peut-être est-elle au bout du fil, loin d’ici, à m’appeler

mais nul ne répond et je ne sais quelle force m’interdit d’aller

prendre l’appareil en mains et de dire :

« C’est moi, l’alcool brille dans les bouteilles

viens, viens vite,

nous boirons toute la nuit si tu le désires

Si tu veux dormir, tu dormiras dans mes bras

en attendant le matin de cristal et de drap mouillé

qui tombe comme une vague sur la ville. »
Là-bas, la maison est vide

Je cours de chambre en chambre en appelant

Je pleure sur ton oreiller

Je sanglote en disant ton nom car nulle année passant après une autre année

ne pourra distraire ma pensée de ta pensée

mon désir de ton désir et ma bouche de ta bouche.
Les draps se saliront sans être froissés

sur le lit où tu aimais dormir

et je crève d’être seul et d’appeler et d’imaginer

à quels outrages te soumettent

les larves immondes que le destin a dressées sur notre chemin.

Voter pour ce poème!

Ce poème vous a-t-il touché ? Partagez votre avis, critique ou analyse !

S’abonner
Notifier de
guest
0 Avis
Inline Feedbacks
View all comments

La sultane favorite

Le temps de la liberté