Tentative de description d’un dÎner de têtes à paris-france

Ceux qui pieusement…

Ceux qui copieusement…

Ceux qui tricolorent

Ceux qui inaugurent

Ceux qui croient

Ceux qui croient croire

Ceux qui croa-croa

Ceux qui ont des plumes

Ceux qui grignotent

Ceux qui andromaquent

Ceux qui majusculent

Ceux qui chantent en mesure

Ceux qui brossent à reluire

Ceux qui ont du ventre

Ceux qui baissent les yeux

Ceux qui savent découper le poulet

Ceux qui sont chauves à l’intérieur de la tête

Ceux qui bénissent les meutes

Ceux qui font les honneurs du pied

Ceux qui debout les morts CONTINUER LA LECTURE

Rue de seine

Rue de
Seine dix heures et demie

le soir

au coin d’une autre rue

un homme titube… un homme jeune

avec un chapeau

un imperméable

une femme le secoue…

elle le secoue

et elle lui parle

et il secoue la tête

son chapeau est tout de travers

et le chapeau de la femme s’apprête à tomber en arrière

ils sont très pâles tous les deux

l’homme certainement a envie de partir…

de disparaître… de mourir…

mais la femme a une furieuse envie de vivre

et sa voix

sa voix qui chuchote CONTINUER LA LECTURE

La mort printanière

Réveille-toi

poème

fils de l’extrême douleur

Ce matin

nous avons marié notre plus belle femme à la mort printanière

Écrire est dérisoire. Dérisoire ce vitriol au cœur. Le ciel stérile de l’hiver. Le soleil du crime, un avorton pâle. Le silence des murailles concentriques, bâillons crénelés qui encerclent nos mains. Dérisoires nos yeux sanglants, striés de haine. Et nos paroles, pétards mouillés comme des langes à jeter. Dérisoire la ronde phtisique de nos pas dans la citadelle d’exil. Ô cet amour sauvage de la camaraderie des armes ! CONTINUER LA LECTURE

Lanterne magique de picasso

Tous les yeux d’une femme joués sur le même tableau Les traits de l’être aimé traqué par le destin sous la

fleur immobile d’un sordide papier peint L’herbe blanche du meurtre dans une forêt de chaises Un mendiant de carton éventré sur une table de marbre Les cendres d’un cigare sur le quai d’une gare Le portrait d’un portrait Le mystère d’un enfant

La splendeur indéniable d’un buffet de cuisine La beauté immédiate d’un chiffon dans le vent La folle terreur du piège dans un regard d’oiseau L’absurde hennissement d’un cheval décousu La musique impossible des mules à grelots Le taureau mis à mort couronné de chapeaux La jambe jamais pareille d’une rousse endormie et la CONTINUER LA LECTURE

La réalité est une niche…

La réalité est une niche

où rêve un grand chien triste et fou

devant un bocal d’air liquide

où crève un vieux poisson volant

qui se métamorphose dans le vide

en Alexandre le Grand

ou en cure-dent

Et c’est bien autre chose encore pour les gens de mauvaise humeur pour les gens du mauvais amour qui se baladent dans tous les sens et sauf dans celui de l’humour D’ailleurs

dans l’argot des croque-morts on appelle le cimetière le Cirque

c’est-à-dire la place des Augustes CONTINUER LA LECTURE

Le chant des sirènes

Dans une étendue d’âmes qui se désirent,

Les vagues s’imprègnent les unes des autres,

Le temps suspend son vol pour que son sourire,

Conquiert des cœurs encore sauvages, les nôtres.
Et, dans cette tempête qu’est notre affection,

C’est le plus noir des démons qui la chevauche,
Mais, seule toi, amène l’hiver aux enfers,

Réchauffe les mondes d’un souffle solaire,

Vole les maux, la nuit, telle une sirène,
Tu gouvernes une autre voile que la mienne,

Mais nous naviguerons sur le même océan, CONTINUER LA LECTURE

La ballade de l’émigré

Première prison : ciel sourd

aux prières des mains

La terre rapetisse de hanches dévore ses seins

Les charognards dépècent

la mémoire sédentaire

L’homme craquelé de toutes les noces sculpteur

d’arbres de sillons bavards

humus du soleil né de l’eau née du soleil l’homme

lige des nuits guérisseuses

pâlit et c’est le premier déracinement

Deuxième prison :

venin de mégalopoles

assises ou debout

sur les fleuves de larmes

distribuant leurs cartes

sur les marionnettes d’iniquité CONTINUER LA LECTURE

L’invention

La terre ouvrant son sein, ses ressorts, ses miracles,
Ses germes, ses coteaux, dépouille de
Thétis ;
Les nuages épais, sur elle appesantis,
De ses noires vapeurs nourrissant leur tonnerre,
Et l’hiver ennemi pour envahir la terre
Roi des antres du
Nord ; et de glaces armés,
Ses pas usurpateurs sur nos monts imprimés;
Et l’œil perçant du verre, en la vaste étendue.
Allant chercher ces feux qui fuyaient notre vue ;
Aux changements prédits, immuables, fixés,
Que d’une plume d’or
Bailly nous a tracés,
Aux lois de
Cassini les comètes fidèles ;
L’aimant, de nos vaisseaux seul dirigeant les ailes,
Une
Cybèle neuve et cent mondes divers.
Aux yeux de nos
Jasons sortis du sein des mers :
Quel amas de tableaux, de sublimes images,
Naît de ces grands objets réservés à nos âges !
Sous ces bois étrangers qui couronnent ces monts.
Aux vallons de
Cusco, dans ces antres profonds,
Si chers à la fortune et plus chers au génie,
Germent des mines d’or, de gloire et d’harmonie.
Pensez-vous, si
Virgile ou l’Aveugle divin
Renaissaient aujourd’hui, que leur savante main
Négligeât de saisir ces fécondes richesses,
De notre
Pinde auguste éclatantes largesses ? CONTINUER LA LECTURE

Nostalgie

J’ai laissé, loin de moi, à l’abri des montagnes
Un village blotti au milieu des coteaux,
La brise du matin, les fleurs de la campagne
Et le grand mimosa où nichent les oiseaux…

J’ai laissé, quelque part, souffler la Tramontane
Emportant les saisons, emportant les soupirs,
Une petite place une allée de platanes
Les rêves, les chagrins, et tous les souvenirs…

J’ai laissé ma maison, j’ai laissé ma jeunesse,
Mais il m’arrive encore au profond de l’hiver
D’entendre, comme avant, à travers l’ombre épaisse
L’écho d’une sardane ou le chant de la mer. CONTINUER LA LECTURE