Chanson (II)

Est-ce à jamais, folle Espérance,
Que tes infidèles appas
Empêcheront la délivrance
Que me propose le trépas ?

La raison veut, et la nature,
Qu’après le mal vienne le bien :
Mais en ma funeste aventure
Leurs règles ne servent de rien.

C’est fait de moi, quoi que je fasse.
J’ai beau plaindre et beau soupirer,
Le seul remède en ma disgrâce,
C’est qu’il n’en faut point espérer.

Une résistance mortelle
Ne m’empêche point son retour ;
Quelque Dieu qui brûle pour elle
Fait cette injure à mon amour. CONTINUER LA LECTURE

Dure contrainte de partir

xxPour M. le duc de Bellegarde,
À madame la princesse de Conti.

1608.

Dure contrainte de partir,
À quoi je ne puis consentir,
Et dont je ne m’ose défendre,
Que ta rigueur a de pouvoir !
Et que tu me fais bien apprendre
Quel tyran c’est que le devoir !

J’aurai donc nommé ces beaux yeux
Tant de fois mes rois et mes dieux,
Pour aujourd’hui n’en tenir compte,
Et permettre qu’à l’avenir
On leur impute cette honte
De n’avoir su me retenir !

Ils auront donc ce déplaisir,
Que je meure après un désir
Où la vanité me convie ;
Et qu’ayant juré si souvent
D’être auprès d’eux toute ma vie,
Mes serments s’en aillent au vent ! CONTINUER LA LECTURE

À monsieur de Fleurance, sur son art d’embellir

Sonnet.

1608.

Voyant ma Caliste si belle,
Que l’on n’y peut rien désirer,
Je ne me pouvais figurer
Que ce fût chose naturelle.

J’ignorais que ce pouvait être
Qui lui colorait ce beau teint,
Où l’Aurore même n’atteint
Quand elle commence de naître.

Mais, Fleurance, ton docte écrit
M’ayant fait voir qu’un bel esprit
Est la cause d’un beau visage :

Ce ne m’est plus de nouveauté,
Puisqu’elle est parfaitement sage,
Qu’elle soit parfaite en beauté. CONTINUER LA LECTURE

Invective contre les Mignons de Henri III

Fragments d’une ode.

Les peuples, pipés de leur mine,
Les voyant ainsi renfermer,
Jugeaient qu’ils parlaient de s’armer
Pour conquérir la Palestine,
Et borner de Tyr à Calis
L’empire de la fleur de lis :
Et toutefois leur entreprise
Était le parfum d’un collet,
Le point coupé d’une chemise,
Et la figure d’un ballet.

De leur mollesse léthargique
La discorde, sortant des enfers,
Des maux que nous avons soufferts
Nous ourdit la toile tragique.
La justice n’eut plus de poids ;
L’impunité chassa les lois ;
Et le taon des guerres civiles
Piqua les âmes des méchants
Qui firent avoir à nos villes
La face déserte des champs. CONTINUER LA LECTURE

À madame la princesse de Conti

1619.

Race de mille rois, adorable Princesse,
Dont le puissant appui de faveurs m’a comblé,
Si faut-il qu’à la fin j’acquitte ma promesse,
Et m’allège du fait dont je suis accablé.

Telle que notre siècle aujourd’hui vous regarde,
Merveille incomparable en toute qualité,
Telle je me résous de vous bailler en garde
Aux fastes éternels de la postérité.

Je sais bien quel effort cet ouvrage demande :
Mais si la pesanteur d’une charge si grande
Résiste à mon audace et me la refroidit, CONTINUER LA LECTURE

Revenez, mes plaisirs, ma dame est revenue

Pour Alcandre, au retour d’Oranthe à Fontainebleau.

1609.

Revenez, mes plaisirs, ma dame est revenue ;
Et les vœux que j’ai faits pour revoir ses beaux yeux.
Rendant par mes soupirs ma douleur reconnue,
Ont eu grâce des cieux.

Les voici de retour ces astres adorables
Où prend mon océan son flux et son reflux ;
Soucis, retirez-vous ; cherchez les misérables ;
Je ne vous connais plus.

Peut-on voir ce miracle où le soin de nature
A semé comme fleurs tant d’aimables appas,
Et ne confesser point qu’il n’est pire aventure
Que de ne la voir pas ? CONTINUER LA LECTURE

Beauté de qui la grâce..

(À la vicomtesse d’Auchy.)

1608.

Beauté de qui la grâce étonne la nature,
Il faut donc que je cède à l’injure du sort,
Que je vous abandonne, et loin de votre port
M’en aille au gré du vent suivre mon aventure.

Il n’est ennui si grand que celui que j’endure :
Et la seule raison qui m’empêche la mort,
C’est le doute que j’ai que ce dernier effort
Ne fût mal employé pour une âme si dure.

Caliste, où pensez-vous ? qu’avez-vous entrepris ?
Vous résoudrez-vous point à borner ce mépris,
Qui de ma patience indignement se joue ? CONTINUER LA LECTURE

Le dernier de mes jours est dessus l’horizon

xxSur l’éloignement prochain de la comtesse de
La Roche, ou de la vicomtesse d’Auchy.

1608.

Le dernier de mes jours est dessus l’horizon ;
Celle dont mes ennuis avaient leur guérison
S’en va porter ailleurs ses appas et ses charmes.
Je fais ce que je puis, l’en pensant divertir :
Mais tout m’est inutile, et semble que mes larmes
Excitent sa rigueur à la faire partir.

Beaux yeux, à qui le ciel et mon consentement,
Pour me combler de gloire, ont donné justement
Dessus mes volontés un empire suprême,
Que ce coup m’est sensible ! et que tout à loisir
Je vais bien éprouver qu’un déplaisir extrême
Est toujours à la fin d’un extrême plaisir ! CONTINUER LA LECTURE

Paraphrase du psaume CXXVIII

Au nom du roi Louis XIII.
À l’occasion de la première guerre des princes.

1614.

Les funestes complots des âmes forcenées
Qui pensaient triompher de mes jeunes années
Ont d’un commun assaut mon repos offensé.
Leur rage a mis au jour ce qu’elle avait de pire :
Certes, je le puis dire ;
Mais je puis dire aussi qu’ils n’ont rien avancé.

J’étais dans leurs filets, c’était fait de ma vie ;
Leur funeste rigueur, qui l’avait poursuivie,
Méprisait le conseil de revenir à soi ;
Et le coutre aiguisé s’imprime sur la terre
Moins avant que leur guerre
N’espérait imprimer ses outrages sur moi. CONTINUER LA LECTURE