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  • Vœu à Vénus

    Belle Déesse, amoureuse Chyprine, Mère du Jeu, des Grâces et d’Amour, Qui fais sortir tout ce qui vit au jour, Comme du Tout le germe et la racine ;Idalienne, Amathonte, Erycine, Défends des Turcs Chypre ton beau séjour ; Baise ton Mars, et tes bras à l’entour De son col plie, et serre sa poitrine.Ne permets point qu’un barbare Seigneur Perde ton Île et souille ton honneur ; De ton berceau, chasse autre-part la guerre.Tu le feras : car, d’un trait de tes yeux, Tu peux fléchir les hommes et les Dieux, Le Ciel, la Mer, les Enfers et la Terre. Continuer la lecture

    Vœu à Vénus

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  • Le flacon

    Il est de forts parfums pour qui toute matière
    Est poreuse. On dirait qu’ils pénètrent le verre.
    En ouvrant un coffret venu de l’Orient
    Dont la serrure grince et rechigne en criant,

    Ou dans une maison déserte quelque armoire
    Pleine de l’âcre odeur des temps, poudreuse et noire,
    Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient,
    D’où jaillit toute vive une âme qui revient.

    Mille pensers dormaient, chrysalides funèbres,
    Frémissant doucement dans les lourdes ténèbres,
    Qui dégagent leur aile et prennent leur essor,
    Teintés d’azur, glacés de rose, lamés d’or.

    Voilà le souvenir enivrant qui voltige
    Dans l’air troublé ; les yeux se ferment ; le Vertige
    Saisit l’âme vaincue et la pousse à deux mains
    Vers un gouffre obscurci de miasmes humains ;

    Il la terrasse au bord d’un gouffre séculaire,
    Où, Lazare odorant déchirant son suaire,
    Se meut dans son réveil le cadavre spectral
    D’un vieil amour ranci, charmant et sépulcral.

    Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire
    Des hommes, dans le coin d’une sinistre armoire
    Quand on m’aura jeté, vieux flacon désolé,
    Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé,

    Je serai ton cercueil, aimable pestilence !
    Le témoin de ta force et de ta virulence,
    Cher poison préparé par les anges ! Liqueur
    Qui me ronge, ô la vie et la mort de mon cœur ! Continuer la lecture

    Le flacon

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  • La maison des morts

    À Maurice Raynal.

    S’étendant sur les côtes du cimetière
    La maison des morts l’encadrait comme un cloître
    À l’intérieur de ses vitrines
    Pareilles à celles des boutiques de modes
    Au lieu de sourire debout
    Les mannequins grimaçaient pour l’éternité

    Arrivé à Munich depuis quinze ou vingt jours
    J’étais entré pour la première fois et par hasard
    Dans ce cimetière presque désert
    Et je claquais des dents
    Devant toute cette bourgeoisie
    Exposée et vêtue le mieux possible
    En attendant la sépulture

    Soudain
    Rapide comme ma mémoire
    Les yeux se rallumèrent
    De cellule vitrée en cellule vitrée
    Le ciel se peupla d’une apocalypse
    Vivace
    Et la terre plate à l’infini
    Comme avant Galilée
    Se couvrit de mille mythologies immobiles
    Un ange en diamant brisa toutes les vitrines
    Et les morts m’accostèrent
    Avec des mines de l’autre monde

    Mais leur visage et leurs attitudes
    Devinrent bientôt moins funèbres
    Le ciel et la terre perdirent
    Leur aspect fantasmagorique

    Les morts se réjouissaient
    De voir leurs corps trépassés entre eux et la lumière
    Ils riaient de leur ombre et l’observaient
    Comme si véritablement
    C’eût été leur vie passée

    Alors je les dénombrai
    Ils étaient quarante-neuf hommes
    Femmes et enfants
    Qui embellissaient à vue d’œil
    Et me regardaient maintenant
    Avec tant de cordialité
    Tant de tendresse même
    Que les prenant en amitié
    Tout à coup
    Je les invitai à une promenade
    Loin des arcades de leur maison

    Et tous bras dessus bras dessous
    Fredonnant des airs militaires
    Oui tous vos péchés sont absous
    Nous quittâmes le cimetière

    Nous traversâmes la ville
    Et rencontrions souvent
    Des parents des amis qui se joignaient
    À la petite troupe des morts récents
    Tous étaient si gais
    Si charmants si bien portants
    Que bien malin qui aurait pu
    Distinguer les morts des vivants

    Puis dans la campagne
    On s’éparpilla
    Deux chevau-légers nous joignirent
    On leur fit fête
    Ils coupèrent du bois de viorne
    Et de sureau
    Dont ils firent des sifflets
    Qu’ils distribuèrent aux enfants

    Plus tard dans un bal champêtre
    Les couples mains sur les épaules
    Dansèrent au son aigre des cithares

    Ils n’avaient pas oublié la danse
    Ces morts et ces mortes
    On buvait aussi
    Et de temps à autre une cloche
    Annonçait qu’un nouveau tonneau
    Allait être mis en perce

    Une morte assise sur un banc
    Près d’un buisson d’épine-vinette
    Laissait un étudiant
    Agenouillé à ses pieds
    Lui parler de fiançailles

    Je vous attendrai
    Dix ans ans vingt ans s’il le faut
    Votre volonté sera la mienne

    Je vous attendrai
    Toute votre vie
    Répondait la morte

    Des enfants
    De ce monde ou bien de l’autre
    Chantaient de ces rondes
    Aux paroles absurdes et lyriques
    Qui sans doute sont les restes
    Des plus anciens monuments poétiques
    De l’humanité

    L’étudiant passa une bague
    À l’annulaire de la jeune morte
    Voici le gage de mon amour
    De nos fiançailles
    Ni le temps ni l’absence
    Ne nous feront oublier nos promesses
    Et un jour nous aurons une belle noce
    Des touffes de myrte
    À nos vêtements et dans vos cheveux
    Un beau sermon à l’église
    De longs discours après le banquet
    Et de la musique

    De la musique
    Nos enfants
    Dit la fiancée
    Seront plus beaux plus beaux encore
    Hélas ! la bague était brisée
    Que s’ils étaient d’argent ou d’or
    D’émeraude ou de diamant
    Seront plus clairs plus clairs encore
    Que les astres du firmament
    Que la lumière de l’aurore
    Que vos regards mon fiancé
    Auront meilleure odeur encore
    Hélas ! la bague était brisée
    Que le lilas qui vient d’éclore
    Que le thym la rose ou qu’un brin
    De lavande ou de romarin

    Les musiciens s’en étant allés
    Nous continuâmes la promenade

    Au bord d’un lac
    On s’amusa à faire des ricochets
    Avec des cailloux plats
    Sur l’eau qui dansait à peine

    Des barques étaient amarrées
    Dans un havre
    On les détacha
    Après que toute la troupe se fut embarquée
    Et quelques morts ramaient
    Avec autant de vigueur que les vivants

    À l’avant du bateau que je gouvernais
    Un mort parlait avec une jeune femme
    Vêtue d’une robe jaune
    D’un corsage noir
    Avec des rubans bleus et d’un chapeau gris
    Orné d’une seule petite plume défrisée

    Je vous aime
    Disait-il
    Comme le pigeon aime la colombe
    Comme l’insecte nocturne
    Aime la lumière

    Trop tard
    Répondait la vivante
    Repoussez repoussez cet amour défendu
    Je suis mariée
    Voyez l’anneau qui brille
    Mes mains tremblent
    Je pleure et je voudrais mourir

    Les barques étaient arrivées
    À un endroit où les chevau-légers
    Savaient qu’un écho répondait de la rive
    On ne se lassait point de l’interroger
    Il y eut des questions si extravagantes
    Et des réponses tellement pleines d’à-propos
    Que c’était à mourir de rire
    Et le mort disait à la vivante

    Nous serions si heureux ensemble
    Sur nous l’eau se refermera
    Mais vous pleurez et vos mains tremblent
    Aucun de nous ne reviendra
    On reprit terre et ce fut le retour
    Les amoureux s’entr’aimaient
    Et par couples aux belles bouches
    Marchaient à distances inégales
    Les morts avaient choisi les vivantes
    Et les vivants
    Des mortes
    Un genévrier parfois
    Faisait l’effet d’un fantôme

    Les enfants déchiraient l’air
    En soufflant les joues creuses
    Dans leurs sifflets de viorne
    Ou de sureau
    Tandis que les militaires
    Chantaient des tyroliennes
    En se répondant comme on le fait
    Dans la montagne

    Dans la ville
    Notre troupe diminua peu à peu
    On se disait
    Au revoir
    À demain
    À bientôt
    Beaucoup entraient dans les brasseries
    Quelques-uns nous quittèrent
    Devant une boucherie canine
    Pour y acheter leur repas du soir

    Bientôt je restai seul avec ces morts
    Qui s’en allaient tout droit
    Au cimetière

    Sous les Arcades
    Je les reconnus
    Couchés
    Immobiles
    Et bien vêtus
    Attendant la sépulture derrière les vitrines

    Ils ne se doutaient pas
    De ce qui s’était passé
    Mais les vivants en gardaient le souvenir
    C’était un bonheur inespéré
    Et si certain
    Qu’ils ne craignaient point de le perdre

    Ils vivaient si noblement
    Que ceux qui la veille encore
    Les regardaient comme leurs égaux
    Ou même quelque chose de moins
    Admiraient maintenant
    Leur puissance leur richesse et leur génie
    Car y a-t-il rien qui vous élève
    Comme d’avoir aimé un mort ou une morte
    On devient si pur qu’on en arrive
    Dans les glaciers de la mémoire
    À se confondre avec le souvenir
    On est fortifié pour la vie
    Et l’on n’a plus besoin de personne. Continuer la lecture

    La maison des morts

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