Poésie, poètes, ressources et plus

  • Les ombres

    Tu es là

    en face de moi

    dans la lumière de l’amour

    Et moi

    je suis là

    en face de toi

    avec la musique du bonheur

    Mais ton ombre

    sur le mur

    guette tous les instants

    de mes jours

    et mon ombre à moi

    fait de même

    épiant ta liberté

    Et pourtant je t’aime

    et tu m’aimes

    comme on aime le jour et la vie ou l’été

    Mais comme les heures qui se suivent

    et ne sonnent jamais ensemble

    nos deux ombres se poursuivent

    comme deux chiens de la même portée

    détachés de la même chaîne

    mais hostiles tous deux à l’amour

    uniquement fidèles à leur maître

    à leur maîtresse

    et qui attendent patiemment

    mais tremblants de détresse

    la séparation des amants

    qui attendent

    que notre vie s’achève

    et notre amour

    et que nos os leur soient jetés

    pour s’en saisir

    et les cacher et les enfouir

    et s’enfouir en même temps

    sous les cendres du désir

    dans les débris du temps.…

  • Fragment d’une lettre adressée à mayo

    … et comme chaque année jamais le printemps

    par ici comme ailleurs n’a été aussi beau

    Et qu’est-ce que ça peut faire

    disait le charbonnier

    que le monde soit mauvais

    puisque la vie est belle

    A ce propos mon cher
    Amimayo

    connais-tu la nouvelle

    elle est bien bonne

    Dieu est mort à ce qu’il paraît

    les éditions
    Gallimard m’ont envoyé

    une lettre de faire peur je l’ai donnée à lire à mon chat ça devait arriver m’a dit le matou gris tant va la cruche à l’eau de vie qu’à la fin du compte elle se meurt enfin nous verrons ça plus tard au

    cinématougraphe
    D’accord a dit le facteur les plus longues plaisanteries ne sont pas forcément

    les meilleures
    Et nous avons trinqué ensemble tous les trois le chat le facteur et moi et nous avons beaucoup parlé de toi
    Ce qui me plaît disait le facteur

    c’est la grande image

    avec tous ces bons garçons

    qui assomment les oiseaux

    avec des gros bâtons

    c’est très justement observé

    et c’est plein d’altruisme et de solidarité

    Tout à fait comme dans la vie

    tout à fait comme dans le métro

    quand ils se regardent sans oser se voir

    et qu’ils se soufflent dans le nez sans mot dire

    Et leurs doigts se boudinent en douce

    et leurs cheveux se dressent et tombent

    sur leurs vestons mouillés

    et leurs genoux se cagnent

    et ils ont envie de pleurer

    alors

    avec le bâton du souvenir

    avec la trique du désir inassouvi

    avec le casse-tête de la mémoire trop fidèle

    ils pourchassent les oiseaux du regret

    ils assomment tout ce qui vole encore

    et les petits moineaux crevés des doux jardins

    d’hiver de l’enfance oubliée

    ils les achèvent dans leur tête

    frénétiquement sans bouger

    à coups de pied

    sans sourciller

    et puis ils descendent à la
    Muette

    ou bien au
    Père
    Lachaise

    ou bien à la
    Cité

    avec leur très grosse tête

    remplie de plumes vertes

    et de mauvais sang caillé

    et leur grosse tête bien blême

    se tient toute droite debout

    au
    Kierkegaaarde à vous

    en équilibre mou

    sur leurs épaules étroites

    Moi dit le chat

    je préfère s’il vous plaît

    les petits paysages humains et clandestins

    ces tendres jeux de mains de belles et de vilains

    ces caresses chuchotées en pièces détachées

    et je vous avouerai

    que j’ai un petit faible

    pour le sujet en peinture

    Et si nous buvions un coup

    dit le facteur

    à la santé du peintre

    À cet instant la porte s’ouvre

    et trois personnages entrent dans la pièce

    et sans se faire annoncer

    car ni le chat ni le facteur ni moi

    ne les aurions reçus

    je suis dit le premier

    l’abbé
    Moral le
    Bienheureux
    Curé d’Art

    directeur de conscience picturale

    pour la localité

    et voici
    Jean
    Paulhan

    qui vend des pots de fleurs à
    Tarbes

    et voici
    Waldemar
    Georges
    Ohnet

    auteur d’un remarquable article

    paru dans le
    Barbier de
    Séville littéraire

    et intitulé

    deux points et guillemets

    un
    Maréchal de
    France peut-il sans

    Képi être statufié à cheval

    Nous sommes venus ici pour parler

    de choses et autres

    et surtout pas de la pluie et du beau temps

    mais très particulièrement

    du sujet en peinture et d’ailleurs

    à vrai dire en peinture peu importe le

    sujet et même s’il n’y a pas ou peu

    ou presque pas ou guère plus de sujet

    l’essentiel c’est qu’il soit bon

    oui

    que ce soit un bon sujet

    le
    Bon
    Sujet

    tout est là

    et c’est pareil pour la pendule

    et itou pour la conversation

    Comme c’est beau les amandiers en fleurs

    dit le facteur

    et l’amour dit le chat

    et le souvenir

    Sur la route de
    Tourrettes

    une petite fille chantait

    c’était comme aujourd’hui

    le doux début de
    Mai

    elle chantait un cantique

    c’était beau à pleurer

    car

    elle avait changé presque toutes les paroles

    parce que presque toutes les paroles

    lui déplaisaient

    ainsi la liberté tient la

    vérité par la main

    dans la bouche des enfants

    C’est le mois des cerises

    c’est le mois le plus beau

    nous mangerons les cerises

    nous cracherons les noyaux

    Voilà ce qu’elle chantait

    au plus clair du soleil

    mon cher
    Amimayo

    et sa voix se perdait dans les
    Gorges du
    Loup

    Mais ça me rappelle

    dit le facteur

    une très très vieille ritournelle

    que chantait toujours ma sœur

    elle est morte seule aujourd’hui

    mais ça n’empêche pas bien sûr

    la chanson d’être jolie

    Une rose pleurait au jardin des olives
    Jésus
    Christ m’a fauché mes épines pour se couronner de lauriers maintenant ils vont m’arracher à la terre…

    … et je ne me rappelle pas très bien la suite

    tout ce que je sais

    c’est qu’il y avait dans l’histoire

    un homme qui s’appelait Éros

    et que la rose l’appelait en mourant.…

  • Portraits de betty

    Visa des visages vies dévisagées passeports pour les étrangers

    Il n’y a pas de miroir objectif pas plus que d’Objectivité c’est dans la glace des autres que parfois on se reconnaît

    Ici

    but le mur où chacun se ressemble

    en particulier

    tous ressemblent tous ensemble

    à
    Betty

    qui les a rassemblés.…

  • Fastueuses épaves…

    Un jour

    Kor
    Po8tma écrivait à un ami

    un de ceux qui aiment ce qu’il peint

    parce qu’il ne peint que ce qu’il aime

    Tu sais que ma peinture ne veut rien de magistral ou d’important et que j’essaie de donner une vie plus réelle aux choses insignifiantes, pauvres, simples, oubliées et jetées-Plumes et plantes objets éperdus éprouvés roseaux séchés liés déliés et brisés et papillons éparpillés
    Vieille ratière et nouveau bigarreau rebuts de liège vêtus comme des oiseaux
    Vestiges de terre et de mer de joie et de misère de lumière et de vent
    Signaux de mort signes de vie vivantes et frêles ruines

    figures de rébus tendres énigmes secrets publics

    Fastueuses épaves et fabuleux débris

    rejets du beau et mauvais temps

    dans les filets du
    Hollandais
    Volant

    à
    Sanary

    où le peintre affectueusement les a surpris

    dans leur ardente et charmante inertie

    surpris et rassemblés en pleine réalité

    c’est-à-dire en plein rêve en plein désir en plein

    mystère en plein oubli

    Là où la vie ne cesse de fondre en larmes que pour éclater en sanglots
    Là où la terre à l’horizon funèbre sommeille sous l’œil seul du soleil et puis pleurant de rire se réveille en sursaut et fait chanter ses fleurs ses mendiants ses oiseaux

    Non loin de là

    dans les
    Alpes-Maritimes

    une petite fille

    comme le peintre sur le sable

    retrouve dans le paysage de sa tête

    des choses venues elle ne sait d’où

    des choses de tristesse et de fête

    d’ailleurs et de partout

    Et ces choses ma fille les dit en chantant

    Finis les beaux bateaux d’autrefois finis finis

    Ils sont cassés en petits morceaux

    jamais jamais ils n’auront plus

    une goutte d’eau

    dans leur vie

    Ils sont en tout petits morceaux

    en petits fagots

    pour qu’ils brûlent bien

    Et l’éléphant pisse un petit coup

    C’est la fête du
    Mouton à l’ail
    Il est temps d’aller déjeuner dit
    Courtois le chien pauvre

  • Les temps modernes

    L’exposition est universelle

    La galerie des machines infernales et célestes

    Est ouverte

    Et des sergents de ville d’eau de
    Vichy

    Et de
    Lourdes

    Et de toutes les autres villes

    Et de tous les autres pays

    Dirigent la circulation du sang

    Et tout le monde fait la queue

    Pourvoir

    Au pavillon de la sidérurgie

    Une attraction sans précédent

    La liberté perdue dans une forêt de bâtons blancs.…

  • Paristambul

    Pour ceux qui l’aiment

    La ville se laisse découvrir

    Nue

    Pour les autres elle s’habille

    elle s’endimanche

    elle s’esplanade se monumente s’invalide se basilique

    et

    instantanément

    à la demande

    prend la pose plastique

    Les artistes sont très contents

    le modèle ne s’est pas fait prier

    Préconçue

    comme une idée

    la photo peut se développer

    Le cliché est un vrai cliché

    Alors apparaît
    Paris dans l’ineffable clarté

    de la blancheur
    Persil

    On peut l’emmagasiner

    C’est du tout cuit

    Mais dans la petite foule des grands reporters

    touristiques surgissent encore des vagabonds et des rêveurs

    avec leur lanterne sourde

    leur orgue de
    Barbarie

    Ainsi
    Karabuda

    comme jadis le calife des
    Mille et une
    Nuits se

    promenait dans
    Bagdad comme chez lui se promène dans
    Paris

    Que dire de sa technique

    simplement qu’entre sa boîte de
    Pandore et lui

    c’est une simple question de tact

    la machine obéit à l’homme qui obéit à la machine comme l’aveugle obéit à sa canne blanche qui lui

    obéit aussi comme le peintre parfois à son pinceau à son crayon à son outil

    Et quand la petite machine à raconter la vie

    pour son propre compte

    raconte cette vie

    Karabuda s’en laisse conter par elle

    et

    comme un ami se laisse guider

    par les rêves de son amie

    grâce à elle il surprend tous les secrets publics

    de la ville éveillée

    de la ville endormie

    Et le rideau des jours

    se lève et se baisse sur cette ville

    sur sa vie

    sur la vie

    Sur la vie caressée éblouie

    sifflée et applaudie

    par la vie

  • Dans ma maison

    Dans ma maison vous viendrez
    D’ailleurs ce n’est pas ma maison

    Je ne sais pas à qui elle est

    Je suis entré comme ça un jour

    Il n’y avait personne

    Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc

    Je suis resté longtemps dans cette maison

    Personne n’est venu

    Mais tous les jours et tous les jours

    Je vous ai attendue

    Je ne faisais rien

    C’est-à-dire rien de sérieux

    Quelquefois le matin

    Je poussais des cris d’animaux

    Je gueulais comme un âne

    De toutes mes forces

    Et cela me faisait plaisir

    Et puis je jouais avec mes pieds

    C’est très intelligent les pieds

    Ils vous emmènent très loin

    Quand vous voulez aller très loin

    Et puis quand vous ne voulez pas sortir

    Ils restent là ils vous tiennent compagnie

    Et quand il y a de la musique ils dansent

    On ne peut pas danser sans eux

    Faut être bête comme l’homme l’est si souvent

    Pour dire des choses aussi bêtes

    Que bête comme ses pieds gai comme un pinson

    Le pinson n’est pas gai

    Il est seulement gai quand il est gai

    Et triste quand il est triste ou ni gai ni triste

    Est-ce qu’on sait ce que c’est un pinson

    D’ailleurs il ne s’appelle pas réellement comme ça

    C’est l’homme qui a appelé cet oiseau comme ça

    Pinson pinson pinson pinson

    Comme c’est curieux les noms

    Martin
    Hugo
    Victor de son prénom

    Bonaparte
    Napoléon de son prénom

    Pourquoi comme ça et pas comme ça

    Un troupeau de bonapartes passe dans le désert

    L’empereur s’appelle
    Dromadaire

    Il a un cheval caisse et des tiroirs de course

    Au loin galope un homme qui n’a que trois prénoms

    Il s’appelle
    Tim-Tam-Tom et n’a pas de grand nom

    Un peu plus loin encore il y a n’importe qui

    Beaucoup plus loin encore il y a n’importe quoi

    Et puis qu’est-ce que ça peut faire tout ça

    Dans ma maison tu viendras

    Je pense à autre chose mais je ne pense qu’à ça

    Et quand tu seras entrée dans ma maison

    Tu enlèveras tous tes vêtements

    Et tu resteras immobile nue debout avec ta bouche rouge

    Comme les piments rouges pendus sur le mur blanc
    Et puis tu te coucheras et je me coucherai près de toi

    Voilà
    Dans ma maison qui n’est pas ma maison tu viendras

  • Cœur de docker

    Cœur de docker

    C’est le titre de ma chanson

    Ça se passe à
    Anvers ou à
    Hambourg ou à
    Dunkerque

    Le docker est debout sur le quai sur sa poitrine à la place du cœur un autre cœur est tatoué
    C’est le cœur de la fille sans cœur et dessous son histoire est marquée

    Son père était cardiaque sa mère était patraque

    Un beau jour c’est le jour de la
    Saint-Cric-Crac la fille sans cœur est à l’hôpital et le docker arrêté devant la porte a des oranges dans les mains

    Mais voilà la fille qui devient morte et le docker ouvre les mains

    Roulez oranges roulez dans le ruisseau dans le port vous pourrirez avec les vieux morceaux de liège

    Portrait de la fille sans cœur

    dans un médaillon en forme de cœur

    au fond d’un tiroir vous traînez

    et le docker a mal à son cœur

    dans un couloir il est tombé

    et toutes les filles autour de lui se mettent à pleurer

    Dehors

    c’est la fête foraine

    le nougat la musique

    et les balançoires à vapeur

    Et tout s’est mis à balancer

    des souvenirs sont revenus

    Souvenirs

    vous grattez le cœur du pauvre docker

    et vous le prenez par la main

    et vous l’emmenez là où travaillait sa belle

    Et devant le lit l’homme est tombé

    Dehors

    arrive la plainte du manège

    Chevaux aux yeux bleus et mal peints

    chevaux à la crinière de crin

    vous tournez sans jamais être ivres

    et jamais vous ne dites rien

    Mais déchirante et déchirée

    la musique tourne sans arrêt

    Chansons de bois pour les chevaux de bois chansons de fer pour les chemins de fer la musique c’est toujours la musique tantôt bonne tantôt mauvaise

    Le cœur fait le joli cœur à la recherche d’un autre cœur comme il est sentimental au printemps comme il bat en écoutant la romance

    Cœur de docker

    C’est le titre de ma chanson.…

  • Imaginoires

    Veuves blanches du matin
    Black
    Widow du soir livides fées d’hiver que leur histoire dévore

    Imaginoires

    le creux, le vide

    l’homme de neige et la mort

    Imaginoires

    les amoureux d’amiante

    enfin seuls réunis

    assis sur un poêle rouge et noir

    contemplent frémissants

    les ruines d’une bougie

    Imaginoires

    la clef des songes

    affolée

    dans la serrure rouillée

    de la réalité

    Imaginoires

    les souterrains, les zèbres et la glace brisée la peinture, le peintre l’atelier, le chevalet

    Imaginoires

    le blanc

    Imaginoires

    le noir

    Imaginoires

    l’inimaginable magie

    du manège des images, des visages et des mirages

    de la vie

    Imaginoires

    le peintre habite
    Arcueil

    et de sa fenêtre on peut voir

    les quelques arbres aux quelques feuilles

    et puis dans le lointain

    les dernières lumières du soir

    crépiter sur les vitres

    des casernes ouvrières du
    Kremlin-Bicêtre

    avec encore plus loin

    une invraisemblable et obsédante fabrique

    de boutons de guêtre

    Imaginoires

    quand il en manque un à la fin de la dure journée un ouvrier tiré au sort termine collé au mur sa pauvre destinée

    Imaginoires

    les lueurs, les clameurs de l’aurore

    Imaginoires

    Mais l’on peut voir aussi bien sûr

    Et tout bonnement

    parce qu’il habitait là

    du temps de son magnifique vivant

    l’ombre solaire du marquis de
    Sade

    qui se promène devant

    l’école d’Arcueil

    dans les feux du couchant

    et qui donne en passant

    de grands coups de chapeau

    marquis

    à l’ombre bienveillante et douce

    d’Erik
    Satie

    Imaginoires

    Vous dis-je

    et curieux à entendre

    le délirant concert des vieux enfants prodiges

    de l’école d’Arcueil
    Cachan

    quand ils jouent de mémoire

    surgissant des décombres du temps

    les
    Morceaux en forme de poire

    et le
    Prélude
    Flasque pour un chien

    à l’occasion

    du vernissage

    des nouveaux souterrains de
    Vasarely

    petite ville de
    Hongrie

    récemment découverte aux portes de
    Paris

    Imaginoires

    la critique d’art

    Imaginoires

    l’abbé
    Moral

    sans oublier
    Waldemar
    George
    Ohnet

  • J’attends

    J’attends le doux veuvage j’attends le deuil heureux

    Il a mis en veilleuse ma lampe d’Aladin il m’a appelée menteuse et je ne disais rien

    J’attends le doux veuvage j’attends le deuil heureux

    En entrant au bordel il a retiré son alliance et là il a choisi

    une femme à ma ressemblance
    Et puis de tous mes noms et prénoms et surnoms fébrilement il l’a insultée et subitement il l’a fouettée
    Avec moi il n’osait

    Tu es ma chienne ton seul nom c’est
    Fidèle et pour moi fais la belle
    Voilà ce qu’il lui disait

    J’attends le doux veuvage j’attends le deuil heureux

    Et puis

    il s’est jeté sur moi

    comme sur sa pire ennemie

    et il m’a embrassée

    et il m’a caressée

    et j’étais pleurait-il

    tout l’amour de sa vie

    J’attends le doux veuvage j’attends le deuil heureux

    Déjà mon amoureux lave le sang du meurtre dans les eaux de mes yeux.…

  • Salut a l’oiseau

    Je te salue

    geai d’eau d’un noir de jais

    que je connus jadis

    oiseau des fées

    oiseau de feu oiseau des rues

    oiseau des portefaix des enfants et des fous

    Je te salue

    oiseau marrant

    oiseau rieur

    et je m’allume

    en ton honneur

    et je me consume

    en chair et en os

    et en feu d’artifice

    Isur le perron de la mairie de la place Saint-Sulpice à Paris où tu passais très vite lorsque j’étais enfant riant dans les feuilles du vent Je te salue oiseau marrant oiseau si heureux et si beau oiseau libre

    oiseau égal

    oiseau fraternel

    oiseau du bonheur naturel

    Je te salue et je me rappelle

    les heures les plus belles

    Je te salue oiseau de la tendresse

    oiseau des premières caresses

    et je n’oublierai jamais ton rire

    quand perché là-haut sur la tour

    magnifique oiseau de l’humour

    tu clignais de l’œil

    en désignant de l’aile

    les croassants oiseaux de la morale

    les pauvres échassiers humains

    et inhumains

    les corbeaux verts de Saint-Sulpice

    tristes oiseaux d’enfer

    tristes oiseaux de paradis

    trottant autour de l’édifice

    sans voir cachés dans les échafaudages

    la fille entrouvrant son corsage

    devant le garçon ébloui par l’amour

    Je te salue

    oiseau des paresseux

    oiseau des enfants amoureux

    Je te salue

    oiseau viril

    Je te salue

    oiseau des villes

    Je te salue

    oiseau des quatre jeudis

    oiseau de la périphérie

    oiseau du Gros-Caillou

    oiseau des Petits-Champs

    oiseau des Halles oiseau des Innocents

    Je te salue

    oiseau des Blancs-Manteaux

    oiseau des Roi-de-Sicile

    oiseau des sous-sols

    oiseau des égoutiers

    oiseau des charbonniers et des chiffonniers

    oiseau des casquettiers de la rue des Rosiers

    Je te salue

    oiseau des vérités premières

    oiseau de la parole donnée

    oiseau des secrets bien gardés

    Je te salue

    oiseau du pavé

    oiseau des prolétaires

    oiseau du Premier Mai

    Je te salue

    oiseau civil

    oiseau du bâtiment

    oiseau des hauts fourneaux et des hommes vivants

    Je te salue

    oiseau des femmes de ménage

    oiseau des bonshommes de neige

    oiseau du soleil d’hiver

    oiseau des Enfants Assistés

    oiseau du Quai aux fleurs et des tondeurs de chiens

    Je te salue

    oiseau des bohémiens

    oiseau des bons à rien

    oiseau du métro aérien

    Je te salue

    oiseau des jeux de mots

    oiseau des jeux de maina

    oiseau des jeux de vilains

    Je te salue

    oiseau du plaisir défendu

    oiseau des malheureux oiseau des meurt-de-faim

    oiseau des filles mères et des jardins publics

    oiseau des amours éphémères et des filles publiques

    Je te salue

    oiseau des permissionnaires

    oiseau des insoumis

    oiseau du ruisseau oiseau des taudis

    Je te salue

    oiseau des hôpitaux

    oiseau de la Salpêtrière

    oiseau de la Maternité

    oiseau de la cloche

    oiseau de la misère

    oiseau de la lumière coupée

    Je te salue

    Phénix fort

    et je te nomme

    Président de la vraie république des oiseaux

    et je te fais cadeau d’avance

    du mégot de ma vie

    afin que tu renaisses

    quand je serai mort

    des cendres de celui qui était ton ami.…