Poésie, poètes, ressources et plus

  • Rappelle-toi

    (Vergiss mein nicht)
    (Paroles faites sur la musique de Mozart)

    Rappelle-toi, quand l’Aurore craintive
    Ouvre au Soleil son palais enchanté ;
    Rappelle-toi, lorsque la nuit pensive
    Passe en rêvant sous son voile argenté ;
    A l’appel du plaisir lorsque ton sein palpite,
    Aux doux songes du soir lorsque l’ombre t’invite,
    Ecoute au fond des bois
    Murmurer une voix :
    Rappelle-toi.

    Rappelle-toi, lorsque les destinées
    M’auront de toi pour jamais séparé,
    Quand le chagrin, l’exil et les années
    Auront flétri ce coeur désespéré ;
    Songe à mon triste amour, songe à l’adieu suprême !
    L’absence ni le temps ne sont rien quand on aime.
    Tant que mon coeur battra,
    Toujours il te dira
    Rappelle-toi.

    Rappelle-toi, quand sous la froide terre
    Mon coeur brisé pour toujours dormira ;
    Rappelle-toi, quand la fleur solitaire
    Sur mon tombeau doucement s’ouvrira.
    Je ne te verrai plus ; mais mon âme immortelle
    Reviendra près de toi comme une soeur fidèle.
    Ecoute, dans la nuit,
    Une voix qui gémit :
    Rappelle-toi. Continuer la lecture

    Rappelle-toi

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  • Millibars de l’orage

    N’apaisons pas le jour et sortons la face nue face aux pays inconnus qui coupent aux oiseaux leur sifflet le guet-apens s’ouvre le long d’un bruit de confins de planètes. ne fais pas attention aux chenilles qui tissent souple mais seulement aux millibars qui se plantent dans le mille d’un orage à délivrer l’espace où se hérissent le coeur des choses et la venue de l’homme Rêve n’apaisons pas parmi les clous de chevaux fous un bruit de larmes qui tâtonne vers l’aile immense des paupières Continuer la lecture

    Millibars de l’orage

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  • La géante

    Sonnet.

    Du temps que la Nature en sa verve puissante
    Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
    J’eusse aimé vivre auprès d’une jeune géante,
    Comme aux pieds d’une reine un chat voluptueux.

    J’eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
    Et grandit librement dans ses terribles jeux ;
    Deviner si son coeur couve une sombre flamme
    Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux ;

    Parcourir à loisir ses magnifiques formes ;
    Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
    Et parfois en été, quand les soleils malsains,

    Lasse, la font s’étendre à travers la campagne,
    Dormir nonchalamment à l’ombre de ses seins,
    Comme un hameau paisible au pied d’une montagne. Continuer la lecture

    La géante

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  • À qui la faute

    Tu viens d’incendier la Bibliothèque ? – Oui. J’ai mis le feu là.– Mais c’est un crime inouï ! Crime commis par toi contre toi-même, infâme ! Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme ! C’est ton propre flambeau que tu viens de souffler ! Ce que ta rage impie et folle ose brûler, C’est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage Le livre, hostile au maître, est à ton avantage. Le livre a toujours pris fait et cause pour toi. Une bibliothèque est un acte de foi Des générations ténébreuses encore Qui rendent dans la nuit témoignage à l’aurore. Quoi! dans ce vénérable amas des vérités, Dans ces chefs-d’oeuvre pleins de foudre et de clartés, Dans ce tombeau des temps devenu répertoire, Dans les siècles, dans l’homme antique, dans l’histoire, Dans le passé, leçon qu’épelle l’avenir, Dans ce qui commença pour ne jamais finir, Dans les poètes! quoi, dans ce gouffre des bibles, Dans le divin monceau des Eschyles terribles, Des Homères, des jobs, debout sur l’horizon, Dans Molière, Voltaire et Kant, dans la raison, Tu jettes, misérable, une torche enflammée ! De tout l’esprit humain tu fais de la fumée ! As-tu donc oublié que ton libérateur, C’est le livre ? Le livre est là sur la hauteur ; Il luit; parce qu’il brille et qu’il les illumine, Il détruit l’échafaud, la guerre, la famine Il parle, plus d’esclave et plus de paria. Ouvre un livre. Platon, Milton, Beccaria. Lis ces prophètes, Dante, ou Shakespeare, ou Corneille L’âme immense qu’ils ont en eux, en toi s’éveille ; Ébloui, tu te sens le même homme qu’eux tous ; Tu deviens en lisant grave, pensif et doux ; Tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes croître, Ils t’enseignent ainsi que l’aube éclaire un cloître À mesure qu’il plonge en ton coeur plus avant, Leur chaud rayon t’apaise et te fait plus vivant ; Ton âme interrogée est prête à leur répondre ; Tu te reconnais bon, puis meilleur; tu sens fondre, Comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs, Le mal, les préjugés, les rois, les empereurs ! Car la science en l’homme arrive la première. Puis vient la liberté. Toute cette lumière, C’est à toi comprends donc, et c’est toi qui l’éteins ! Les buts rêvés par toi sont par le livre atteints. Le livre en ta pensée entre, il défait en elle Les liens que l’erreur à la vérité mêle, Car toute conscience est un noeud gordien. Il est ton médecin, ton guide, ton gardien. Ta haine, il la guérit ; ta démence, il te l’ôte. Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute ! Le livre est ta richesse à toi ! c’est le savoir, Le droit, la vérité, la vertu, le devoir, Le progrès, la raison dissipant tout délire. Et tu détruis cela, toi ! – Je ne sais pas lire. Continuer la lecture

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  • Une bonne fortune

    Il ne faudrait pourtant, me disais-je à moi-même,
    Qu’une permission de notre seigneur Dieu,
    Pour qu’il vînt à passer quelque femme en ce lieu.
    Les bosquets sont déserts ; la chaleur est extrême ;
    Les vents sont à l’amour l’horizon est en feu ;
    Toute femme, ce soir, doit désirer qu’on l’aime.

    S’il venait à passer, sous ces grands marronniers,
    Quelque alerte beauté de l’école flamande,
    Une ronde fillette, échappée à Téniers,
    Ou quelque ange pensif de candeur allemande :
    Une vierge en or fin d’un livre de légende,
    Dans un flot de velours traînant ses petits pieds ;

    Elle viendrait par là, de cette sombre allée,
    Marchant à pas de biche avec un air boudeur,
    Ecoutant murmurer le vent dans la feuillée,
    De paresse amoureuse et de langueur voilée,
    Dans ses doigts inquiets tourmentant une fleur,
    Le printemps sur la joue, et le ciel dans le coeur.

    Elle s’arrêterait là-bas, sous la tonnelle.
    Je ne lui dirais rien, j’irais tout simplement
    Me mettre à deux genoux par terre devant elle,
    Regarder dans ses yeux l’azur du firmament,
    Et pour toute faveur la prier seulement
    De se laisser aimer d’une amour immortelle. Continuer la lecture

    Une bonne fortune

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