La fleur au fusil

L’oreille à la puce

petit personnage

tout perdre

nous irons nos quatre volontés

radeau des naufrages

aux quatre angles de longitude

La grande nuit que l’on conquiert

à coups de bocks

de jurons

de peines

videz la coupe

videz-la nom de dieu

videz les lieux

videz le temps

videz la peur de vivre

J’en reviens

je porte mon identité à tout hasard

dans mon ombre dévorée

dans mon ombre dérobée

je n’ai plus ma vertu ancienne

je n’ai pas un mot à dire

je n’ai

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Le sultan

Dans les montagnes de Cachemire

Vit le sultan de Salamandragore

Le jour il fait tuer un tas de monde

Et quand vient le soir il s’endort

Mais dans ses cauchemars les morts se cachent

Et le dévorent

Alors une nuit il se réveille

En poussant un grand cri

Et le bourreau tiré de son sommeil

Arrive souriant au pied du lit

S’il n’y avait pas de vivants

Dit le sultan

Il n’y aurait pas de morts

Et le bourreau répond D’accord

Que tout le reste y passe alors

Et qu’on n’en parle

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Le geôlier sous la peau

L’insistante aiguille bien ancrée
Dans la chair de poule
De sa mémoire junky,
S’infiltre dans son tendre bras de baby-doll
Sous l’oeil d’un scorpion perdu dans les herbes folles,
Qui s’avance, encravaté de fièvre sourde

Poupée sans escale, esclave du venin
Qui trône dans son sang de mescaline,
Elle voit défiler des couturiers en habits nus
Sous la toile de latex de sa came isole échancrée

Quand elle sent monter la faim
Elle dévore sa soupe
De viande rouge
Encore

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NoËl des ramasseurs de neige

Nos cheminées sont vides

nos poches retournées

ohé ohé ohé

nos cheminées sont vides

nos souliers sont percés

ohé ohé ohé

et nos enfants livides

dansent devant nos buffets

ohé ohé ohé

Et pourtant c’est
Noël

Noël qu’il faut fêter

fêtons fêtons
Noël

ça se fait chaque année

ohé la vie est belle

ohé joyeux
Noël

Mais v’ià la neige qui tombe

qui tombe de tout en haut

elle va se faire mal

en tombant de si haut

ohé ohé ého

Pauvre neige nouvelle

courons courons vers elle

courons

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L’ecorché vif

Je vous donne ma crampe

d’aède perpétuellement entre vie et mort

Je vous restitue cette lueur

puisée à même

le brasier enseveli de vos fureurs

Il n’a pas faibli lorsqu’on

l’a assis de force

sur la balance chauffée à blanc

de la très moderne inquisition

Il connaissait les règles du jeu

l’étiquette de la grande cérémonie

Il pensait très fort à autre chose

et c’est cela qui a sauvé son âme

Il se surprend à dire :

Mon pays, ce n’est

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Le fil des jours

La vie de Loris tient encore le bon (si l’on peut dire) bout de ce fil tendu à Paris, du centre à la périphérie.

En équilibre libre et sans cesse menacé il a marché, dansé, chanté sur lui, mais c’était un fil barbelé et trop souvent Loris est tombé. Ses dessins sont les radios des cicatrices de sa vie.

L’humour appartient à tout le monde même si personne n’en sait rien.

Celui de Loris n’appartient qu’à lui. De même que les mémoires, les lettres

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Idylle

Quand viendra le soir du monde que les réverbères seront

de grandes filles immobiles un nœud jaune aux cheveux

et le doigt sur la bouche

quand la lumière dans la vitre coupera sa natte et fera

frire ses œufs dans une goutte de sang prise à la neige des

blessés

que le vin lourd de midi lancera du grain aux étoiles

de minuit il y aura dans mon âme les légères corbeilles

du brouillard qui seront sommées de verser des bennes de

lumière

la solitude ouvrira de minuscules fenêtres

sur la

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De neige rouge pour noël arnaud

Doigté de fer

dans le tunnel de vieux velours

qui passe à travers soi

pour joindre l’ancien double d’ombre

doigté de fer

dans la dentelle de la nuit

qui dégage l’anonymat

la valise pleine de neige neuve

stupéfiante de clarté

doigté de fer

dans le corsage des nuages

dans le grand nid circulaire du monde

dans l’avenir

Des salves de métaphores

aux seins rouges

éclatent comme des fûts de minium

Des mots de vieux mots dangereux

aux voyelles ivres de vivre

aux haillons

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À Éléonore (III)

Ah ! si jamais on aima sur la terre,
Si d’un mortel on vit les dieux jaloux,
C’est dans le temps où, crédule et sincère,
J’étais heureux, et l’étais avec vous.
Ce doux lien n’avait point de modèle :
Moins tendrement le frère aime sa sœur,
Le jeune époux son épouse nouvelle,
L’ami sensible un ami de son cœur.
Ô toi, qui fus ma maîtresse fidèle,
Tu ne l’es plus ! Voilà donc ces amours

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Je me de de

Je me vermine

je me métaphysique

je me termite

je m’albumine

je me métamorphose

je me métempsychose

me dilapide

je n’en aurai jamais fini

Je me reprends

je me dévore

je me sournoise

je me cloaque et m’analyse

je me de de

je m’altruise

je deviens mon altcr ego

je me cache sous les couvertures

je transpire l’angoisse

je vais crever madame la marquise

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Terre plastique

Terre de nage rouge au sang de vent

prime au crime de pair avec hélas

tournante de soleil et les bergers

boivent les neiges éternelles

fondues aux hanches des montagnes

Trois fois rien pour la plaine exsangue

aux ventouses de candélabres

et les rochers camoufleurs

jettent des pierres de silence

Et moi qui n’ai jamais dit adieu à personne

apprenez que je suis aussi en vous

Celle que je ne reverrai plus jamais est en moi

je ne lui ai pas dit adieu

pour notre dernier regard embué

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J’aime

J’aime ce grand moment, fluide comme un mirage,
Quand la vive clarté tend à s’évanouir,
Quand le vent mollissant caresse le rivage
Et quand déjà le jour n’est plus qu’un souvenir…

J’aime cette heure ambrée, sublime et solennelle
Où la montagne exhale un arôme de miel,
Où seul le vol léger de quelques hirondelles
Trouble encor le silence et déchire le ciel…

J’aime ce riche instant, cet unique intervalle
De grâce d’espérance et de félicité,
Cette douce

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Aimer est un destin charmant

Élégie VIII.

Aimer est un destin charmant ;
C’est un bonheur qui nous enivre,
Et qui produit l’enchantement.
Avoir aimé, c’est ne plus vivre,
Hélas ! c’est avoir acheté
Cette accablante vérité,
Que les serments sont un mensonge,
Que l’amour trompe tôt ou tard,
Que l’innocence n’est qu’un art,
Et que le bonheur n’est qu’un songe.

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Nocivité de l’imbecillite

Saouls, des permissionnaires en route vers la gare de l’Est, à chaque station passaient la tête par la portière et gueulaient un refrain imbécile et déjà ancien :

Il est cocu le chef de gare!

Cette chanson bien française est aussi connue que tas d’autres très belles et jamais oubliées, mais sa dérisoire nocivité perturbe encore la cérémonie nuptiale quand un chef de gare se marie.

Bien sûr, personne ne la chante ni même ne la fredonne mais de discrets clins d’oeil

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Cercle non vicieux

Penser est trop bruyant

a trop de mains pousse trop de hannetons

Du reste je ne me suis jamais trompé

les hommes ne m’ont jamais déçu ils ont des regards qui

les débordent

La nature n’est pas compliquée

Toutes mes suppositions sont justes

Toutes mes implications fructueuses

Aucun cercle n’est vicieux

Creux

Il n’y a que mes genoux de noueux et qui s’enfoncent

pierreux

dans le travail

des autres et leur sommeil

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Souvenir

Vingt ans après cent ans plus tard

toujours les sordides mousquetaires

toujours les mêmes traîneurs de sabre

toujours les porteurs de bannière

Enfant j’ai vu sur une image

des hommes en robe noire avec un visage vert

debout autour d’un homme qui s’appelait
Ferrer

Oh pauvres hommes vivants

comme vous avez de redoutables adversaires

toujours les mêmes sans un changement

de malheureux bourreaux

semblables à ceux d’avant.

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Poème au temps qui passe

Déjà s’en sont allées les saisons, les années,
Déjà ont disparu les semaines les mois,
Déjà se sont enfuies les heures surannées,
Déjà sont confondus hier et autrefois.

Déjà s’est envolée l’insouciante jeunesse,
Déjà sont oubliés les erreurs, les conflits,
Déjà sont adoucies les anciennes tristesses,
Déjà sont consolés les peines les soucis.

Déjà passe le temps. Dans ma mémoire blême,
Déjà gisent les pleurs, les regrets, les soupirs ;
Déjà le jour

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Empreintes

à
Freddy
Plongin

Toujours on marche dans ses pas

que ce soit dans les sables blonds

dans les glorieuses boues dans les cendres

de son destin toujours on marche dans ses pas

Sur ce trajet tracé dans l’invisible point de

chat gris à gauche point d’hirondelle à droite

point de hibou de la minuit point de souris

de la seigneurie pour cet enfant parfait

qui peut-être dans deux mille ans va vous tendre la main

Et toi tu marches dans tes pas

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