Conversation masquée

Si La nuit rime avec la mort
l’oubli prouvera que tu as tort
Si la mort défie ton ennui
Ne lui cède pas ton âme et ta vie

À l’ennui, à la mort
À la vie, à l’envie
schizophrénique
hypothétique
Lorsque le masque tombera
Seule la ferveur restera

C’est impétueux, cette cérémonieuse envie de partir
Une illusion pour tes sourires,
Languir
Puis sourire

Le masque ne sied à ravir
Qu’à ceux capables de s’en démunir

Nadia Ben Slima, 2015

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Le sablier d’absence

à
André
Lorenl

En cette nuit je crus crronément que
Dieu se promenait dans une rue que je pourrais l’y rencontrer

Je sortis de ce café célèbre en vain car je ne vis personne sur les chemins que j’inventai

Il s’en fallut de peu que je m’écroule

au pied de ma propre statue

qui sans un geste se déplace dans mes liens.

16 octobre 1956

à
M.Wilmart

Je rêvais de cette orpheline qui ne cherche pas de parents mais le baiser de l’invisible

à la fille pure qui sait

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Configurations

à
Jacqueline
Leiner

rumeur

de remugle de mangles de coques déchirées

de graines volantes

rumeur de graines ancreuses qui savent si bien s’inventer le supplice d’une terre

(et tant pis pour ceux qui ne comprennent pas la gravité toujours à remonter de ce jeu de dérives et d echouages)

condescendance du balisage annoncée

galop précipité du fond des âges de toutes bêtes effarouchées

la langue de feu le dire

la bonne vipère exaspérée du tendre lait des hommes

Quand je me

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Tudal

Quelques lignes sur un programme, c’est tout un programme, aussi vais-je vous raconter la vie d’Antoine Tudal.

Enfant, dans une soupente il écrivit « Soupentes » et aujourd’hui les ombres de Braque et de Nicolas de Staël veillent affectueusement sur lui, mais c’est seulement de temps à autre qu’il peut vivre de sa plume, de sa machine à écrire. Pour le reste de ce temps et de l’autre il exerce différents métiers dont quelques-uns, fort heureusement,

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Façon langagière

clé de voûte

hiéroglyphes peu importe la constellation abolie jamais resserrée l’infinie combinatoire avertir déborde le noyau parle

impossible l’erreur

difficile l’errance le hochet directionnel pend aux arbres à portée de toute main le losange veille les yeux fermés ici commence

repris aux fauves le territoire sacré mal concédé des feuilles

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Noces et banquets

Dans les ruines d’une cathédrale

Un boucher pleure comme un veau

A cause de la mort d’un oiseau

Et couchée sur les dalles craquelées

Une cloche écroulée et fêlée

Montre son battant rouillé

On dirait un gros prêtre obscène

Dont le vent soulève la soutane

Et dans la sacristie en miettes

Trois ou quatre drôles en casquette

Pont la quête

A l’occasion du mariage du Ciel et de l’Enfer

Cela se passe en Angleterre

Et aussi en l’honneur de la Révolution française

Et même

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Peinture de morvan

Un paysage repose sur un chevalet mais c’est manière de dire façon de voir et de parler

Il a autre chose à faire il travaille respire et joue comme le bois la rouille la mer

les algues ou l’osier et poursuit le travail du peintre

quand le peintre l’a bien traité

L’apparente inertie d’une barque à marée basse

sur le sable mouillé d’une toile inachevée il ne faut pas s’y fier

Autant faire confiance à l’apparente absence de toute couleur d’un

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Déroute de la déroute

Fouaille dans l’épouvantail, fécal fanal, pie ! Égosille-toi dans les charbons ardents !

Lucider remonte, hirsute, la pente du cogito
Pointe sa langue hors de la gueule de la conscience
Népal de la survie, poussier de savoirs — gâche tout

Ostrogodi du gouvernail horrifie la maligne
Comtesse d’O
Fustige le sens du sens —
Aie !

Charbonnier de la mort fait fi du poids du cœur
Et obsède
Assurbanipal, toute ma troupe, du destin de
Kleist et d’Otto
Weininger

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Les marches de velickovic

1

Vers le haut

vers le bas

c’est toujours vers le vide,

ascension ou descente

et puis rien

une nuit

une fournaise

une absence de tremplin,

solitude d’un effort

où le sens de la marche

ouvre sur le manque.

2

Plus haut

plus bas

n’existent pas,

l’homme et son lambeau d’escalier

forment bloc

comme un mouvement mis sur un socle

comme un corps cloué

dans sa victoire sa défaite

car il n’importe à l’une ou l’autre

de célébrer autre chose

que la pesanteur

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L’aura des choses

II

Au premier matin

après le déluge

les hommes ont touché terre

à
Manali

presque tous s’en furent suivre le reflux des eaux dans le sens de la pente dans le sens de la vie

il y en eut trois ou quatre à contre-courant pour remonter les éboulis découvrir l’impossible

l’Himalaya autrement dit

les autres vers l’aval se donnèrent l’illusion d’avoir recréé le monde

III

Feu d’ombre source noire toujours encore le creux du corps

il y a là majesté nue

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Le poète et le poème

J’ai mal à mon poème avant ses deux naissances : sur le papier, dans mes poumons.
Il m’investit, ô concurrence comme un démon

qui ressemble à l’enfant qu’on jette à la poubelle dans la colère et le mépris !
Il m’arrache mes vers rebelles : les ai-je écrits ?

J’ai mal à mon poème au cours de l’écriture car il refuse mes leçons.
Je suis pour lui un peu d’ordure : un limaçon.

Je me demande quand je pourrai le comprendre, son rythme devenant

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Attendez-moi sous l’orme

Depuis des mois des ans
Des heures et des jours
La belle
Marion en pleurs
Sous l’orme attend l’amour
Et l’orme devient mort la belle attend toujours
Attendez-moi sous l’orme lui avait dit le
Roi
Et l’orme devient mort la belle attend toujours
Attendez-moi sous l’orme lui avait dit le
Roi
Et depuis ce jour-là
La belle
Marion en larmes
La belle
Marion en larmes
Sous

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Le mont des oliviers

LE
SILENCE

S’il est vrai qu’au
Jardin sacré des Écritures,

Le
Fils de l’homme ait dit ce qu’on voit rapporté;

Muet, aveugle et sourd au cri des créatures,

Si le
Ciel nous laissa comme un monde avorté,

Le juste opposera le dédain à l’absence

Et ne répondra plus que par un froid silence

Au silence éternel de la
Divinité.

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à l’impératif

Objets, valsez, valsez !
Les choses trop humaines…
Une cuiller pour ramasser le paradis.
Une corniche en deuil.
Si les trottoirs se gênent
Quand je les lave…
Encore un soleil inédit.

Le buvard boit le sang des gazelles blessées.
Biographie d’une serrure.
Le vautour
Entre en clinique après-demain.
Mur de lycée
Couvert de graffiti.
La ville sent l’amour

Et le colimaçon.
Devinez-vous l’hypnose
Du poignard qui pénètre dans l’œil ?
Kimono

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Le creuset du poème

Je voudrais t’expliquer pourquoi

depuis que je suis ici

un rien m’émeut

le moindre spectacle inhabituel

la moindre manifestation de vie

Je t’ai demandé parfois

si tu croyais que ce faisant

je n’étais pas devenu trop sensible

si je n’étais pas victime

de cette entreprise d’infantilisation

dont on nous assaille

et que je ne connais que trop

t’en ayant décrit les grosses ficelles

et chaque fois

tu protestais que non

que moi

je ne deviendrais jamais un

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Ferrets de la reine noire

A l’autre extrémité de l’archet, le marché aux poissons déroule ses fastes aux lueurs sidérales du diodon, du coffre et de toute la gamme, du jaune soufre au violet évêque par les plus hardies zébrures, les plus savants mouchetages, les plus capricieux glaçages, de vrais poissons-paradis ardents comme des gemmes.
Ce qui confère à cette pauvre lucarne en plein ciel son trouble caractère, c’est aussi que viennent mourir à elle quelques étincelles du luxe et

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Tes rêves et ton berceau

Tu grandis si vite

Et t’éloignes en silence

Autour de toi gravite

Cette liberté immense
Tu abandonnes tes repères

Tes rêves et ton berceau

Et tout ce que tu digères

Devient de longs sanglots
Tu grandis si vite

Et pleures en silence

Autour de toi s’évite

La prison « insolence »
Tu abandonnes les cimes

De ton berceau de lumière

Et tout ce que tu dessines

A une coloration délétère
Thomas Chaline, 2016

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À Éléonore (II)

Dès que la nuit sur nos demeures
Planera plus obscurément ;
Dès que sur l’airain gémissant
Le marteau frappera douze heures ;
Sur les pas du fidèle Amour,
Alors les plaisirs par centaine
Voleront chez ma souveraine,
Et les voluptés tour-à-tour
Défileront devant leur Reine ;
Ils y resteront jusqu’au jour ;
Et si la matineuse aurore
Oubliait d’ouvrir au soleil
Ses larges portes de vermeil,
Le soir ils y seraient encore.

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La nuit

Toujours le malheureux t’appelle,
Ô Nuit, favorable aux chagrins !
Viens donc, et porte sur ton aile
L’oubli des perfides humains.

Voile ma douleur solitaire ;
Et lorsque la main du Sommeil
Fermera ma triste paupière,
Ô dieux ! reculez mon réveil ;

Qu’à pas lents l’Aurore s’avance
Pour ouvrir les portes du jour ;
Importuns, gardez le silence,
Et laissez dormir mon amour.

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