Lumières sur l’eau éteinte

L’homme est entré en moi il y a vingt et un ans

A la porte ! ordonne ma nostalgie

Trouble-fête

Ton évidence était maléfique

Et chacune de tes hypostases un déni de justice

La trace de tes pas ne vaut pas le vent qui l’efface

Grandeur douce à la mort

Qu’un homme trahisse son espèce transfigure votre avenir

Et toi

Femme

Séparée du monde représenté par ta volonté de dépassement

Tu sépares l’homme de lui-même en projetant sur lui ta

lumière incréée
Douce

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Un vautour déraciné

Dans le ciel moins qu’un signe

sur terre mieux qu’un démon

de tous les volatiles le vautour

a la sale réputation

d’un patient charognard au fumet de vidange

qui ne mange que la mort

et les festins pourris.

Le milan est royal en cela même qu’il tue

le vautour infernal en cela

qu’il nettoie jusqu’à l’os, ô symboles!

Ce point là-haut si lourd

sur quoi régnerait-il?

Il n’a pas idée de son règne.

Il a faim et son œil

traque parmi les pierres

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La réalité est une niche…

La réalité est une niche

où rêve un grand chien triste et fou

devant un bocal d’air liquide

où crève un vieux poisson volant

qui se métamorphose dans le vide

en Alexandre le Grand

ou en cure-dent

Et c’est bien autre chose encore pour les gens de mauvaise humeur pour les gens du mauvais amour qui se baladent dans tous les sens et sauf dans celui de l’humour D’ailleurs

dans l’argot des croque-morts on appelle le cimetière le Cirque

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Quatre moments

«
Il y a trois moments dans l’existence : hésiter, hésiter, puis à la fin mourir », disait un romancier uruguayen, je pense.
Moi, je me mets à réfléchir;

j’en verrais plutôt quatre : agoniser, agoniser, mourir et puis refuser d’être.
Ce principe fatal, paraît-il trop rusé ?
Le paradoxe est de connaître

la certitude et les incertitudes entremêlées.
Une agonie, je le prétends, est la rançon de la conscience et ne s’élude ni dans l’esprit ni dans

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Continuaciôn de la gravedad

Il agonisait

l’aigle sénile de La Coruna

Les dignitaires chiens couchants

défilaient dans les antichambres du Pardo

flairaient les miasmes du caveau

de leur propre décrépitude

« Continuaciôn de la gravedad »

Maria, Carmen et sa sœur Dolores

José, Pedro et Antonio alias Marti

arrêtés hier à Barcelone

« explosifs, grande quantité de matériel de propagande saisis

organisation démantelée »

Ce matin

les murs de Barcelone

sont couverts d’inscriptions

Dans chaque boîte aux lettres

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Lettre au baron mollet

Paris, le 23 novembre 1961

Mon fils,

C’est ton perce-héros au doux rire si saoul qui t’envoie un mot pour te dire combien il a été heureux et fier de la fête du Ha-Ha donnée en ton bonheur et où tu as été triomphalement – et pourtant rien ne vaut le triomphe français – reçu par la Régente Ursula Vian-Kûbler, qui était ce soir-là belle comme le jour ou la nuit où Boris Vian la vit pour la première fois.

Tous les amis, les amis de l’Urs et les tiens étaient

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Unique religion

On aura une vie sublime

Qui n’existe pas dans les films

Une vie ensoleillée sans averse

De rires et de sucreries diverses
Notre palais sera de bois

Niché au cœur d’une forêt

Sous les pins maritimes, nos secrets

A l’abri de tout juge, toute lois
Il n’y aura qu’une saison

Aucune espèce végétale ne se fanera

Nous aurons pour unique religion

La paix, l’amour et l’immense joie
Cette vie, on l’aura fabriquée

A coup de silence et de volonté

Dans ce monde qui se bouscule

Nous arrêterons

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Les coeurs se détachent

Un éclair de fer allumait les flots gonflés,

Qui prirent une couleur d’argent nous parcourant,

Le soleil jetait ses derniers feux sur nos flancs,

Tandis que mon âme capturait ses pensées.
Dans ce ciel obscurci, piqueté d’étoiles,

Le masque de mort glissait sur nos visages,

Nos pupilles gravées d’un regard amical,

Et nos cœurs contenus dans la même cage,
Une flamme tapie dans le fond de ses yeux,

Consumée par l’ombre de tous mes cauchemars,

Et d’un puissant frisson, je sentis son départ,

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Un instant de paix

Sur les courbes de son épaule,

Pour me plaire, je les isole,

Ces morceaux de paix qui s’envolent,

Vers l’ivresse à fuir le contrôle,
Sur ses joues, gardiennes de flammes,

Je découvre là, en me penchant,

Les fleurs qui reflètent son âme,

La paleur de l’arum qui se sent,
Dans le creux de sa paume sucrée,

Où ma main retrouve son abri,

La protégeant de toutes les pluies,

Et la réchauffe des vents passés,
Dans ses bras, je me suis donc posé,

Pour entendre ce chant, cet écho,

Celui du cœur

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L’écho de nos silences

On s’enverra des cœurs

A remplir nos solitudes

Et des tulipes de couleurs

Comme on n’a plus l’habitude
On se réchauffera l’âme

Depuis longtemps délaissée

On s’attribuera des Palmes

Pour chacune de nos qualités
Dans le désert bleu ciel

Nos sourires en souffrances

Combleront de plus belle

L’écho de nos silences
Thomas Chaline, 2016

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Dans le poulailler urbain

Dans le poulailler urbain

Le français râle et hurle pour rien

Il insulte et frappe son prochain

Le français ne comprend rien
Il est nerveux et a perdu

Les valeurs humaines répandues

Jadis par les religions et les bons saints

Le français a perdu la main
Alors il s’étouffe et il s’enserre

Dans sa routine, il désespère

Il ne prend plus le temps pour lui

Le français, peu à peu, se détruit
Thomas Chaline

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Ascension

Ascension de la dune

L’exploit de mes enfants

Du vent et de la brume

Le merveilleux printemps
Ascension éphèmère

Et les rires insouciants

Dans le sable lunaire

Tout contre l’océan
Ascension fulgurante

Et au bout du chemin

Sur le toit du monde

Rien ne nous atteint
Thomas Chaline

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Au revoir

Puisqu’il n’y aura pas de lendemain commun

le ciel qui nous berce ne semblant pas le même

puisque le temps qui coule érode nos chemins

avec peu d’égards pour les graines que l’on sème.
Puisque j’aurais aimé replonger dans tes yeux

te parler de mon coeur, écouter tes tirades

dormir tout contre toi, se balader à deux

et voir le monde ensemble pour le rendre moins fade.
Puisque si tu voulais pleinement me revoir

tu saurais proposer une clé à ce puzzle

faire jour là où tu vois encore

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Le chant des sirènes

Dans une étendue d’âmes qui se désirent,

Les vagues s’imprègnent les unes des autres,

Le temps suspend son vol pour que son sourire,

Conquiert des cœurs encore sauvages, les nôtres.
Et, dans cette tempête qu’est notre affection,

C’est le plus noir des démons qui la chevauche,
Mais, seule toi, amène l’hiver aux enfers,

Réchauffe les mondes d’un souffle solaire,

Vole les maux, la nuit, telle une sirène,
Tu gouvernes une autre voile que la mienne,

Mais nous naviguerons sur le même

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Quotidien (voyage)

À ces mots parfois enivrants

qui sont le chant de nos pensées

et le pont vers nos sentiments,

mais peuvent aussi bien nous blesser.
À ces images que l’on capture

instants dévoilant d’autres vies,

d’autres lieux et d’autres allures,

qui deviennent un peu nous aussi.
À ces pensées qui nous travaillent

lorsque la route étale nos pas

pour que les fils de nos mailles

s’étirent et tissent leur ouvrage.
À ces heures creuses et ces heures pleines

au temps qui devient ce qu’il est

la contemplation

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Colère d’un printemps

Tu piques dans la caisse

L’argent des contribuables

Car ce n’est que la paresse

Ta qualité honorable
Tu joues à quitte ou double

La lenteur de la justice

Les électeurs t’adoubent

Ta force est ton artifice
Quand l’heure des comptes viendra

Sous la colère d’un printemps

Tu prieras encore tous les vents

Pour t’échapper par là
Thomas Chaline, 2017

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Les hommes se sont mis à plusieurs

Je voulais sortir quelques heures

Respirer l’air, m’abandonner

Je voulais sortir en courant d’air
Je voulais partir quelques heures

Sentir le vent sur mon visage

Je voulais partir en courant d’air
Mais l’air est sale et pollué

Les hommes se sont mis à plusieurs

Pour massacrer mon bon air

Pour détruire mon petit bonheur
Je voulais trainer quelques minutes

Sous la pluie battante de l’Eté

Je voulais trainer quelques minutes
Je voulais marcher un moment

Sur les chemins désertés

Je voulais marcher

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Exquise souffrance

Exquise souffrance, tendre saveur,

celle qu’il m’offre dans son regard,

prisonnière d’un doux labeur,

j’avance à tâtons dans le noir.
Je suis happée par sa douceur,

si vive et franche comme un poignard,

la lame froide et sans candeur,

me réveille d’un rêve hagard.
Exquise bise et beau projet,

que le souffle de son âme vive,

me berçant de ses grandes idées,

tandis que nos cœurs se ravivent.
Ses mains sont là mais en retrait,

prometteuses quand elles s’activent,

et choisissent de se

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Tanière d’azur

Dans ma tanière d’azur ancestrale,

j’entends le monde à grands moteurs faire trembler mes montagnes.

je l’entends avec douleur bousculer la lune

et ce qui reste d’étoiles.

Et je prie l’âme bienveillante

solidement accrochée au dessus de mon berceau,

d’enrayer ces moteurs et de ralentir la course de leurres
Il nous faut retravailler la chaussée et les petits ponts

qui traversent nos silencieux vallons blasés,

refleurir nos collines de mots chaleureux et de laines cousues mains
Thomas

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Dans le marbre des esprits innocents

Et le soleil se couche, rouge de honte

d’avoir illuminé des armées entières,

d’avoir participé aux guerres.

Rouge de trouille de devoir se lever à nouveau

et réveiller les bombardements,

creuser les torrents de larmes rouge-sang

et des peurs gravées dans le marbre des esprits innocents.
Thomas Chaline, 2016

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