à cor et a cri

Dans tous les coins de la planète

les bobines de fil blanc

se tordent de rire comme

de petites baleines si l’on peut dire cependant

que dans mon tiroir les bobines

de fil rouge s’agitent poussent

des cris lamentables

Elle ont lu le sonnet des

voyelles dans les yeux d’une

femme honnête jouant les

deux orphelines sur un boulevard de porcelaine

Leurs préférences iront toujours

à la belle ilote ivre aux robes

de paille secrète grimpée sur

la nuit solide pour mieux CONTINUER LA LECTURE

Garanties

Le jour se lève : on nous le garantit ?

La rosée fond : nous en verrons bien d’autres !

Le soleil est là-haut : c’est fort gentil,

mais qui va l’embrasser?
Printemps apôtre,

tu dis un verbe et la fleur va s’ouvrir, sauf que soudain, par désobéissance, elle reste fermée.
Il faut subir le déluge et la pluie : pour ma défense

je dis que l’eau est sèche.
On veut prouver au juste quoi ?
Les vérités nomades sont comme des chameaux, perdus, trouvés, sans amour, méprisants.
Le doute est fade : CONTINUER LA LECTURE

Lumières d’homme

Somnambule en plein midi

même la viande sur la fourchette

même la fourchette à la main

toujours très près des camarades

mais si loin tout de même si loin

et donner la pâtée au chien

mais je voyais la pâtée s’enfuir

le chien courir le long du mur

et j’entendais ses soupirs

et le chien voyait ma lumière

mon astre

et laissait la pâtée courir

j’avais cette lumière là sur moi

comme ça

mais ce n’était pas

ma lumière

elle était là comme ça

j’aurais voulu

j’ai tout essayé CONTINUER LA LECTURE

Chanson du mois de mai

L’âne le roi et moi

Nous serons morts demain

L’âne de faim

Le roi d’ennui

Et moi d’amour

Un doigt de craie

Sur l’ardoise des jours

Trace nos noms

Et le vent dans les peupliers

Nous nomme

Ane
Roi
Homme

Soleil de
Chiffon noir

Déjà nos noms sont effacés

Eau fraîche des
Herbages

Sable des
Sabliers

Rose du
Rosier rouge

Chemin des Écoliers

L’âne le roi et moi

Nous serons morts demain

L’âne de faim

Le roi d’ennui

Et moi d’amour

Au mois de mai

La vie est une cerise
La mort est un noyau
L’amour un cerisier. CONTINUER LA LECTURE

La femme adultère

extrait

«
Mon lit est parfumé d’aloès et de myrrhe ;
L’odorant cinnamome et le nard de
Palmyre
Ont chez moi de l’Egypte embaumé les tapis.
J’ai placé sur mon front et l’or et le lapis ;
Venez, mon bien-aimé, m’enivrer de délices
Jusqu’à l’heure où le jour appelle aux sacrifices :
Aujourd’hui que l’époux n’est plus dans la cité,
Au nocturne bonheur soyez donc invité ;
Il est allé bien loin. »
C’était ainsi, dans l’ombre,
Sur les toits aplatis et sous l’oranger sombre,
Qu’une femme parlait, et son bras abaissé
Montrait la porte étroite à l’amant empressé.
Il a franchi le seuil où le cèdre s’entrouvre,
Et qu’un verrou secret rapidement recouvre ;
Puis ces mots ont frappé le cyprès des lambris : «
Voilà ces yeux si purs dont mes yeux sont épris ! CONTINUER LA LECTURE

La Porte…

Entrée ou sortie ? Bienvenue ou au revoir ?
Ouverte le jour mais fermée le soir
Au seuil ou sur le pas, l’œil pour décider…
Le sort est scellé d’un tour de poignée

Très souvent toutes se ressemblent
Celles qui séparent comme celles qui rassemblent
Battante ou dérobée, en métal ou bois dur
Fermée sur le passé ouverte sur le futur

Frappez et on vous ouvrira dit le Prêcheur
Sonnez deux fois précisent-on au Facteur
NE PAS DERANGER ! Demande le client de la 17
ATTENTION AU CHIEN ! Prévient la petite affichette CONTINUER LA LECTURE

L’infâme adultère

Regards furtifs aux lueurs incandescentes
Caractère fautif et allure indécente
Sourires entendus et palabres bues
Promesse du fruit si peu défendu

L’infâme adultère ne dit jamais non
A l’homme délétère qui ne dit pas son nom

Investissant sur le pêché capital
Le bénéfice de l’amour marital
Spéculant sur les courbes boursières
Telle une chatte en mal de litière

Voluptueuse et enivrante imminence
Du jour promis à la jouissance
Expédiant le dîner qui précède
Au profit de l’idée qui l’obsède CONTINUER LA LECTURE

Rue de seine

Rue de
Seine dix heures et demie

le soir

au coin d’une autre rue

un homme titube… un homme jeune

avec un chapeau

un imperméable

une femme le secoue…

elle le secoue

et elle lui parle

et il secoue la tête

son chapeau est tout de travers

et le chapeau de la femme s’apprête à tomber en arrière

ils sont très pâles tous les deux

l’homme certainement a envie de partir…

de disparaître… de mourir…

mais la femme a une furieuse envie de vivre

et sa voix

sa voix qui chuchote CONTINUER LA LECTURE

La mort printanière

Réveille-toi

poème

fils de l’extrême douleur

Ce matin

nous avons marié notre plus belle femme à la mort printanière

Écrire est dérisoire. Dérisoire ce vitriol au cœur. Le ciel stérile de l’hiver. Le soleil du crime, un avorton pâle. Le silence des murailles concentriques, bâillons crénelés qui encerclent nos mains. Dérisoires nos yeux sanglants, striés de haine. Et nos paroles, pétards mouillés comme des langes à jeter. Dérisoire la ronde phtisique de nos pas dans la citadelle d’exil. Ô cet amour sauvage de la camaraderie des armes ! CONTINUER LA LECTURE

Lanterne magique de picasso

Tous les yeux d’une femme joués sur le même tableau Les traits de l’être aimé traqué par le destin sous la

fleur immobile d’un sordide papier peint L’herbe blanche du meurtre dans une forêt de chaises Un mendiant de carton éventré sur une table de marbre Les cendres d’un cigare sur le quai d’une gare Le portrait d’un portrait Le mystère d’un enfant

La splendeur indéniable d’un buffet de cuisine La beauté immédiate d’un chiffon dans le vent La folle terreur du piège dans un regard d’oiseau L’absurde hennissement d’un cheval décousu La musique impossible des mules à grelots Le taureau mis à mort couronné de chapeaux La jambe jamais pareille d’une rousse endormie et la CONTINUER LA LECTURE