Poésie, poètes, ressources et plus

  • Les grandes inventions

    Écoutez comme elle craque le soir l’armoire

    la grande armoire à glace

    la grande armoire à rafraîchir

    la grande armoire à glace à rafraîchir la mémoire des

    lièvres
    Il y a un lièvre dans chaque tiroir et chaque lièvre dans le froid rafraîchi comme un fruit glacé comme un marron

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    Les grandes inventions
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  • À Mademoiselle de Guise

    (Sur son mariage avec M. le duc de Richelieu.)Un prêtre, un oui, trois mots latins A jamais fixent vos destins ; Et le célébrant d’un village, Dans la chapelle de Montjeu, Très chrétiennement vous engage À coucher avec Richelieu ; Avec Richelieu, ce volage, Qui va jurer par ce saint nœud D’être toujours fidèle et sage. Nous nous en défions un peu ; Et vos grands yeux noirs, pleins de feu, Nous rassurent bien davantage Que les serments qu’il fait à Dieu. Mais vous, madame la duchesse, Quand vous reviendrez à Paris, Songez-vous combien de maris Viendront se plaindre à vôtre altesse ? Ces nombreux cocus qu’il a fait, Ont mis en vous leur espérance : Ils diront, voyant vos attraits, Dieux ! quel plaisir que la vengeance ! Vous sentez bien qu’ils ont raison, Et qu’il faut punir le coupable ; L’heureuse loi du talion Est des lois la plus équitable. Quoi votre cœur n’est point rendu ! Votre sévérité me gronde ! Ah ! quelle espèce de vertu Qui fait enrager tout le monde ! Faut-il donc que de vos appas Richelieu soit l’unique maître ? Est-il dit qu’il ne sera pas Ce qu’il a tant mérité d’être ? Soyez donc sage, s’il le faut, Que ce soit-là votre chimère ; Avec tous les talents de plaire II faut bien avoir un défaut. Dans cet emploi noble et pénible De garder ce qu’on nomme honneur, Je vous souhaite un vrai bonheur ; Mais voilà la chose impossible. Continuer la lecture

    À Mademoiselle de Guise

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  • Désespoir

    Si c’est Amour, pourquoi m’occitil donc,
    Qui tant aimai, et haïr ne sus onc ?
    Et s’il m’occit, pourquoi plus outre vis ?
    Et si ne vis, pourquoi sont mes devis
    De désespoir et de plaints tous confus ?
    Meilleur m’était, soudain que né je fus,
    De mourir tôt que de tant vivre, même
    Que mortel suis ennemi de moimême :
    Et ne puis, las, et ne puis vouloir bien,
    Ne voulant celle, en qui gît l’espoir mien :
    Et ne puis rien, fors ce que veut la dame,
    De qui suis serf de coeur, de corps, et d’âme.

    Être ne peut mon mal tant lamenté,
    Que de plus grand ne soye tourmenté :
    Et ne pourrais montrer si grand’douleur,
    Qu’encor plus grand ne celât mon malheur.

    Las ! je ne suis prisonnier, ni délivre :
    Et ne me tient en espoir, ni délivre
    Mon bien servir, qui de mort prend envie.

    je ne suis mort, ni je ne suis en vie,
    Me contraignant à plaindre mon malaise :
    Et raison veut toutefois que me taise
    Pour n’offenser ce que servir désire,
    Qui mon vouloir en mille parts dessire.

    L’âme connaît que de si trèsbas lieux,
    Dont mes grands pleurs montent jusques aux yeux,
    Jamais les voix ne peuvent être ouïes,
    Ni en hauteur si grande réjouies :

    Car ce mien feu, qui peu à peu me fond,
    Est dans mon coeur allumé si profond,
    Qu’il ne peut pas, bien qu’il soit grand, reluire
    Devant les yeux qui, pour mal me conduire,
    Font le Soleil de grand’honte retraire :
    Ainsi je meurs, étant contraint me taire.

    Pour moi ne vois remède suffisant,
    Ni pour ma peine aucun moyen duisant :
    Car mon désir a peur de désirer,
    Qui tant plus croît, tant plus fait empirer
    Ce mien espoir, qui peu à peu me faut,
    Et toutefois en moi point ne défaut,
    Ni s’amoindrit ma grande passion :
    Mais toujours croît par obstination.

    La Mort me suit, non pour paix me donner,
    Mais seulement pour ne m’abandonner :
    Aussi celle est, qui pallie, et adombre
    De mes travaux un non guère grand nombre :
    Parquoi je dis sans ailleurs recourir
    Qu’on peut trouver plus grand mal que mourir ;
    Mais bien meilleur est mourir à qui aime
    En grand’douleur, et peine tant extrême.

    Car, vivant, faut misérable qu’il sente
    Les grands douleurs de la peine présente,
    Ayant toujours du passé souvenir ;
    La crainte aussi de celles à venir
    Incessamment lui redouble sa peine
    Parquoi sa foi est en espoir bien vaine.

    Chétifs Amants ! aucun ne dût s’offrir
    À telle ardeur, peine à douleur souffrir
    En un espoir plus vain que l’on ne pense
    D’une, peutêtre, ingrate récompense :
    Car de l’amour la force tant aiguë
    Pour bien servir ne peut être vaincue.
    Et plusieurs fois et à la vérité
    On voit celui, qui a moins mérité,
    Être, pour vrai, le mieux récompensé,
    Qui ne dût être à tel bien dispensé.

    En telle guerre, où vertu sert de vice,
    Ne vaut avoir ferme foi, ni service.
    Puis donc qu’on m’ôte, et denie victoire,
    Qui m’était due, il est par trop notoire
    Que là où meurt, et où gloire dévie,
    C’est gloire aussi que tôt meure la vie.

    Aussi, ô Dieux, avec cette mort mienne,
    Mourront mes maux, et ma plaie ancienne,
    Mon espérance, et désir obstiné,
    Et mon arbitre en mal prédestiné,
    Mon mal, ma peine avec mes fâcheries,
    Amour aussi avec ses tromperies.

    (Elégie IV)

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    Désespoir

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  • Albertus, LX

    Un front impérial d’artiste et de poëte,
    Occupant à lui seul la moitié de la tête,
    Large et plein, se courbant sous l’inspiration,
    Qui cache en chaque ride avant l’âge creusée
    Un espoir surhumain, une grande pensée,
    Et porte écrit ces mots : Force et conviction.
    Le reste du visage à ce front grandiose
    Répondait. Cependant il avait quelque chose
    Qui déplaisait à voir, et, quoique sans défaut,
    On l’aurait souhaité différent. L’ironie,
    Le sarcasme y brillait plutôt que le génie ;
    Le bas semblait railler le haut.

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    Albertus, LX

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  • Guerre

    Je regarde la Bête pendant qu’elle se lèche Pour mieux se confondre avec tout ce qui l’entoure Ses yeux couleur de houle A Pimproviste sont la mare tirant à elle le linge sale les détritus Celle qui arrête toujours l’homme La mare avec sa petite place de l’Opéra dans le ventre Car la phosphorescence est la clé des yeux de la Bête Qui se lèche Et sa langue Dardée on ne sait à l’avance jamais vers où Est un carrefour de fournaises D’en dessous je contemple son palais Fait de lampes dans des sacs Et sous la voûte bleu de roi D’arceaux dédorés en perspective l’un dans l’autre Pendant que court le souffle fait de la généralisation à l’infini de celui de ces misérables le torse nu qui se produisent sur la place publique avalant des torches à pétrole dans une aigre pluie de sous Les pustules de la Bête resplendissent de ces hécatombes de jeunes gens dont se gorge le Nombre Les flancs protégés par les miroitantes écailles que sont les armées Bombées dont chacune tourne à la perfection sur sa charnière Bien qu’elles dépendent les unes des autres non moins que les coqs qui s’insultent à l’aurore de fumier à fumier On touche au défaut de la conscience pourtant certains persistent à soutenir que le jour va naître La porte j’ai voulu dire la Bête se lèche sous l’aile Et l’on voit est-ce de rire se convulser des filous au fond d’une taverne Ce mirage dont on avait fait la bonté se raisonne C’est un gisement de mercure Cela pourrait bien se laper d’un seul coup J’ai cru que la Bête se tournait vers moi j’ai revu la saleté de l’éclair Qu’elle est blanche dans ses membranes dans le délié de ses bois de bouleaux où s’organise le guet Dans les cordages de ses vaisseaux a la proue desquels plonge une femme que les fatigues de l’amour ont parée d’un loup vert Fausse alerte la Bête garde ses griffes en couronne érectile autour des seins J’essaie de ne pas trop chanceler quand elle bouge la queue Qui est à la fois le carrosse biseauté et le coup de fouet Dans l’odeur suffocante de cicindèle De sa litière souillée de sang noir et d’or vers la lune elle aiguise une de ses cornes à l’arbre enthousiaste du grief En se lovant avec des langueurs effrayantes Flattée La Bête se lèche le sexe je n’ai rien dit Continuer la lecture

    Guerre

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  • Conseils à une parisienne

    Oui, si j’étais femme, aimable et jolie,
    Je voudrais, Julie,
    Faire comme vous ;
    Sans peur ni pitié, sans choix ni mystère,
    A toute la terre
    Faire les yeux doux.

    Je voudrais n’avoir de soucis au monde
    Que ma taille ronde,
    Mes chiffons chéris,
    Et de pied en cap être la poupée
    La mieux équipée
    De Rome à Paris.

    Je voudrais garder pour toute science
    Cette insouciance
    Qui vous va si bien ;
    Joindre, comme vous, à l’étourderie
    Cette rêverie
    Qui ne pense à rien.

    Je voudrais pour moi qu’il fût toujours fête,
    Et tourner la tête,
    Aux plus orgueilleux ;
    Être en même temps de glace et de flamme,
    La haine dans l’âme,
    L’amour dans les yeux.

    Je détesterais, avant toute chose,
    Ces vieux teints de rose
    Qui font peur à voir.
    Je rayonnerais, sous ma tresse brune,
    Comme un clair de lune
    En capuchon noir.

    Car c’est si charmant et c’est si commode,
    Ce masque à la mode,
    Cet air de langueur !
    Ah ! que la pâleur est d’un bel usage !
    Jamais le visage
    N’est trop loin du coeur.

    Je voudrais encore avoir vos caprices,
    Vos soupirs novices,
    Vos regards savants.
    Je voudrais enfin, tant mon coeur vous aime,
    Être en tout vous-même…
    Pour deux ou trois ans.

    Il est un seul point, je vous le confesse,
    Où votre sagesse
    Me semble en défaut.
    Vous n’osez pas être assez inhumaine.
    Votre orgueil vous gêne ;
    Pourtant il en faut.

    Je ne voudrais pas, à la contredanse,
    Sans quelque prudence
    Livrer mon bras nu ;
    Puis, au cotillon, laisser ma main blanche
    Traîner sur la manche
    Du premier venu.

    Si mon fin corset, si souple et si juste,
    D’un bras trop robuste
    Se sentait serré,
    J’aurais, je l’avoue, une peur mortelle
    Qu’un bout de dentelle
    N’en fût déchiré.

    Chacun, en valsant, vient sur votre épaule
    Réciter son rôle
    D’amoureux transi ;
    Ma beauté, du moins, sinon ma pensée,
    Serait offensée
    D’être aimée ainsi.

    Je ne voudrais pas, si j’étais Julie,
    N’être que jolie
    Avec ma beauté.
    Jusqu’au bout des doigts je serais duchesse.
    Comme ma richesse,
    J’aurais ma fierté.

    Voyez-vous, ma chère, au siècle où nous sommes,
    La plupart des hommes
    Sont très inconstants.
    Sur deux amoureux pleins d’un zèle extrême,
    La moitié vous aime
    Pour passer le temps.

    Quand on est coquette, il faut être sage.
    L’oiseau de passage
    Qui vole à plein coeur
    Ne dort pas en l’air comme une hirondelle,
    Et peut, d’un coup d’aile,
    Briser une fleur. Continuer la lecture

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