Race

c’est que nous sommes seuls vidés contrebattus au pied du Mur-murailles de lamentations véridiques nous encerclant dessus dessous Avec la marque du désastre Maintenant décriés Notre réputation vampiriste Face au monde de la Raison du Droit et des Lois tassés en paquets d’hommes-meurtrissures Dans des déserts obstrués Au bord de la dépression et du suicide

et qu’au diapason de la solitude Nos yeux s’agrandissent Vaste organe enregistrant les voix

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L’ecorché vif

Je vous donne ma crampe

d’aède perpétuellement entre vie et mort

Je vous restitue cette lueur

puisée à même

le brasier enseveli de vos fureurs

Il n’a pas faibli lorsqu’on

l’a assis de force

sur la balance chauffée à blanc

de la très moderne inquisition

Il connaissait les règles du jeu

l’étiquette de la grande cérémonie

Il pensait très fort à autre chose

et c’est cela qui a sauvé son âme

Il se surprend à dire :

Mon pays, ce n’est

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Le creuset du poème

Je voudrais t’expliquer pourquoi

depuis que je suis ici

un rien m’émeut

le moindre spectacle inhabituel

la moindre manifestation de vie

Je t’ai demandé parfois

si tu croyais que ce faisant

je n’étais pas devenu trop sensible

si je n’étais pas victime

de cette entreprise d’infantilisation

dont on nous assaille

et que je ne connais que trop

t’en ayant décrit les grosses ficelles

et chaque fois

tu protestais que non

que moi

je ne deviendrais jamais un

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Continuaciôn de la gravedad

Il agonisait

l’aigle sénile de La Coruna

Les dignitaires chiens couchants

défilaient dans les antichambres du Pardo

flairaient les miasmes du caveau

de leur propre décrépitude

« Continuaciôn de la gravedad »

Maria, Carmen et sa sœur Dolores

José, Pedro et Antonio alias Marti

arrêtés hier à Barcelone

« explosifs, grande quantité de matériel de propagande saisis

organisation démantelée »

Ce matin

les murs de Barcelone

sont couverts d’inscriptions

Dans chaque boîte aux lettres

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Epilogue

Le poète arabe

se met devant sa table rase

s’apprête à rédiger son testament

mais il découvre qu’il a perdu

l’usage de l’écriture

Il a oublié ses propres poèmes

et les poèmes de ses ancêtres

Il veut crier de rage

mais se rend compte

qu’il a perdu l’usage de la parole

De guerre lasse

il s’apprête à se lever

mais il sent qu’il a perdu

l’usage de ses membres

La mort l’a précédé

là où il devait abdiquer

devant la vie

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La ballade de l’émigré

Première prison : ciel sourd

aux prières des mains

La terre rapetisse de hanches dévore ses seins

Les charognards dépècent

la mémoire sédentaire

L’homme craquelé de toutes les noces sculpteur

d’arbres de sillons bavards

humus du soleil né de l’eau née du soleil l’homme

lige des nuits guérisseuses

pâlit et c’est le premier déracinement

Deuxième prison :

venin de mégalopoles

assises ou debout

sur les fleuves de larmes

distribuant leurs cartes

sur

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5 h 30

L’homme qui ne savait

s’il fallait rire ou pleurer

à la sortie de la citadelle d’exil

était debout dans sa chambre

accoudé à l’appui de la fenêtre

Sa femme dormait

Leurs étreintes avaient été rapides

mais délirantes

Ils n’avaient pas pris de précautions

(on ne pense pas à ces choses-là en pareille circonstance)

Ils avaient pleuré comme des enfants

à cette sensation d’infini

de mort heureuse

au summum de l’incandescence vitale

Ils s’étaient

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Je rappelle la nuit a ses devoirs

Je rappelle la nuit à ses devoirs :

offre-moi du sommeil

la fourrure imprévue du désir

Un arbre qui m’épouse

et me protège de la furie de l’errance

Une présence même furtive

de mes chers disparus

Un regain de visions

qui ne s’apparentent pas au cauchemar

Des mots qui parfument la bouche

et font jaillir la source sous ma langue

Offre-moi

en guise d’aube

une montée de lait

au goût d’innocence

Eloigne de moi le coq maudit

Viens sur moi

Appose tes bracelets

sur

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Sismiques

Las de crier pour dire

il murmura

sous le manteau du délire :

Muraille

muraille des mots

Nous tous artisans de cette muraille

quand voilà

je veux dire aux hommes

la couleur du chant brisé

célébrant le pays à venir

quand ma nuit rejoint

l’abrupte nuit humaine

et que nous nous entreveinons

comme siamois inséparables

dans les chambres iniques

de la mort sans visage

Muraille

muraille des mots

œillères tentacules

planète investie d’aérolifhes mutants

ogresse marine

son œil de

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Synopsis

Mirages

douleur du temps

même temps cyclique réitérant ses mirages

A nouvelles traîtrises nouveaux discours

Que crève le silence

Approchez la farce

la ronde du quotidien faite tiers-monde

Un brin d’onanisme

un petit remontant

ou l’instant de prendre corps

avec le réel C’est de vous qu’il s’agit Approchez la farce

Douleur du conteur qui s’abîme les

yeux à narrer les jours crapuleux à crever

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Révolutions

Quatre ans

Notre planète en a fait du chemin

et elle n’a pas fait que tourner sur elle-même

ou autour du Soleil

ses révolutions furent également humaines

Le printemps a été libéré

dans mainte zone des tempêtes

où le soleil était au désespoir

de devoir éclairer

chaque matin

la lippe hideuse

des vampires diurnes

plongeant leurs crocs

dans la veine jugulaire

des nouveau-nés du jour

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Demain sera le même jour

Demain

sera le même jour

Je n’aurai vécu que quelques instants

le front collé à la vitre

pour accueillir le carrousel du crépuscule

J’aurai étouffé un cri

car personne ne l’aura entendu

en ce désert

Je me serai mis

dans la position du fœtus

sur le siège de ma vieille solitude

J’aurai attendu

que mon verre se vide à moitié

pour y déceler le goût du fiel

Je me serai vu

le lendemain

me réveillant et vaquant

Atrocement semblable

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Fragments d’une genèse oubliée

(extraits)

J’ai appris à lire et à écrire

J’ai appris à lire et à écrire pour mon malheur

Que disait le texte

gribouillé dans la langue oubliée

maudite ?

Seul l’évadé pourra le déchiffrer

Tends-moi la main ô mon frère proscrit

Je n’ai pas ton courage

car j’ai encore peur pour les miens

J’ai peur de ne trouver auprès de toi qu’un paysage minéral sans la caresse de l’amie ni la fille prodigue du raisin

J’ ai du mal a quitter

ce

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état de violence

alerte

alerte strident mouche trombe alerte

alerte lime cœur tapisse barbelés alerte

alerte roue rabot étrangle voix alerte

alerte crasse justice parque enfants alerte

alerte danse sphinx dents viscères alerte

alerte pâte sang claque digne

troupeaux de soleils nocturnes

la détresse comme un avion à pic l’incendie avance

sur les digues de manifestants

bleus de gaz et tam-tams

triques

briques

armes sauterelles descends alors

c’est la rue et pétarade

pour la veille d’un

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Chant de l’aube

De l’aube

je vois les chaînes

que tu écartes

d’un revers de lumière

comme si tu peignais

par compassion extrême

À peine as-tu trempé tes doigts

dans la source

l’océan du ciel frissonne sous la

les couleurs ôtent leur suaire

pour s’adonner à l’étreinte

Ton chant que voilà

épris du blanc

que la mort daigne laisser

derrière elle

pour que nous autres vivants

y tracions nos marelles

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27 août 0 h 30

Le juge Ahmed D.

quadragénaire qui occupe depuis quelques années

un haut poste à la Cour suprême

avait été retenu

jusqu’à cette heure tardive

au ministère

« affaire grave et urgente »

Ses traits étaient tirés

et il eut du mal à se donner bonne contenance

avant de franchir le seuil de sa villa du Souissi

C’est que sa femme et lui

avaient invité ce soir quelques amis

pour Y après-dîner

un petit cocktail sans façons

entre intimes

des collègues et leurs épouses

un couple

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Le dernier poème de jean sénac

Il ne s’est pas enfermé pour écrire

son poème a flairé le danger

lui a laissé la porte ouverte

Pas de poème sans risque

Sa barbe lissait le pubis

de la page transparente

et ses lèvres murmuraient

la sourate du pardon

11 dessina d’abord un soleil

un petit rond d’écolier

affublé de rayons démesure

La nuit criait au viol

Alger buvait à mort

entre hommes

Puis il tailla son crayon

ou se taillada une veine

mais j’imagine

qu’il écrivit au rouge

sans ratures

les

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