Intermède

L’homme songeait : « Qui cherche attaque le granit,
Mes victoires sont des désastres.
Je suis cloué sous le zénith
Et je voulais saisir, à l’horizon, des astres.

« Tout m’échappe. Comment savoir
Si le but du soleil est d’éclairer des mondes
Ou de se préparer, dans la flamme, aux devoirs
D’une maturité féconde ?

« La noix est-elle germe ou repas d’écureuil ?
Est-ce pour engendrer une race d’idées
Ou nourrir d’éclatants orgueils
Que de sang et de pleurs l’histoire est inondée ?

« Pour le bien vaut-il mieux choisir
Plus d’amour et de vie et de mort et de râles.
Ou moins d’êtres et de désirs
Et moins de massacrés dans la lutte fatale ?

« Tout me confond. Pourquoi ce monde qui maintient
Dans le néant sa course énorme ?
Que penser ? Je ne vois que défiler des formes
Et qui ne sait tout ne sait rien.

« Loin de moi, recherche inutile !
Léger d’esprit, dorénavant,
J’irai dans l’attirante ville
Me griser de plaisir mouvant.

« J’emplirai mes heures oisives
De jeu, de spectacles, de sport,
De bruit avec de gais convives
Et, riant, j’attendrai la mort. »

Lors dansa dans la rue un tourbillon de neige
Et l’homme réfléchit : « Que sais-je
Des raisons qu’a le vent, ici, de tournoyer ?
Que sais-je de la force excepté l’employer ?
Que sais-je des secrets que l’animal pénètre ?
Que sais-je de moi-même et de mon propre sang ? »

Il sentit déborder son vouloir frémissant
Et reprit le travail fabuleux de connaître.

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Alphonse Beauregard Apprenti Poète

Par Alphonse Beauregard

Né à La Patrie (Compton en Québec) le 5 janvier 1881, Alphonse Beauregard doit abandonner ses études à la mort de son père. Il pratique alors divers métiers, tout en publiant des poèmes dès 1906 dans quelques journaux et revues (parfois sous pseudonyme de A. Chasseur). Il prend une part active à la rédaction du Terroir et devient secrétaire de l'école littéraire de Montréal, tout en travaillant comme commis au port de Montréal. À peine élu président de l'école, il meurt asphyxié au gaz le 15 janvier 1924. Son poème « Impuissance » est paradoxalement un des plus puissants de cette époque.

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La poésie est le miroir de l'âme. Reflétez la vôtre dans nos commentaires, à la manière de Baudelaire.
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