L’absence de Phillis

Élégie pour un roman
Frêle Démon, morne prince des Songes,

Qui n’entretiens l’âme que de mensonges,

Si c’est de toi de qui je dois tenir

Tout le bonheur qui me doit advenir,

Si ton pouvoir d’une erreur favorable

Peut adoucir l’ennui d’un misérable,

Si la froideur et l’ombre du sommeil

Ont la vertu de produire un soleil,

De cent pavots je te fais sacrifice ;

Suspends bientôt mes sens de leur office,

Et de glaçons en ta caverne pris,

Bouchant l’artère où passent mes esprits,

Pour contenter mon amoureuse envie,

Dépouille-moi des marques de la vie,

Et de la sorte, agréable trompeur,

Viens me former un bien d’une vapeur.
Recueille-moi les plus aimables choses,

Mêle en un teint des lys avec des roses,

Sous des flots d’or enflés par des Zéphyrs.

Mets un éclat dans des yeux de saphirs

Dont la douceur à la rigueur s’assemble

Pour embraser et glacer tout ensemble.

Choisis encor deux des plus beaux rubis

Qui le matin brillent sur les habits

Que prend l’Aurore en sortant de sa couche,

Et les joignant, dépeins-moi cette bouche

Où la nature a dedans et dehors

D’esprit de rose embaumé des trésors,

Et qui recèle un nectar à qui cède

Cette boisson que verse Ganymède.
De lait de neige ou d’albâtre vivant

Par intervalle à la fois se mouvant,

Fais éclater la blancheur de deux pommes

A mettre en guerre et les Dieux et les hommes.

Porte les yeux sur ces divinités

De qui Pâris régla les vanités ;

Observe bien cette troupe admirable

De taille auguste et de grâce adorable,

Vois ses beautés, et d’un soin complaisant

Dérobe-les pour m’en faire un présent.

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