Le vacher et le garde-chasse

Colin gardait un jour les vaches de son père ;
Colin n’avait pas de bergère,
Et s’ennuyait tout seul. Le garde sort du bois :
Depuis l’aube, ditil, je cours dans cette plaine
Après un vieux chevreuil que j’ai manqué deux fois
Et qui m’a mis tout hors d’haleine.
Il vient de passer par làbas,
Lui répondit Colin : mais, si vous êtes las,
Reposezvous, gardez mes vaches à ma place,
Et j’irai faire votre chasse ;
Je réponds du chevreuil. Ma foi, je le veux bien.
Tiens, voilà mon fusil, prends avec toi mon chien,
Va le tuer. Colin s’apprête,
S’arme, appelle Sultan. Sultan, quoiqu’à regret,
Court avec lui vers la forêt.
Le chien bat les buissons ; il va, vient, sent, arrête,
Et voilà le chevreuil… Colin impatient
Tire aussitôt, manque la bête,
Et blesse le pauvre Sultan.
A la suite du chien qui crie,
Colin revient à la prairie.
Il trouve le garde ronflant ;
De vaches, point ; elles étaient volées.
Le malheureux Colin, s’arrachant les cheveux,
Parcourt en gémissant les monts et les vallées ;
Il ne voit rien. Le soir, sans vaches, tout honteux,
Colin retourne chez son père,
Et lui conte en tremblant l’affaire.
Celuici, saisissant un bâton de cormier,
Corrige son cher fils de ses folles idées,
Puis lui dit : chacun son métier,
Les vaches seront bien gardées.

Recueil : Fables

Voter pour ce poème!

Jean-Pierre Claris de Florian Apprenti Poète

Par Jean-Pierre Claris de Florian

Jean-Pierre Claris de Florian, né à Sauve le 6 mars 1755 et mort à Sceaux le 13 septembre 1794, est un auteur dramatique, romancier, poète et fabuliste français.

Ce poème vous a-t-il touché ? Partagez votre avis, critique ou analyse !

Rejoignez-nous et laissez vos mots s'envoler comme des papillons, comme le faisait Desnos.
S’abonner
Notifier de
Avatar
guest
0 Avis
Inline Feedbacks
View all comments

Naissance de Vénus

Dans la forêt