Intimes

Tu glisses dans le lit
De lait glacé tes sœurs les fleurs
Et tes frères les fruits
Par le détour de leurs saisons
A l’aiguille irisée
Au flanc qui se répète
Tes mains tes yeux et tes cheveux
S’ouvrent aux croissances nouvelles
Perpétuelles
Espère espère espère

Que tu vas te sourire

Pour la première fois
Espère
Que tu vas te sourire
A jamais
Sans songer à mourir.
A toutes brides toi dont le fantôme

Piaffe la nuit sur un violon

Viens régner àuns les bois
Les verges de l’ouragan

Cherchent leur chemin par chez toi

Tu n’es pas de celles

Dont on invente les désirs
Tes soifs sont plus contradictoires

Que des noyées
Quel soleil dans la glace qui fait fondre un œuf

Quelle aubaine insensée le printemps tout de suite.
Figure de force brûlante et farouche

Cheveux noirs où l’or coule vers le sud
Aux nuits corrompues

Or englouti étoile impure

Dans un lit jamais partagé
Aux veines des tempes
Comme aux bouts des seins
La vie se refuse
Les yeux nul ne peut les crever
Boire leur éclat ni leurs larmes
Le sang au-dessus d’eux triomphe pour lui seul
Intraitable démesurée
Inutile
Cette santé bâdt une prison.
Je n’ai envie que de t’aimer

Un orage emplit la vallée

Un poisson la rivière
Je t’ai faite à la taille de ma solitude
Le monde entier pour se cacher
Des jours des nuits pour se comprendre
Pour ne plus rien voir dans tes yeux

Que ce que je pense de toi

Et d’un monde à ton image
Et des jours et des nuits réglé par tes paupières.

Paul Eluard

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