Cortège

Je ne choisis je n’appelle nulle étoile Pour que s’y accroche mon peu de fumée Simplement je m’avise assis près du poêle Que la nuit sur moi demeure indéterminée

Pauvre âme de suie sur des grilles d’acier Vingt-deux ans que l’on fait du feu là-dedans Au bout du compte mon Dieu c’en est assez Il faudrait un ramonage maintenant

Les volets de chaumière et les vieilles barques Les chaises de l’hospice les tables bues De pluie des jardins leurs clôtures qui s’arquent Boutent au vent jambe en bois y a de l’abus !

Ce n’est pas vraiment que prendre froid je veuille Parce qu’on ne sait rien de ce qui s’ensuit Et que la vie est belle avec l’écureuil Et ses noisettes au chaud dans ce coin-ci

Du monde et que si j’ai brûlé toutes choses Dont je parlais plus haut c’est que les cercueils Y étaient aussi compris les croix moroses Les tristes gibets ô deuil et deuil en deuil !

Non ! un clair matin d’hiver blanc je me lève Et je choisis un coq craquant de couleurs Afin qu’il ouvre à cors et cris comme en rêve Les contrevents des métairies de douceur

Je délie de leurs chaînes les barques vertes Elles vont sur l’eau qui ne les use plus Jusqu’à des îles de feuillages à perte De souffle s’assembler aux bords bleus reclus

Il y a dans l’aulne obscur tables et chaises Peintes en jaune et les barrières d’or fin S’abattent comme elles font dans les kermesses Où l’on danse jusqu’aux berges du matin

Le vent tombe au creux du soleil et me laisse Nommer ses couleurs et parfums clair acide

Un printemps l’air dissout mille oiseaux humides Passe dans le jour des feuilles les apaise.

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