L’été le soir

Dans une parabole difficile

On tente bien parfois de s’expliquer

Parmi des gens rouges et détraqués

Qui roulent bleux leurs yeux comme barils

Mais rien ne pourra faire qu’ils comprennent

Une tendresse au monde entier la peine

Le bonheur d’être seul à percevoir

Les prières d’étoiles dans la pluie

La détresse d’un arbre au bout du soir

Le cri des animaux obscurs et puis

Surtout ce Dieu qu’ils aiment son absence

L’effrayant plus que nous quand il y pense

Et c’est alors vraiment comme un enfant

Qui se penche sur la vallée de brume

Et ne retrouve plus son toit qui fume

Ni les vergers tout autour ni le vent

Sur les peupliers qu’en rêve il effeuille

Encore à grands doigts roses comme au seuil

Des larmes hier il fit en pleine enfance

Et soucieux déjà d’éternité

Mais au centre d’une campagne immense

On entre dans un village d’été

Il y a des paysans qui s’étonnent

De vous voir là criant comme à l’automne

La grive un peu saoule sur les coteaux

Vous dites des choses si vraies si simples Vous désignez de si clairs animaux Vous allumez de si petites lampes Autour du monde obscurci dans ses murs Vous semblez si jeune avec votre amour Qui vous monte aux yeux comme une prairie Allons taisez-vous mon petit ami Nous ne savons pas de mots éternels Nous sommes vêtus d’herbes et de laines Nous vous aimons bien sans donner de sens A votre parole à votre silence Nous allons sans bruit vers le paradis Mais écoutez-moi puisque je vous dis Que mon cœur est semblable à ces feuillages Si fragiles sur les torrents du ciel Et qu’une abeille pesante de miel Tourne dans la chaleur sous mon visage Il n’est plus rien en moi de ténébreux Que vous ne pressentiez au coin du feu Chaque nuit d’un hiver avec ses astres Taciturnes sur le gel infini Maintenant c’est l’été le soir s’encastre Entre les deux fraîcheurs de la forêt Je suis seul je me souviens tu pleurais Clara petite fille quand la lune Montait cruelle en ton miroir terni Tu es ce soir dans un autre village Avec des fontaines au chant nocturne Et je vais te rejoindre car j’ai l’âge D’aimer en dépit de la profondeur Stérile de ce monde où je surnage Nous sommes nés la même année je crois

Un soir de douceur tu es venue toi Et moi dans la nuit moite d’un orage Là-bas la mer bougeait toujours beaucoup La mer est loin dans le temps et l’espace Aujourd’hui comment l’entendrions-nous Parmi le sang qui nous jaillit en face Avec les coquillages du bonheur Je m’apaise je vais te voir sans doute Plus belle qu’hier et je sais que l’amour Grandit chaque fille à la fin des jours Comme soleil à la croisée des routes.

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