Pour une absente

Je veux m’enfermer seul avec mon souvenir,
Immobile, oublieux des rafales d’automne
Qui font les frondaisons se rouiller et jaunir
Et de la mer roulant sa plainte monotone ;
Je veux m’enfermer seul avec mon souvenir.

Le demijour filtrant des étoffes tendues
Sera doux et propice à mon coeur nonchalant,
Quand je l’évoquerai du fond des étendues,
Et sa voix emplira d’un hymne grave et lent
Le demijour filtrant des étoffes tendues.

J’aurai la vision chère devant les yeux :
Le souffle parfumé de l’ineffable Absente
Flottera pour moi seul dans l’air silencieux
Subtil comme une odeur de fraise dans la sente ;
J’aurai la vision chère devant les yeux.

Et je dirai tout bas ma tendresse latente ;
Ô coeur lâche, tremblant et révolté, je veux
Que ton intime amour se révèle et la tente :
Tu te résigneras à l’effroi des aveux
Et je dirai tout bas ma tendresse latente.

Recueil : La lyre héroïque et dolente

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Par Pierre Quillard

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