Le soir

Poème

Du haut de ce rocher, le théâtre du monde
Paraît sombre et majestueux ;
L’ombre s’étend sur la plaine profonde,
Et s’élève en vapeur à la voûte des deux.
Dans le creux de cette vallée,
J’entends gronder un noir torrent;
Son bruit éveille au loin la nature troublée ;
Le vent du soit l’apporte en murmurant.
Elève-toi, mon âme, à la voûte azurée !
Prends des deux la route ignorée,
Suis dans les airs la vapeur colorée
Par les derniers rayons du jour.
Dégage-toi d’un sein rebelle ;
Franchis ta barrière mortelle.
Vole ô mon âme, à la voûte éternelle.
Holocauste échappé des flammes de l’amour.

Te suivra-t-il aux deux, ce souvenir terrible.
Spectre effrayant, et qui brave le jour ?
Planera-t-il, implacable
Vautour,

Pour surprendre ton vol paisible ?…

Que n’atteint pas le souvenir

Il s’élance d’une aile agile,

Dans les airs je l’entends frémir,
Il s’assied près de moi, sur le roc immobile;

Il se perche sur le cyprès.
Triste oiseau de ténèbres,
Je l’entends tépétet les mêmes chants funèbres,

Et gémir les mêmes regrets.

Sombre mélancolie,
Tu mugis dans mon cœur, comme un torrent lointain ;
Je vois avec effroi le couchant de ma vie
Se rapprocher de son matin.

Étoile etrante,
Je m’élevais dans un ciel pur ;

Un vaste champ d’azur,
S’offrait à ma course brillante ;
La tempête est venue, effrayant l’univers ;
Elle a voilé mon front de ses crêpes funèbres ;
Je brillais au milieu des airs,
Et je m’éteins dans les ténèbres.

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