Tristesse

Rentrez dans vos cartons, robe, rubans, résille !

Rentrez, je ne suis plus l’heureuse jeune fille

Que vous avez connue en de plus anciens jours.

Je ne suis plus coquette, ô mes pauvres atours !

Laissez-moi ma cornette et ma robe de chambre,

Laissez-moi les porter jusqu’au mois de décembre ;

Leur timide couleur n’offense point mes yeux :

C’est comme un deuil bien humble et bien silencieux,

Qui m’adoucit un peu les réalités dures.

Allez-vous-en au loin, allez-vous-en, parures !

Avec vous je sens trop qu’il ne reviendra plus,

Celui pour qui j’ai pris tant de soins superflus !

Quand vous et mon miroir voulez me rendre fière,

Retenant mal les pleurs qui mouillent ma paupière,

Sentant mon cœur mourir et l’appeler tout bas,

Je répète : « À quoi bon, Il ne me verra pas ! »

Je pouvais autrefois, avant de le connaître,

Au temps où je rêvais en me disant : « Peut-être ! »

Je pouvais écouter votre frivolité,

Placer dans mes cheveux les roses de l’été,

Nouer un ruban bleu sur une robe blanche,

Et, comme un arbrisseau qui sur l’onde se penche,

Contempler mollement mes quinze ans ingénus.

(Songes, songes charmants, qu’êtes-vous devenus ?)

Je le cherchais alors et j’attendais la vie.

Mais aujourd’hui, comme me feriez-vous envie ?

Le soleil n’a pour moi ni chaleur ni clarté.

Tout venait de lui seul dans ce temps enchanté,

L’amour comme l’espoir, l’air comme la lumière…

J’ai perdu, j’ai perdu mon aurore première ;

Celle qui rit pour rire et chante pour chanter,

Un souffle d’épouvante est venu l’emporter.

Tout est noir, tout est mort et je me sens glacée.

Oh ! ne m’arrachez plus à ma sombre pensée,

Rien sur ce flot amer ne peut me retenir,

Et l’ombre du passé s’étend sur l’avenir !

Septembre 18…

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Louisa Siefert Apprenti Poète

Par Louisa Siefert

Louisa Siefert, née à Lyon le 1er avril 1845 et morte à Pau le 21 octobre 1877, est une poétesse française.
Louisa Siefert (1845 - 1877) était une poétesse française qui a laissé une poésie empreinte de douleur mais soutenue d’un vif spiritualisme protestant. Son premier recueil de poèmes, Rayons perdus, paru en 1868, connaît un grand succès. En 1870, Rimbaud s'en procure la quatrième édition et en parle ainsi dans une lettre à Georges Izambard : « J'ai là une pièce très émue et fort belle, Marguerite […]. C'est aussi beau que les plaintes d'Antigone dans Sophocle.»

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