Toujours

Ah voilà le retomber d’ailes inclus déjà dans le lâcher
D’emblée la voûte dans toute son horreur
Le mot polie rouillée et poule mouillée
Qui ronge le dessin de l’orgue de
Barbarie
Il n’est pas trop tôt qu’on commence à se garer
A comprendre que le phénix
Est fait d’éphémères

Une des idées mendiantes qui m’inspirent le plu» de compassion

C’est qu’on croie pouvoir frapper de grief l’anachronisme

Comme si sous le rapport

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Ferrets de la reine noire

A l’autre extrémité de l’archet, le marché aux poissons déroule ses fastes aux lueurs sidérales du diodon, du coffre et de toute la gamme, du jaune soufre au violet évêque par les plus hardies zébrures, les plus savants mouchetages, les plus capricieux glaçages, de vrais poissons-paradis ardents comme des gemmes.
Ce qui confère à cette pauvre lucarne en plein ciel son trouble caractère, c’est aussi que viennent mourir à elle quelques étincelles du luxe et

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Le brise-lames

Dans la lumière noyée qui baigne la savane, la statue bleutée de
Joséphine de
Beauharnais, perdue entre les hauts fûts de cocotiers, place la ville sous un signe féminin et tendre.
Les seins jaillissent de la robe de merveilleuse à très haute taille et c’est le parler du
Directoire qui s’attarde à rouler quelques pierres africaines pour composer le philtre de non-défense voluptueuse du balbutiement créole.
C’est le
Palais-Royal enseveli

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Je reviens

Mais enfin où sommes-nous

Je lustre de deux doigts le poil de la vitre

Un griffon de transparence passe la tête

Au travers je ne reconnais pas le quartier

Le soir tombe il est clair que nous allons depuis

longtemps à l’aventure
Doucement doucement voyons
Et moi je vous dis qu’il y avait une plaque là à gauche

Rue quoi
Rue-où-peut-être-donné-le-droit-à-la-bonne-

chére
Et dix-sept cents francs au compteur c’est insensé
Qu’attendez-vous

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L’inscription bi-ailêe

Le long des rues bruissantes, les belles enseignes polychromes déteintes épuisent toutes les variétés de caractères romantiques.
L’une d’elles un moment me tient sous le charme pervers des tableaux de l’époque négativiste de
René iMagritte.
Mais ce que je contemple de loin est d’un
Magritte extrêmement nuancé — avec la réalité en voie de rupture ou de conciliation?
Qu’on se représente, de la taille d’un aigle, un

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L’union libre

Ma femme à la chevelure de feu de bois

Aux pensées d’éclairs de chaleur

A la taille de sablier

Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre

Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d’étoiles de

dernière grandeur
Aux dents d’empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d’ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue

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Anciennement rue de la liberté

Le grand industriel noir exhibe une serviette en peau d’iguane blanche

Dans les plaidoiries de vents chargés de fleurs

Le léger catafalque de la créole

Démesurément exhaussé d’autruches

Fait eau de tous les reflets de la savane

Pouvoir des pointes les lucioles m’ont traversé de part en part

La nuit tropicale conjugue toutes les sonneries de l’entracte

A jamais balancée de vases modem style et de parfums dans le flot de lave

Je m’assure qu’une lampe de

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Fata morgana

Ce matin la fille de la montagne tient sur ses genoux

un accordéon de chauves-souris blanches
Un jour un nouveau jour cela me fait penser à un

objet que je garde

Alignés en transparence dans un cadre des tubes en

verre de toutes les couleurs de philtres de liqueurs

Qu’avant de me séduire il ait dû répondre peu importe

à quelque nécessité de représentation commerciale

Pour moi nulle œuvre d’art ne vaut ce petit carré fait

de l’herbe diaprée à perte de vue de la

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Quels apprets

Les armoires bombées de la campagne

Glissent silencieusement sur les rails de lait

C’est l’heure où les filles soulevées par le flot de la nuit

qui roule des carlines
Se raidissent contre la morsure de l’hermine
Dont le cri
Va mouler les pointes de leur gorge

Les événements d’un autre ordre sont

absolument dépourvus d’intérêt

Ne me parlez pas de ce papier mural à

décor de ronces
Qui n’a rien de plus pressé
Que de se lacérer lui-même

Les flammes

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Pleine marge

A
Pierre
Mabille

Je ne suis pas pour les adeptes
Je n’ai jamais habité au lieu dit
La
Grenouillère
La lampe de mon cœur file et bientôt hoqueté à l’approche des parvis

Je n’ai jamais été porté que vers ce qui ne se tenait

pas à carreau
Un arbre élu par l’orage
Le bateau de lueurs ramené par un mousse
L’édifice au seul regard sans clignement du lézard

et mille frondaisons

Je n’ai vu à l’exclusion des autres que des femmes qui avaient maille

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Monde

Dans le salon de madame des
Ricochets
Les miroirs sont en grains de rosée pressés
La console est faite d’un bras dans du lierre
Et le tapis meurt comme les vagues
Dans le salon de madame des
Ricochets
Le thé de lune est servi dans des œufs d’engoulevent
Les rideaux amorcent la fonte des neiges
Et le piano en perspective perdue sombre d’un seul bloc dans la nacre

Dans le salon de madame des
Ricochets
Des lampes basses en dessous de feuilles de tremble
Lutinent

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La porte bat

La por por porte por
La fe ne tre
Sur l’odeur arrière du limurerre
Qui me rappelle
Milady de
Winter
Lissant son cheautru derrière les losanges de la pluie
Brifrouse-bifrousses le plancher est si vieux
Qu’à travers on voit le feu de la terre
Toutes les belles à leur coumicouroir
Comme les hirondelles
Sur les fils où je joue dans les gouttes
D’un instrument inconnu

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Les états généraux

Dis ce qui est dessous parle

Dis ce qui commence

Et polis mes yeux qui accrochent à peine la lumière

Comme un fourré que scrute un chasseur somnambule

Polis mes yeux fais sauter cette capsule de marjolaine

Qui sert à me tromper sur les espèces du jour

Le jour si c’était lui

Quand passe sur les campagnes l’heure de traire

Descendrait-il si précipitamment ses degrés

Pour s’humilier devant la verticale d’étincelles

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La moindre rançon

A u pays d’Elisa.

Toi qui ronges la plus odorante feuille de l’atlas

Chili
Chenille du papillon-lune*

Toi dont toute la structure épouse

La tendre cicatrice de rupture de la lune avec la terre 2

Chili des neiges
Comme le drap qu’une belle rejette en se levant

Dans un éclair le temps de découvrir

1.
C’est un grand papillon vert amande finissant en clé de sol qui passe vers minuit.
Je ne le connaissais pas avant de me rendre en
Amérique.
Il me

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Premiers transparents

Comment veux-tu voici que les plombs sautent encore

une fois
Voici la seiche qui s’accoude d’un air de défi à la

fenêtre
Et voici ne sachant où déplier son étincelante grille

d’égout
Le clown de l’éclipsé tout en blanc
Les yeux dans sa poche
Les femmes sentent la noix muscade
Et les principaux pastillés fêtent leur frère le vent
Qui a revêtu sa robe à tourniquet des grands jours
Mandarin à boutons de boussoles folles

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Au vent

Jersey
Guernesey par temps sombre et illustre

Restituent au flot deux coupes débordant de mélodie

L’une dont le nom est sur toutes les lèvres

L’autre qui n’a été en rien profanée

Et celle-ci découvre un coin de tableau anodin familial

Sous la lampe un adolescent fait la lecture à une

dame âgée
Mais quelle ferveur de part et d’autre quels transports

en lui
Pour peu qu’elle ait été l’amie de
Fabre d’Olivet
Et qu’il soit

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Rano raraku

Que c’est beau le monde

La
Grèce n’a jamais existé

Ils ne passeront pas

Mon cheval trouve son picotin dans le cratère

Des hommes-oiseaux des nageurs courbes

Volèrent autour de ma tête car

C’est moi aussi

Qui suis là

Aux trois quarts enlisé

Plaisantant des ethnologues

Dans l’amicale nuit du
Sud

Ils ne passeront pas

La plaine est immense

Ceux qui s’avancent sont ridicules

Les hautes images sont tombées

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