Double Ballade des sottises de Paris

C’est un étrange bacchanal

Dans ce Paris vraiment baroque

Où règne le petit journal,

Et qu’une drôlesse provoque

En lui laissant voir sous sa toque

Des cheveux d’un cuivre vermeil

Comme le bon or qu’elle croque.

Moi, j’en ris, les jours de soleil.
Être probe est original

Dans cette Babel équivoque

Où, malgré le Code pénal,

Chacun suit les moeurs de l’époque;

Où Scapin remplace Archiloque,

Mais où Pindare, aux Dieux pareil,

Souperait d’un oeuf à la coque.

Moi, j’en ris, les jours de soleil.
Dans ce pêle-mêle vénal,

Qu’est-ce que l’honneur? Une loque

Pour amuser le tribunal,

Qu’agite, pendant son colloque,

L’avocat, soufflant comme un phoque.

Le pauvre juge, en son sommeil,

Entend ces cris de ventriloque.

Moi, j’en ris, les jours de soleil.
La Bête au regard virginal

Que tout millionnaire invoque,

Prodigue son amour banal

Et chacun s’en emberlucoque.

C’est pour elle qu’on se disloque,

Et tous les coeurs sont en éveil

Dès que frémit sa pendeloque.

Moi, j’en ris, les jours de soleil.
Au sein d’un tumulte infernal

Ce sont partout glaives qu’on choque,

Torches qui servent de fanal,

Mépris solide et réciproque,

Mensonges que la Haine évoque,

Idiots dont on prend conseil,

Maîtres qu’on flatte et qu’on révoque:

Moi, j’en ris, les jours de soleil.
Comme une image d’Épinal,

Flamboie en sa riche défroque

Devant le café Cardinal

Ce cruel Paris, qui se moque

Des sauvages de l’Orénoque,

Et dont le superbe appareil

Indignait Thomas Vireloque:

Moi, j’en ris, les jours de soleil.
Juin 1869.

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